RESTRICTIONS. À l'invitation de la Délégation aux entreprises du Sénat, plusieurs représentants des indépendants et micro-entrepreneurs se sont exprimés sur la conjoncture qui impacte leur activité depuis le premier confinement du printemps 2020. Face à "une logique de survie", certains ont appelé à "une prise en charge moins technocratique" de l'État via ses dispositifs d'aide.

À l'initiative de sa Délégation aux entreprises, le Sénat a organisé ce 12 novembre 2020 au matin une table ronde en visioconférence sur la situation des travailleurs indépendants, invitant plusieurs représentants d'organisations professionnelles à s'exprimer sur leur activité impactée depuis le premier confinement du printemps 2020 par la crise sanitaire et économique du coronavirus. Présentés comme "les premières victimes collatérales des mesures de confinement" par le sénateur LR Serge Babary (Indre-et-Loire), les indépendants et micro-entrepreneurs regroupent "des populations variées", brassant de nombreux métiers au sein de différents secteurs d'activité.

 

Élargir le Fonds de solidarité et instaurer une "prime de relance"

 

"Le premier confinement a été un choc d'une extrême violence pour les indépendants", a d'abord confirmé le président de l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie), Frédéric Lavenir. "Les dispositifs d'aide mis en place par le Gouvernement se sont résumés, pour les indépendants, à un seul dispositif, celui du Fonds de solidarité, qui s'est avéré extrêmement efficace." D'après le représentant, le report de charges a quant à lui été "utile", tandis que les autres mesures de soutien ont été perçues comme "non-pertinentes" pour les auto-entrepreneurs, à l'image des Prêts garantis par l'État (PGE). Partant de ce constat, "les indépendants continuent de tenir mais ils sont sur le fil du rasoir", prévient Frédéric Lavenir. "Ce second confinement est un nouveau choc pour eux. C'est pourquoi l'Adie formule de nouveau sa recommandation d'instituer une prime de relance, d'un montant d'environ 3.000 € comme ordre de grandeur, afin d'octroyer des fonds propres, condition indispensable à la relance."

 

Même discours du côté de la plate-forme Indépendants.co, dont la présidente Hind Elidrissi a détaillé les "trois étages" de son "plan d'action" : en premier lieu, un accompagnement renforcé, qui se traduirait par "un Fonds de solidarité ouvert à tous les indépendants" ; ensuite, "des mesures sectorielles, des aides supplémentaires en fonction de la situation individuelle" ; et enfin, un travail sur la formation continue et la relance économique, qui passerait là aussi par une "prime de relance" et par des "possibilités de reconversion professionnelle". À l'heure où l'Allocation des travailleurs indépendants (ATI) fête sa première année mais essuie de nombreuses critiques, l'organisation affirme également être favorable à une réforme de l'assurance-chômage "qui intégrerait mieux les indépendants et serait plus efficace que le système actuel".

 

"Une date de reprise d'activité" et une éventuelle remise en question des régimes des indépendants attendues

 

Ce sur quoi le secrétaire général du Syndicat des indépendants (SDI) a ensuite tiré la sonnette d'alarme : "La situation est très grave, plus grave qu'au premier confinement car nous avons une attitude légèrement contestataire chez un certain nombre d'indépendants", a ainsi alerté Marc Sanchez. Reprochant aux fameuses listes S1 et S1bis du ministère du Travail - qui recensent les secteurs soumis à des restrictions d'activité du fait du contexte sanitaire - d'exclure un grand nombre d'entrepreneurs du Fonds de solidarité, il a estimé que "beaucoup d'entreprises sont dans une logique de survie et pas dans une logique de relance". Pour les représentants des indépendants, l'exécutif doit maintenant s'engager sur un calendrier précis : "Aujourd'hui, nous voulons une date de reprise d'activité", a réclamé Marc Sanchez. "Vu l'urgence de la situation, il est primordial d'arrêter d'avoir des logiques sectorielles. Nous demandons une prise en charge moins technocratique." Car d'après les témoignages collectés par le SDI, les Urssaf seraient par exemple nombreuses à proposer aux professionnels impactés des plans d'apurement sur seulement six mois, un délai bien trop court pour les entreprises secouées par la crise.

 

La crise économique du Covid-19 a en outre permis de faire la lumière sur les failles administratives, selon le président de l'Union des entreprises de proximité (U2P), Laurent Munerot : "Cette crise a été un révélateur de la fragilité des différents régimes des indépendants, comme celui de la micro-entreprise. Cette forme d'entrepreneuriat pose des difficultés dans sa mise en oeuvre mais aussi dans les aides qu'on peut lui apporter." À quelques heures d'une nouvelle prise de parole de Jean Castex pour faire un point sur l'évolution de la situation sanitaire, le dirigeant a appelé le locataire de Matignon à donner une visibilité plus importante sur l'avenir des indépendants : "Nous attendons du Premier ministre qu'il indique un calendrier de reprise, des perspectives à court et moyen terme de ce qui va se passer." Alors qu'un sondage paru ce jour montre que 3 Français sur 5 ne respectent pas les règles du reconfinement, cette série de témoignages prouve que le Gouvernement doit aussi regagner la confiance des indépendants et des micro-entrepreneurs.

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