PERFORMANCE ENERGETIQUE. La Fidi, qui rassemble les diagnostiqueurs, a alerté les pouvoirs publics sur les nombreux problèmes qui remontent du terrain depuis l'entrée en vigueur du nouveau DPE dans une version "insuffisamment testée" selon eux. Un travail est en cours avec la DHUP.

Pour les diagnostiqueurs de la Fidi, associés à l'Unis, syndicat des professionnels de l'immobilier, la version actuellement en vigueur du nouveau DPE a d'ores et déjà "révélé ses limites" : forts des nombreuses remontées de leurs adhérents depuis le 1er juillet dernier, la Fidi et l'Unis annoncent, dans un communiqué commun, avoir dressé "un constat identique d'insatisfaction".

 

Après l'entrée en vigueur du nouveau DPE, en effet, les professionnels ont fait remonter de nombreuses incohérences et problèmes de calcul. La Fidi l'a indiqué, le 16 septembre, à la DHUP (Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages. Dénonçant "une version du nouveau DPE insuffisamment testée", les deux syndicats souhaitent "travailler avec les pouvoirs publics pour améliorer au plus vite le dispositif". La Fidi, qui participe depuis plus de deux ans à des groupes de travail hebdomadaires avec l'administration, reste "raisonnablement optimiste sur la prise en compte de ses propositions d'améliorations d'ici à quelques semaines".

 

Le calcul du coût des consommations ne correspond pas à la réalité

 

La Fidi a pu dénombrer et expliquer concrètement les éléments conduisant aux écarts très importants des résultats du DPE nouvelle version par rapport à la version précédente.
Ces écarts importants ont, selon les diagnostiqueurs, deux causes probables : d'une part, le calcul du coût des consommations, par tranches, "ne correspond pas à la réalité". "En électricité, pour un nombre de kWh donné, l'erreur est de plus de 30% par rapport au coût réel du kWh !" s'insurge la Fidi.

 

D'autre part, les remontées de terrain montre que certains paramètres du moteur de calcul liés aux habitudes de vie des occupants ont été fortement modifiés par rapport à la version précédente. "Ils ne correspondent peut-être pas à la réalité du terrain". Ces nouveaux paramètres "dégradent substantiellement l'estimation des consommations", et, de fait, la note du DPE.

 

Calculs incohérents et paramètres mal calibrés

 

La Fidi alerte en outre sur "des problèmes concrets" relevés par des thermiciens, et qui "dégradent significativement la note" du DPE, donc la classe énergétique du logement. Dans le détail, il semble qu'il y ait un problème sur le calcul des débits d'infiltration "qui donne des déperditions quasiment dix fois plus importantes que la version précédente". Le calcul des consommations des auxiliaires de bouclage pour un appartement en immeuble collectif semble incohérent, puisque relève le syndicat, "les pompes consomment quasiment autant que le total des eau chaudes sanitaires !". Enfin, le syndicat a fait le calcul avec les deux versions du DPE d'un logement et constate, pour les mêmes déperditions enregistrées, "beaucoup plus de consommation" énergétique.

 

Un autre point, qui ne joue pas sur la note du DPE, est remonté du terrain. Il concerne l'estimation du confort d'été : si la fenêtre des toilettes ne comporte pas de volet, "l'estimation est dégradée quels que soient les autres paramètres".

 

"Si les pouvoirs publics ne souhaitent pas revenir sur certains choix, il est impératif qu'ils expliquent clairement aux professionnels de l'immobilier les paramètres retenus et les raisons de leurs choix" font savoir les professionnels de l'immobilier. Lionel Janot, président de la Fidi et Stéphane Prouzeau, vice-président, estiment que les échanges avec la DHUP ont néanmoins été "très productifs". Ils disent ne pas douter "que des ajustements seront pris en compte rapidement pour améliorer la fiabilité des DPE".

 

Des conséquences trop lourdes, notamment en ce qui concerne l'interdiction de louer

 

De son côté, l'Unis souligne plus largement les difficultés qui entourent l'application du nouveau DPE devenu opposable et obligatoire. Le syndicat cite, pêle-mêle, l'incompréhension des clients qui voient leur bien déclassé ; les difficultés d'accès aux locaux techniques de l'immeuble dans le temps imparti ; la difficulté de disposer des références techniques des isolants utilisés il y a plus de dix ans ; le classement comme chaudière fuel des chaudières gaz dont les caractéristiques (type, puissance etc.) n'ont pas été indiquées, "entrainant automatiquement un déclassement pénalisant" ; des écarts entre les ratios de surfaces habitables des appartements et les tantièmes de copropriété ; ou encore l'allongement des délais de commercialisation en attente des DPE.

 

Danielle Dubrac, la présidente de l'Unis, avait conseillé aux copropriétés et aux bailleurs d'établir un nouveau DPE ; pour ces acteurs, "l'atterrissage est donc très rude". "Dans ce contexte, la question de l'opposabilité pèse trop lourdement. Les pouvoirs publics sont allés trop vite". Elle craint que l'impact sur le parc soit trop lourd, notamment en ce qui concerne le calendrier de la loi Climat et résilience qui interdit de louer les logements classés G en 2025.

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