ENERGIES MARINES. Après l'abandon du secteur de l'hydrolien par le géant Naval Energies, les espoirs français reposent sur de petites entreprises et… de petites machines. Deux d'entre elles viennent de faire des avancées dans leurs programmes, Guinard Energies et Eel Energy, qui testent actuellement des prototypes destinés aux fleuves et estuaires.

A part Sabella, qui déploie ses machines entre Ouessant et le continent, les entreprises françaises de l'énergie hydrolienne semblent aujourd'hui se tourner vers les cours d'eau et les estuaires pour trouver des courants puissants, capables de générer de l'électricité en quantité. Deux PME ont récemment réalisé quelques progrès dans le domaine dont Guinard Energies qui vient d'immerger son hydrolienne P154 dans la Ria d'Etel (Morbihan) à la toute fin du mois de février, en profitant de petits coefficients de marée.

 

La machine de 1,54 mètre de diamètre, déjà testée en janvier en rade de Brest, sera cette fois déployée jusqu'au mois de mai dans son milieu naturel. Nicolas Ruiz, le responsable technique de la société explique : "Les opérations d'installation (…) se sont déroulées avec succès pendant trois jours du 26 au 28 février. Elles ont consisté d'abord à déployer un câble sous-marin lesté entre la zone d'installation et le chantier Bretagne Sud permettant l'acheminement de l'énergie vers la terre". L'installation a été réalisée depuis le navire TSM Penzer de la société Iroise Mer et suivie par des plongeurs. L'électricité produite sera transportée jusqu'à un conteneur de régulation et de conversion électrique avant d'être envoyée sur le réseau national. La campagne d'essais vise à tester la résistance de la tuyère, réalisée par Océane des Plastiques, ainsi qu'à l'évaluation de la performance du système de conversion électrique conçu par Entech et l'Isen. Grâce à cette tuyère, la vitesse du courant est accélérée de 30 à 40 % ce qui permet de doubler la production d'énergie pour le même diamètre de rotor. La société annonce travailler sur une gamme plus imposante, avec un diamètre de 4 mètres, capable de développer une puissance de 250 kW.

 

Augmenter la puissance pour diminuer les coûts

 

Ce même 28 février 2019, la startup Eel Energy de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) a présenté la version fluviale de son hydrolienne à membrane à Gérald Darmanin, le ministre du Budget, Xavier Bertrand (président de la région Hauts-de-France) et Frédéric Cuvillier (maire de la ville). Les performances de cette technologie prometteuse tiennent à sa capacité de démarrer dans de faibles courants : à partir de 0,5 m/seconde elle convertit de l'énergie. Le coût de l'électricité produite s'en trouve abaissé, puisque pour les prototypes de petite taille, il est déjà inférieur à 150 €/MWh. En accroissant la taille des machines, l'équipe d'Eel Energy espère passer sous les 100 €/MWh. Les travaux en ce sens ont rapidement progressé puisque l'envergure des membranes est passée de 80 à 160 puis 260 centimètres en seulement trois mois. La jeune pousse entend tester un prototype de 5 mètres d'envergure d'ici à la fin de 2019. Reposant sur un principe biomimétique d'ondulation, similaire à la nage des poissons, l'hydrolienne à membrane aurait un impact minimal sur la faune et la flore.

 

hydrolienne à membrane
hydrolienne à membrane © Eel Energy

 

L'hydrolien français n'a donc pas totalement échoué malgré l'abandon des grandes fermes marines portées par EDF/Naval Energies et Engie/General Electric. Récemment, c'est la société Hydroquest qui a déployé plusieurs turbines dans le Rhône, afin de constituer une première ferme pilote dans un fleuve français. L'étape industrielle, avec l'installation d'une quarantaine d'engins groupés pourrait être franchie cette année.

 

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