FORMATION PROFESSIONNELLE. Les négociations sur la réforme de la formation professionnelle et de l'apprentissage débouchent déjà sur des divergences conséquentes entre la Capeb et la FFB : la première accuse la seconde de proposer un projet "scandaleusement suicidaire", laquelle défend pour sa part "un système qui part de l'entreprise et de ses besoins".

Les négociations sur la réforme de la formation professionnelle et de l'apprentissage dans le BTP se sont à peine ouvertes le 22 mai 2019, que des désaccords majeurs apparaissent déjà entre les principaux acteurs du secteur. Ce 27 mai, la Confédération des artisans et petites entreprises du bâtiment (Capeb) a regretté un discours "hégémonique" et un projet "scandaleusement suicidaire" de la Fédération française du bâtiment (FFB).

 

Des dispositions qui risqueraient de faire "s'effondrer l'accès à la formation des TPE des branches du bâtiment ainsi que l'offre de services en apprentissage"

 

Dans un communiqué, la première a cité plusieurs dispositions du texte "inacceptable" porté par la seconde : à titre d'exemple, la cotisation étiquetée "CCCA-BTP", et donc pour l'essentiel dédiée au financement de l'apprentissage, serait réorientée et transformée en une "taxe OPCO de la Construction", désormais tournée vers la formation continue. De même, le système de formation continue des TPE du bâtiment serait également en danger aux dires de la Capeb, qui affirme qu'une part de leurs contributions serait "partagée" avec celles des entreprises plus importantes. Autant de dispositions qui risqueraient de faire "s'effondrer l'accès à la formation des TPE des branches du bâtiment ainsi que l'offre de services en apprentissage", estime la confédération, qui "oeuvrera, avec force et détermination, dans les négociations à venir pour revoir en profondeur le contenu de ce projet d'accord".

 

Dans la foulée de ces négociations mouvementées, le premier vice-président de la Capeb chargé des affaires sociales et de la formation, Jean-Christophe Repon, a voulu insister sur le rôle de son organisation : "Vu l'expérience de la négociation sur la création de l'OPCO de la Construction, la délégation Capeb s'attendait à un début difficile... mais cette première réunion fut bien pire encore ! La Capeb, forte des valeurs qu'elle défend depuis des décennies, espère que le camp patronal va se reprendre, pour ne pas faire voler en éclats l'apprentissage et la formation de tout un secteur."

 

"Nous avons les moyens que nous donne l'Etat pour développer l'apprentissage, et nous avons les moyens que nous nous donnons pour renforcer l'OPCO"

 

Contactée par Batiactu, la FFB se défend en précisant que cette première proposition de texte est "faite pour être amendée". L'organisation souhaite placer son projet dans un contexte général qui prend en compte la loi Avenir professionnel et ses conséquences : "La loi nous dit que l'apprentissage rentre dans un champ concurrentiel sur l'aspect du modèle économique. La question est : quelle contribution pour quelle qualité de formation ? Sachant que cela dépend du nombre de jeunes que l'on arrive à mobiliser, et par extension du nombre de contrats qui sont signés avec les entreprises", explique un porte-parole de la FFB. "Dorénavant, les partenaires sociaux deviennent maîtres sur les modalités de versement de l'argent (fléché pour l'apprentissage). Il va donc falloir qu'on travaille de manière totalement différente. La branche doit trouver les moyens pour soutenir les plus faibles sur l'ensemble du territoire national et ce, même dans les métiers avec les plus faibles effectifs."

 

Financer des projets liés au numérique et aux nouvelles technologies

 

Le texte porté par la fédération se présenterait ainsi comme une retranscription de la loi, mais qui intègrerait également des contraintes économiques et des orientations politiques. Nonobstant le fonctionnement même du système de financement de la formation professionnelle et de l'apprentissage, c'est aussi le rôle des partenaires sociaux qui devrait être remis en question par les présentes tractations : "On doit sortir de notre zone de confort, de nos habitudes - il faut adapter le système. Nous avons les moyens que nous donne l'Etat pour développer l'apprentissage, et nous avons les moyens que nous nous donnons pour renforcer l'OPCO", poursuit cette source proche du dossier à la FFB. "On veut un système avec une logique financière qui parte de l'entreprise et de ses besoins." Ce qui implique donc que toutes les structures soient logées à la même enseigne, quelle que soit leur taille : "Dire que les plus grosses entreprises vont prendre l'argent des plus petites est faux, c'est finalement l'inverse qui se produit". En fait, la fédération souhaite conserver une contribution spécifique recalibrée et concentrer les moyens de péréquation sur l'OPCO, dans une logique de rationalisation des fonds et de leur utilisation.

 

Par ailleurs, la FFB suggère de financer tout particulièrement des projets liés au numérique et aux nouvelles technologies sur le segment de l'apprentissage : des cours en ligne à la réalité virtuelle en passant par les MOOC (formations par Internet), ces outils doivent permettre de développer l'image du bâtiment auprès des jeunes.

 

En conclusion, la fédération "regrette que le débat prenne une telle tournure" ; son président, Jacques Chanut, ajoute : "Avec la réforme de la formation professionnelle, il y a la nécessité de prendre à bras-le-corps le sujet de l'apprentissage qui est incompatible avec l'immobilisme ou le repli. Nous sommes persuadés que seule une réelle ambition courageuse et affirmée, permettra de relancer l'apprentissage et de l'adapter aux enjeux du XXIe siècle. Il faut avoir une vision d'avenir pour construire le futur paysage professionnel de nos jeunes."

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