ARTISANAT. A quelques semaines des Journées Professionnelles de la Construction 2018, qui se tiendront à Brest, Gilbert Olivet, le président de l'UNA Serrurerie-Métallerie, livre son sentiment sur différents sujets d'actualité : formation, pénibilité, plateformes de mise en relation… Tour d'horizon.

Comme les années précédentes, l'Union nationale artisanale Serrurerie-Métallerie s'inquiète de son manque de main d'œuvre. "Plus que jamais même", insiste Gilbert Olivet, son président, qui explique que les recrutements sont difficiles, surtout dans l'activité dépannage. Les professionnels préfèrent en effet se mettre sous le statut de micro-entrepreneur et se concentrer sur des activités plus simples d'intervention d'urgence, plutôt que d'entrer dans des ateliers où les travaux sont plus variés.

 

Le président de l'UNA revient sur la mise en place de la Certification de Qualification Professionnelle (CQP), discutée depuis près de huit ans et mise en place en 2017 dans deux régions (Occitanie et Auvergne-Rhône Alpes). Elle a été concomitante à l'expérimentation FEST, de formation in situ des travailleurs, c'est-à-dire au sein même des ateliers et pas dans des centres de formation dédiés. "Tout a été à créer, tout était nouveau, à la fois pour les entreprises, les salariés et les formateurs. D'où une certaine complexité, puisque tout est personnalisé. Les récipiendaires ne sont pas tous formés au même travail mais le sont selon les besoins propres de l'entreprise", relate-t-il. "Mais malgré toutes les haies à franchir, nous arrivons sur la fin de cette expérimentation et les premières évaluations auront lieu en mai", poursuit Gilbert Olivet. L'UNA Serrurerie-Métallerie souhaite en tout cas développer ce type de formation en entreprise plutôt qu'à l'extérieur. Et le président de l'Union annonce qu'une troisième région, celle des Pays-de-la-Loire, serait intéressée pour tester à son tour le dispositif.

 

Prévention et santé

 

Autre thématique, celle de l'enquête sur les conditions de travail, lancée avec le concours de l'OPPBTP en mai 2017. Le but sera de faire évoluer les ateliers et de réduire la pénibilité, peut-être afin de rendre les postes plus attrayants. Gilbert Olivet évoque les charges portées tout au long de la journée, les poussières de ponçage et les fumées de soudure. "L'étude a été menée sur des ouvrages courants, des grilles et garde-corps d'une part et des portes d'autre part. Le protocole a été défini au sein de deux entreprises franciliennes et l'enquête sera menée au sein d'autres entreprises en région, qui compteront entre deux et quatre salariés", détaille-t-il. Cette étude comprendra des mesures réalisées sur place et des analyses médicales (urine et sang), afin de scruter les niveaux de métaux lourds notamment. Tout cela pour améliorer la protection des travailleurs en travaillant sur la prévention et l'ergonomie des outils (masques ventilés, torches aspirantes), et ainsi anticiper de futures réglementations européennes. "Il s'agit d'une étude au long cours", ajoute le président de l'UNA.

 

Troisième sujet d'intérêt pour le professionnel de la serrurerie-métallerie, les résultats de la Boîte à outils destinée aux dépanneurs et mainteneurs. Cette fois, le but est de s'assurer du respect des règles de l'art de la profession, de l'application du décret sur l'affichage des tarifs et, plus généralement, d'encourager les bonnes pratiques, y compris des temps de réponse courts pour les devis ou le développement de réseaux entre professionnels. Gilbert Olivet parle d'une charte d'engagement "pour ne pas faire n'importe quoi sur le terrain". Le président des métalliers-serruriers poursuit sur les plateformes de mise en relation entre clients et artisans : "Pour l'instant on ne sait pas trop à qui on a à faire. D'où la création de notre propre plateforme de mise en relation avec les clients dite 3.0. L'Offre de services se déclinera en trois activités : dépannage d'urgence, dépannage-maintenance et ouvrages". Sur la question des produits connectés, il révèle qu'un travail mené avec le CNPP, aboutira à la révision du référentiel A2P afin d'intégrer les serrures électroniques et autres volets roulants connectés, aux côtés des solutions purement mécaniques.

 

Des tarifs qui reprennent quelques pourcents

 

Sur le BIM, qui semble être encore assez loin de l'activité des serruriers-métalliers, il annonce que l'UNA participe aux travaux du Plan de Transition Numérique du Bâtiment et qu'elle est présente au sein du groupe de travail "Numérique" de la Capeb, afin d'y défendre le principe d'allotissement pour les marchés à destination des entreprises artisanales. Enfin, interrogé sur l'éventuel impact de la sortie des portes blindées du Crédit d'Impôt Transition Energétique, il répond qu'il s'agit en fait d'un marché de niche et que les conséquences ont été moindres que prévu. Du côté des prix et tarifs pratiqués, Gilbert Olivet annonce que les tarifs sont en légère reprise : "Nous atteignons à nouveau les niveaux d'il y a 5 ans". Mais pas de quoi compenser l'énorme augmentation du prix des matériaux comme l'acier ou le cuivre, ce qui amène les artisans à rogner sur les marges. Le président de l'UNA se déclare donc "mitigé et prudent" sur les perspectives d'activité…

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