INDUSTRIE. Trois ministres - Agriculture, Industrie et Logement - viennent de signer un avenant "porteur de projets" au Contrat stratégique de la filière bois pour "actualiser" le texte dans la perspective du Plan de relance post-Covid. Une façon pour l'exécutif de passer à la vitesse supérieure dans le développement et l'industrialisation du secteur sylvestre, sur fond de vives tensions mondiales sur les marchés de matières premières.

Un nouveau geste fort en faveur de la filière bois : ce 19 avril 2021, le Comité stratégique dédié à ce secteur d'activité s'est réuni à Bercy en présence de son président, Luc Charmasson, de Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture (dont le portefeuille englobe aussi les forêts), Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'Industrie, et Emmanuelle Wargon, ministre du Logement. Pas moins de trois membres du Gouvernement donc, pour ratifier un avenant "porteur de projets" au Contrat stratégique de la filière (CSF) qui a été signé en 2018 entre les pouvoirs publics et les professionnels de la sylviculture. L'enjeu du texte est d'"actualiser" cette feuille de route dans la perspective du plan de relance post-Covid lancé par l'exécutif et intitulé France Relance. Autrement dit, cet avenant doit permettre à la filière bois - 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 440.000 emplois - de bénéficier encore davantage des moyens consacrés à la relance économique, de sorte à se développer et à s'industrialiser pour, in fine, s'inscrire pleinement dans la transition écologique. Les 200 millions d'euros de France Relance déjà fléchés vers le secteur forêt-bois doivent assurer le renouvellement et l'adaptation des massifs au changement climatique, avec comme objectif la plantation de 50 millions d'arbres. Mais il s'agit également de développer les entreprises intervenant en aval de la filière, et c'est là qu'entre en scène ce texte, guidé par trois objectifs.

 

Rendre le bois compétitif pour répondre aux nouvelles perspectives de marché

 

Tout d'abord, "l'optimisation du puits de carbone du secteur forêt-bois" pour justement rendre possible la transition bas-carbone ; "une mobilisation renforcée de la filière et de l'État en faveur de la souveraineté industrielle de la France", en se basant sur le potentiel des massifs de l'Hexagone et le soutien apporté aux implantations d'entreprises industrielles et aux relocalisations d'unités de transformation ; enfin, "une coopération intra et inter-filières pour renforcer les compétences, et optimiser le fort potentiel d'emploi du secteur forêt-bois, notamment en milieu rural". Sur la base de ce triptyque, et des ressources naturelles que compte la France, l'exécutif espère bien créer de la valeur et des emplois dans les territoires tout en assurant des débouchés commerciaux aux professionnels du bois-construction et du bois-énergie. "À l'heure où nous offrons à la filière des perspectives de marché nouvelles dans la construction, il convient donc de lui donner les outils permettant d'en faire une filière compétitive", a ainsi souligné Agnès Pannier-Runacher.

 

Son collègue de l'Agriculture a quant à lui affirmé que la filière devait "s'emparer des opportunités" qui se présentent désormais : "Le bois représente plus d'emplois que l'automobile dans notre pays, mais il est confronté à une impérieuse nécessité : avancer encore plus sur l'amont et l'aval", a déclaré Julien Denormandie - qui a, au passage, félicité Emmanuelle Wargon au sujet de la Réglementation environnementale 2020 et de son principe d'analyse du cycle de vie dynamique. Mais le ministre chargé des forêts s'est aussi dit inquiet au vu "des marchés perturbés et des tensions sur les matériaux", à l'heure où la pénurie de matières premières guette effectivement de nombreux secteurs d'activité, au premier rang desquels la construction. Une situation "qui nous oblige à avoir un développement harmonieux", a encore fait valoir Julien Denormandie, expliquant que l'amont "a besoin d'être rassuré sur le fait de créer et de récupérer de la valeur", pendant que l'aval "a aussi besoin de sécuriser son approvisionnement afin de faire fonctionner son outil de production et de fournir les marchés comme il se doit", citant la nécessaire modernisation des seconde et troisième transformations. Au-delà de France Relance, l'accompagnement de l'État sur ces questions se traduira par le Fonds bois 3, en train d'être finalisé et qui sera doté de 65 millions d'euros.

 


"La situation des derniers mois est assez inquiétante, notamment au niveau des exportations de grumes de feuillus vers la Chine où il y a un véritable risque, et j'espère trouver des solutions à court et moyen terme. Il y aura une réunion dans les prochains jours sur ce sujet précis et je demanderai à tous les acteurs de prendre des engagements."
-Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture

 


Le bois "a plus que toute sa place" dans la RE2020

 

Des lignes directrices censées apporter un nouvel élan aux professionnels du bois, lesquels pourront compter, dixit le Gouvernement, sur "plusieurs nouveautés" pour passer à la vitesse supérieure, comme par exemple la RE2020. Objets de débats houleux, cette dernière consacre effectivement les matériaux biosourcés en lieu et place des produits plus conventionnels, comme le béton et l'acier. Selon Emmanuelle Wargon, l'intérêt du texte résiderait plutôt dans sa volonté de promouvoir la mixité des matériaux, ceci afin notamment de valoriser le stockage du carbone. "La filière bois définit l'identité de nos territoires et est absolument vitale pour la décarbonation de notre économie. Mais nous sommes à un moment-clé de transformation de cette filière", a souligné la ministre du Logement.

 

"Avec l'ACV dynamique, nous souhaitons donner un objectif de décarbonation des bâtiments, porter des matériaux moins émetteurs de dioxyde de carbone dans le cycle de construction. Le bois y a plus que toute sa place", a-t-elle ajouté. Face à de nombreux doutes et critiques sur les capacités réelles de production et de distribution de la filière bois pour répondre à une demande qui risque donc d'exploser dans le BTP, celle-ci a pourtant répondu qu'elle serait prête, grâce à son plan "Ambition bois 2030", qui ambitionne, entre autres, de former ses collaborateurs, d'étendre l'offre de produits, d'effectuer des plantations et replantations ou encore de favoriser le recyclage en fin de vie.

 


"Tous les matériaux ont leur place dans la RE2020, les biosourcés étant naturellement avantagés dans le stockage du carbone. L'État a fait sa part du travail avec ce texte qui ouvre des perspectives sur le bois-construction ; maintenant l'industrialisation est indispensable."
-Emmanuelle Wargon, ministre du Logement

 


Un appel à manifestation d'intérêt pour augmenter l'offre industrielle en construction et rénovation bois

 

En parallèle, Agnès Pannier-Runacher a annoncé qu'un million d'euros supplémentaire serait accordé à l'Accélérateur de croissance filière bois, une structure censée soutenir les PME et ETI du secteur à renforcer les compétences de leurs salariés comme de leurs dirigeants. "Deux nouvelles promotions de 30 dirigeants intégreront cet accélérateur, opéré par BPI France avec l'appui du CSF Bois, et cet outil aura vocation à être un levier pour renforcer la diversité des parcours et l'égalité des chances au sein de la filière", indique Bercy. La chose n'est pas aisée dans la mesure où le tissu économique de la filière bois est dominé par des TPE-PME, "ce qui implique des modes d'action différents" d'après la ministre de l'Industrie, qui veut accompagner l'évolution des métiers mais aussi la transition numérique, et faire émerger des ETI.

 


"Le contexte est marqué par une certaine déstructuration des marchés et des filières. Il faut donc explorer les enjeux de compétitivité-coût de la filière bois, et pour cela nous allons mener un travail d'expertise en regardant au plan européen comment les différents pays tirent leur épingle du jeu, et prendre des décisions en fonction. Nous devons absolument accélérer la compétitivité et la transformation de cette filière, c'est pourquoi il faut regarder ce qui se fait dans d'autres pays au niveau social et environnemental pour nous en inspirer."
-Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'Industrie

 


Enfin, un appel à manifestation d'intérêt "pour le développement de produits bois et de systèmes constructifs bois innovants" a été ouvert aujourd'hui et jusqu'au 13 juillet prochain. Son but est d'identifier tous les projets susceptibles de faire "changer d'échelle l'offre industrielle" spécialisée dans la construction et la rénovation en bois. Ceci dit, la portée de cette démarche est aussi politique, dans la mesure où ces projets devront "concourir à l'objectif de souveraineté nationale, avec la valorisation de ressources forestières françaises transformées sur le territoire". Les acteurs publics comme privés attendent donc des propositions dans différents domaines : production industrielle du matériau transformé (panneaux, poutres, lamellé-collé, CLT...), préfabrication d'éléments constructifs, bref "les principales techniques constructives à base de bois appelées à se développer de manière significative d'ici à 2035 avec la croissance de la demande intérieure", résume le ministère de l'Économie. Mais avant tout cela, il s'agira d'abord, pour Julien Denormandie, de relever "un défi majeur, celui de réussir l'exécution du Plan de relance".

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