DURABLE. Ecoconception, gestion de l'eau, alimentation en énergies renouvelables, incorporation de matériaux recyclés… Les pistes sont nombreuses pour réduire les impacts des produits de construction. Trois exemples avec des fabricants de carrelages, revêtements de sols et plafonds, réunis lors de la matinée Cradle to cradle Community.

Dans un monde idéal, totalement inspiré de la Nature, rien n'est considéré comme un déchet et tout est une ressource, pour soi ou pour ses voisins. Un modèle en boucle, totalement vertueux, dont la base est la coopération. Ce vendredi 12 avril 2019, la communauté Cradle to cradle française se réunissait afin d'évoquer la réduction des impacts négatifs et la création de valeur à partir de ressources jusqu'ici mal exploitées. Plusieurs industriels des sols et des plafonds sont venus présenter leurs démarches, à l'image de Mosa, un fabricant de carrelages néerlandais. Guillaume Grand, le responsable Grands comptes de l'entreprise, explique : "Nous avons une production responsable, avec un approvisionnement dans un rayon de 300 km aux alentours de l'usine, une eau qui est utilisée en cercle fermé sans rejets, et une énergie propre qui est employée pour les fours". Au niveau du process, il ajoute : "Tout est réutilisé et réintégré dans la production, y compris les coupes de chantier qui sont retournées grâce à des partenariats avec des entreprises". Le spécialiste du carrelage parvient ainsi à hisser le taux d'incorporation de recyclat entre 25 et 50 % dans ses carreaux. "Nous faisons un travail sur les colles et mastics pour qu'ils soient plus écologiques et recyclables. Et nous avons lancé une réflexion sur une alimentation par du biogaz pour les fours", conclut Guillaume Grand.

 

Une philosophie très similaire a été adoptée par la marque Armstrong, qui produit et commercialise des systèmes de plafond. Nicolas Maggio, le directeur régional Nord-Champagnes-Ardennes, relate : "Nos produits sont écoresponsables. Tout d'abord, les usines sont implantées au plus près des marchés, à Pontarlier et Valenciennes en France. Ensuite, par leur conception qui intègre leur fin de vie, par des approvisionnements en circuits courts, par leurs propriétés qui amènent du confort acoustique sur les lieux de travail". Des travaux complétés par une attention portée à la qualité de l'air intérieur et de faibles émissions de COV. Chez Armstrong aussi, les dalles récupérées sur les chantiers sont recyclées dans le procédé industriel. "Nous le faisons seul, gratuitement, pour des surfaces minimales de 2.000 m², mises sur des palettes par les entreprises que nous allons récupérer avec un camion", raconte-t-il. Une fois broyés, ces éléments de plafonds sont incorporés à la préparation maison qui repose sur de la laine minérale (issue de laitiers de sidérurgie), de chutes de laine de verre (provenant de fabricants partenaires), de papier recyclé, d'argile et de déchets de briques réfractaires. A l'arrivée, au moins 42 % du produit est issu de recyclage. Rien qu'en Île-de-France, 55.000 m² de plafonds ont été collectés par Armstrong en 2018, chiffre qui sera probablement dépassé cette année, puisque 37.000 m² ont déjà été récupérés en trois mois.

 

Le bâtiment, cette banque de matériaux

 

Chez Tarkett, même combat : les chutes propres et moquettes utilisées sont collectées et utilisées pour fabriquer de nouveaux sols. Seule difficulté : comme pour Mosa, retirer les traces de colles et les gravats de béton qui sont mélangés aux éléments d'intérêt. Benjamine Proisy, la directrice Marketing & Technique, évoque un nouveau produit qui sera lancé à l'été en France : "iD Revolution présente un taux de COV très faible, inférieur à 10 µg/m3, il ne contient ni phtalate, ni chlore, et il est 100 % recyclable". Le revêtement de sol est composé de 24 % de polyvinyle butyral (PVB) et de 11 % d'acide polylactique (PLA), dont l'un provient de parebrises recyclés et l'autre, de maïs. Quant au pourcentage restant, il est largement constitué de craie (49 %), ce qui amène la proportion de matières recyclées ou largement abondantes à 84 % du total. Comme pour les deux autres industriels, l'eau est largement recyclée sur le site industriel (99 %) tandis que l'électricité sera à 100 % verte d'ici à la fin de l'année.

 

Mais quel est l'intérêt de toutes ces précautions et mesures ? Pour les industriels, commercialiser des produits sains, responsables et à impact environnemental réduit, qui participent à l'atteinte d'objectifs spécifiques pour leurs clients. Ainsi, Armstrong a fait certifier "Cradle to cradle" deux de ses systèmes de plafonds, une labellisation qui est elle-même reconnue dans le cadre d'une démarche LEED. Les sols Tarkett, quant à eux, contribuent à décrocher divers labels comme BREEAM, HQE, LEED ou WELL. Pour les exploitants de bâtiments, les avantages sont différents : Eric Allodi, d'Upcyclea, fait valoir que 75 % des constituants d'un édifice seront remplacés sur l'ensemble de sa durée de vie, dont certains plusieurs fois. D'où l'idée d'une valeur ajoutée ou d'économies réalisées grâce à la revente d'éléments ou de composants qui constitueront des ressources pour un autre acteur de la chaîne. "Le bâtiment qui est une source de déchets se transformera en source de matériaux et donc de revenus", conclut-il. Un changement de paradigme.

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