INTERVIEW. Patron de MDH Promotion et président de l'association des Promoteurs du Grand Paris, Philippe Jarlot évoque le nécessaire dialogue entre promoteurs, aménageurs et propriétaires fonciers pour produire du logement abordable en Ile-de-France, dans un contexte de conjoncture peu favorable.

Batiactu: Pouvez-vous nous rappeler dans quelles conditions les Promoteurs du Grand Paris ont vu le jour ?

 

Philippe Jarlot: La naissance des Promoteurs du Grand Paris date de 2016, nous étions presque tous au sein du syndicat LCA-FFB, notamment la branche Grand Paris. Nous avons lié des amitiés naturelles, et nous sommes dit que nous pourrions un jour créer un réseau de promoteurs, fait rare pour des acteurs qui ont pour habitude d'être très indépendants. Nous avons commencé par créer une passerelle de vente commune, en sachant que nous représentons 3% du marché francilien, et 5% en termes de ventes aux particuliers. Deux ans après, nous avons monté une Société par actions simplifiées (Sas) afin de répondre aux projets du Grand Paris. Avant cela, deux promoteurs avaient déjà remporté des projets dans le cadre d'Inventons la métropole du Grand Paris 1, nous avons candidaté à 3 sites du deuxième volet du concours, et avons été retenus pour la phase finale de l'ancienne école d'architecture de Nanterre.

 

B: En quoi cette association tire sa différence d'autres promoteurs ?

 

PJ: Nos structures à tailles humaines, majoritairement présentes en Ile-de-France font notre spécificité : nous faisons ce métier depuis près de 20 ans, avec des effectifs entre 20 et 40 collaborateurs, et partageons des valeurs de transparences, de services aux clients et d'adaptation à la vague de la conjoncture économique. Si nous avons pour point commun de produire des logements, des commerces ou des crèches, certains promoteurs sont plus spécialisés dans les résidences séniores, d'autres sur l'hôtellerie ou les bureaux.

 

Les promoteurs du Grand Paris regroupent des PME de l'immobilier agissant principalement sur le périmètre francilien. Les promoteurs membres de l'association sont Bécarré Elysées, Bricqueville, Cibex, MDH Promotion, Paris Ouest Promotion et Pierre Etoile.

B: Comment procédez-vous pour candidater en tant qu'association dans ces appels à projets ?

PJ: Nous n'y allons pas nécessairement à six. Nous nous rencontrons une fois par mois, et décidons quels promoteurs vont candidater, selon leur connaissance du terrain et des élus. Lorsque le projet s'établit sur une surface inférieure à 15.000 m², la candidature est individuelle, mais sur l'école de Nanterre, qui fait plus de 20.000 m², nous avons été 3 promoteurs sur un même dossier.

 

B: Trois promoteurs sur une même candidature, cela change la méthode de travail

 

PJ: Cela implique un travail d'équipe beaucoup plus fort, mais nous voyons assez rapidement comment chacun apporte sa pierre à l'édifice. Nous nous disons que la Sas n'est née qu'en 2018, et que nous sommes déjà en lice dans deux finales, dont un programme de 560 logements à Saint-Quentin-en-Yvelines. Nous espérons bien sûr remporter les deux projets, mais un serait déjà un bon départ. Nous sommes déjà en cours de réflexion sur une participation aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, en s'insérant dans une équipe.

 

B: Alors que les projets immobiliers du Grand Paris commencent tout juste à sortir de terre, on a le sentiment que ce Grand Paris est d'ores et déjà inaccessible, partagez-vous ce constat ?

 

PJ: Cela dépend vraiment des secteurs, de la tension du marché immobilier et de la rareté du foncier. Il est vrai qu'il est difficile d'obtenir des prix différenciés sur le Grand Paris, la deuxième couronne offre plus de possibilités. Aujourd'hui, les promoteurs et les propriétaires fonciers sont tellement sollicités que l'alchimie pour produire du logement abordable est compliquée. Nous sommes face à un paradoxe où des personnes souhaitant accéder à la propriété sont désolvabilisés, malgré des taux d'intérêt bas, alors que le discours politique appelle à construire mieux et moins cher, alors que les prix du foncier sont très élevés, que les coûts de construction augmentent.

 

B: Quels seraient selon vous, les leviers pour créer du logement abordable dans le Grand Paris ?

 

PJ: Nous avons proposé à des communes de nous vendre des terrains au prix des domaines de leur assurer la transparence de nos bilans, des plafonds de revenus, des clauses anti-spéculatives…tout cela est possible, mais ne peut pas se faire partout. L'outil du bail réel solidaire est également intéressant, qui nécessite du contrôle afin d'éviter que des promoteurs ou propriétaires ne revendent leur foncier plus cher.

 

B: Vous employez souvent le terme « transparence » …

 

PJ: Si les aménageurs étaient attachés à la transparence dans les concours, ils donneraient un prix de foncier fixe. Nous serions alors en mesure de proposer un projet qui sera jugé pour sa qualité, notamment sur les volets de transition énergétique et numérique, et sur son prix de vente. Cela existe dans certains concours, et lorsque l'on travaille avec les établissements publics fonciers.

 

B: Des appels à projets comme Inventons la métropole ont-ils, selon vous, rebattu les cartes du jeu de promoteurs ?

 

PJ:Il est vrai, quand le dossier n'est pas seulement jugé sur le prix de foncier, qu'Inventons la métropole du Grand Paris a rebattu les cartes, en prônant l'innovation, la culture dans les projets immobiliers. Il nous a amené à penser non plus cœur de ville, mais cœur de vie. Avant, le promoteur se trouvait un peu seul face à l'aménageur, nous nous voyons désormais membre d'une équipe avec l'architecte et les start-ups.

actionclactionfp