ÉCONOMIE. Tous secteurs d'activité confondus, le nombre de défaillances d'entreprises a chuté de 39% entre décembre 2019 et décembre 2020, d'après les chiffres de la Banque de France. Mais si l'impact de la crise sanitaire sur le fonctionnement des juridictions commerciales ne doit pas être négligé, les mesures de soutien des pouvoirs publics expliquent aussi ces résultats.

De plus en plus d'observateurs et d'employeurs l'affirment : l'économie française, qui semble pour l'instant encaisser en grande partie le choc de la crise sanitaire du Covid, serait artificiellement maintenue en vie grâce aux aides de l'État. C'est également ce que sous-entend la Banque de France dans son bulletin consacré aux défaillances d'entreprises pou le mois de décembre 2020 : on y apprend d'abord que, tous secteurs d'activité confondus et pour quasiment toutes les catégories de sociétés, le nombre de procédures a chuté de 39% entre décembre 2019 et décembre 2020, et que le nombre de dépôts de bilans enregistrés sur le dernier trimestre de l'année 2020 est inférieur de presque 40% à celui constaté à la même période, un an auparavant.

 

-44% pour le BTP et -32% pour l'immobilier sur un an

 

La construction est logée à la même enseigne : sur les 12 derniers mois, ses défaillances d'entreprises ont dégringolé de 44,6%, passant d'un cumul annuel de 11.089 en décembre 2019 à un cumul de 6.138 un an plus tard. Les données mensuelles des mois d'octobre, novembre et décembre 2020 confirment une tendance toujours à la baisse malgré un épisode de recrue, avec respectivement 423, 448 et 404 procédures. Idem pour les activités immobilières : les dépôts de bilans pour les entreprises de ce secteur sont passés de 1.647, cumulés sur un an, en décembre 2019, à 1.109 en décembre 2020, soit un important recul de 32,7%. Si le mois de novembre 2020 a là encore souffert d'une hausse des redressements judiciaires (95 après 88 en octobre), la situation s'est de nouveau calmée en décembre (80 dossiers).

 

Quant aux différentes catégories d'entreprises, quasiment toutes profitent aussi de cette conjoncture favorable. Entre décembre 2019 et décembre 2020, les défaillances de micro-entrepreneurs ont ainsi diminué de 39,1% (2.050 procédures enregistrées en décembre 2020), tandis que celles des petites et moyennes entreprises se repliaient de 39,1% (1.913 dossiers en décembre dernier). En revanche, la situation semble plus difficile pour les entreprises de taille intermédiaire et les grands groupes : cette catégorie a vu ses dépôts de bilans augmenter de 45,5% sur un an, passant de 33 redressements judiciaires fin 2019 à 48 fin 2020.

 

Les aides de l'État biaisent l'analyse de la situation

 

Une fois de plus, la banque centrale française avance comme explication les répercussions du confinement sanitaire sur le fonctionnement des juridictions commerciales - les tribunaux de commerce ayant dû reporter un certain nombre de procédures -, ainsi que l'adaptation de la réglementation qui a accordé, de manière temporaire, des délais supplémentaires "tant pour apprécier l'état de cessation de paiement que pour le déclarer". Des dispositions dont les effets ont pu se faire sentir "jusqu'au 10 octobre 2020", mais, depuis cette date, l'institution estime qu'un autre facteur a pris la relève : les dispositifs d'aide mis en place par le Gouvernement pour soutenir les entreprises dans la tempête économique du Covid.

 

Fonds de solidarité, activité partielle, exonérations et reports de charges sociales, mesures facilitant la mise en place de moratoires pour les dettes bancaires et les loyers, Prêts garantis par l'État (PGE), prêts directs de l'État aux entreprises... autant de mesures qui "apportent des aides de trésorerie ou permettent aux entreprises de réduire ou retarder le paiement de certaines charges, et donc le risque de faire défaut sur ces paiements", analyse la Banque de France.

 

Ou comment confirmer le fait que des entreprises vivant sous perfusion financière de l'État rend complexe toute lecture objective de la situation économique.

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