MAQUETTE NUMÉRIQUE. A peine lancé, le référentiel BIM for Value ou "B4V" suscite la curiosité. Batiactu est allé à la rencontre de plusieurs des organismes qui ont contribué à son élaboration dont la Fédération des sociétés immobilières et foncières (FSIF) et Smart Building Alliance.

Le référentiel BIM for Value - ou B4V - doit venir assurer la continuité de service dans l'utilisation de la maquette numérique. Comme nous le relatait hier Emmanuel François, président de la Smart Building Alliance : "Aujourd'hui chaque acteur a sa propre maquette, ce qui est un vrai frein au déploiement du BIM". Partis de ce constat, les membres de la filière de la construction se sont réunis afin de plancher pendant plus d'une année sur l'élaboration d'un outil partagé regroupant une trentaine de cas d'usages d'un bâtiment, compris entre la phase de programmation et celle d'exploitation. Ils couvrent ainsi toute la durée de vie d'un projet. Le référentiel, présenté ce 2 avril 2019, définit donc des règles claires de collaboration et des livrables précis pour les différents acteurs. Les pratiques de base sont couvertes, tout comme celles qui sont plus avancées, permettant aux sociétés d'y trouver ce dont elles ont besoin, suivant leur degré de maturité dans l'adoption du BIM.

 

 

Un sentiment partagé par le représentant de la Fédération des sociétés immobilières et foncières (FSIF), qui nous explique : "L'enjeu pour le maître d'ouvrage est de disposer d'un outil qui assurera la cohérence des datas depuis la conception jusqu'à l'exploitation, en passant par la réalisation. Le référentiel constitue un cadre dès le départ du projet et il envisage toutes ses phases. Un cadre opérationnel avec différentes options qui seront utilisées ou pas". Il ajoute : "La réflexion a rassemblé des compétences diverses grâce aux différentes contributions afin d'aboutir à un outil open source mis à disposition de la filière". Pour Emmanuel François, le président de la Smart Building Alliance, "Le référentiel sera la base du commissioning, tout comme le référentiel R2S pour les bâtiments serviciels, avec des données ouvertes, standardisées et des systèmes interopérables". Il y voit même une démarche d'intérêt public, avec une approche transversale collaborative qui répondra aux enjeux actuels. Emmanuel François considère que le recours systématique au BIM pour des marchés publics pourrait grandement accélérer le déploiement de la maquette numérique au sein des entreprises françaises.

 

Des métiers qui perdureront avec des frontières estompées

 

 

David Thomas, directeur général adjoint de Setec Bâtiment, qui a œuvré à la mise au point du référentiel, nous dévoile : "Les normes internationales donnent 23 usages de base qui ont été revisités. Certains étaient transversaux, d'autres plus verticaux. Les maîtres d'ouvrage étaient absents des réflexions autour du BIM jusqu'à maintenant". Le spécialiste rappelle que la norme ISO 19650 est parue en décembre 2018 mais que, un peu aride, elle ne concerne que le management des projets BIM et s'en trouve difficilement compréhensible pour tous les intervenants d'un chantier. "Nous avons besoin de plus de compréhension", nous dit-il. L'intérêt du référentiel B4V sera d'assurer que les données seront conformes aux souhaits des acteurs et à leurs besoins. Avec le président de la SBA, il certifie que l'adoption d'une démarche collaborative BIM amènera des économies potentielles, en particulier lors de l'exploitation des bâtiments, grâce à des interventions d'entretien-maintenance plus rapides ou pertinentes et donc moins nombreuses. Les deux experts estiment que la préfabrication d'éléments (non standardisés mais au contraire sur mesure) tirera un grand avantage de cette transition numérique. Même l'étape de déconstruction d'un édifice sera anticipée. Emmanuel François ajoute : "Je suis convaincu que dans les 30 années il faudra repenser les bâtiments et redessiner les villes. Les activités changent et nos bâtiments et nos villes sont devenus trop rigides. Il faudra de la modularité". Pour lui, de nouveaux modèles économiques émergeront tendant à estomper les frontières qui existent aujourd'hui entre des métiers qui, eux, perdureront.

 

Un peu de travail reste à faire sur le référentiel B4V, notamment pour l'adapter à l'existant. Le représentant de la FSIF nous précise qu'une fois finalisé, au début de l'été 2019, démarrera une phase d'expérimentation pour peaufiner les réglages qui s'étalera sur 6 ou 12 mois. Il conclut : "Ce cadre permet de se poser les bonnes questions et d'y trouver des éléments de réponse pour fiabiliser la data. C'est un langage commun, mieux structuré pour fédérer les acteurs". La Smart Building Alliance, qui promeut B4V entend d'ailleurs le porter à l'international en ayant constaté que rien d'équivalent n'existait à ce jour à l'étranger. La French Touch fonctionnera-t-elle aussi dans le domaine du BIM ?

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