RENOUVELABLES. La filière hydrolienne française vit encore, dans les fleuves. Ce vendredi 21 décembre 2018 est inaugurée la première ferme pilote comptant quatre machines immergées dans le Rhône à la Caluire-et-Cuire. Le Syndicat des énergies renouvelables rappelle les vertus de cette technologie.

Après l'abandon du secteur de l'hydrolien par Naval Energies, la France dispose encore de champions de plus petites catégories. Outre Sabella, dont la machine est testée au large d'Ouessant, plusieurs entreprises planchent sur des turbines aux dimensions plus modestes. Parmi elles, Hydroquest est l'une des plus avancées : après avoir déployé son prototype dans la Loire, à Orléans entre 2014 et 2018, elle inaugure ce vendredi 21 décembre 2018, une ferme pilote de quatre engins dans le Rhône avec le concours d'Hydrowatt et de Voies Navigables de France. L'installation de 320 kW produira annuellement 1 GWh d'électricité, couvrant l'équivalent de consommation de 400 foyers tant en évitant l'émission de 300 tonnes de CO2. Une première mondiale qui, selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), "confirme le positionnement de la France à l'avant-garde du développement technologique des énergies marines renouvelables".

 

Des machines solides, fiables et productives

 

La géographie du territoire français, avec ses nombreux fleuves et des zones de forts courants marins, lui offrirait de nombreuses opportunités pour expérimenter ces technologies et exploiter des ressources propres. "L'installation qui sera inaugurée dans le Rhône confirme ainsi les débuts prometteurs de cette nouvelle filière industrielle et propice à l'export, car adaptée aussi bien aux besoins énergétiques croissants des pays industrialisés que des pays émergents". Rappelons que les hydroliennes fluviales peuvent être facilement déployées, sans travaux de gros œuvre et sans impact environnemental. Les machines Hydroquest sont embarquées sur des barges qui permettent de les remonter au sec pour les opérations de maintenance. Energétiquement, le facteur de charge des turbines serait supérieur à 65 %, un niveau rarement atteint dans le monde de la production électrique par des sources renouvelables (21 % pour le solaire, 40 % pour l'éolien). Les modèles proposés par la société développent une puissance unitaire de 40 ou 80 kW (deux roues sur un ou deux étages) pour une vitesse d'écoulement de l'eau de 3,1 m/s, et nécessitent une profondeur de 2,2 à 4,2 mètres. Le coût estimé de production varie de 200 à seulement 50 €/MWh "suivant les sites et la taille des fermes", précise Hydroquest. Les quatre machines, construites à Cherbourg par le groupement Hydroquest-CMN, ont été assemblées sur le Port Edouard Herriot avant d'être acheminées par voie fluviale entre les parcs de Feyssine (Caluire-et-Cuire) et de Saint-Clair (Villeurbanne). L'autorisation d'occupation temporaire du site a été délivrée pour une période de 18 ans.

 

Une ferme de 40 machines l'an prochain

 

Jean-Louis Bal (président du SER) et Marc Lafosse (président de la commission EMR), soulignent que "pour conserver leur précieuse avance technologique et industrielle, les acteurs du secteur de l'hydrolien demandent au Gouvernement de confirmer son soutien, notamment en donnant dès maintenant des perspectives de développement en France, à moyen terme, en mer comme dans les fleuves". C'est à cette condition que les coûts pourront baisser et décider des investisseurs et financeurs pour se lancer dans de nouveaux projets. Hydroquest devrait, en 2019, passer à l'étape supérieure, en déployant, toujours dans le Rhône, près d'une quarantaine d'engins de 40 et 80 kW pour une capacité totale de 2 MW. Elles seront groupées par trois et espacées de 150 mètres, sur une zone du fleuve longue de 2 km et située près de la frontière suisse. D'autres sociétés travaillent également à des turbines comme Bertin Technologies, Eel Energy ou Guinard Energies.

actionclactionfp