ENTRETIEN. La sortie du guide de bonnes pratiques devant permettre une reprise progressive de l'activité du BTP est imminente. Alors que depuis une semaine, des voix discordantes à ce propos se sont élevées dans la filière, le Conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique (CSCEE) a mis tout le monde autour de la table ce 25 mars, en réunissant une cinquantaine de représentants de l'ensemble du secteur. Explications avec Thierry Repentin, président du CSCEE.

Batiactu. Pourquoi avez-vous organisé une réunion élargie ce 25 mars ?

 

Thierry Repentin : L'idée était de regrouper l'ensemble de la filière, d'élargir la participation à des non-membres du CSCEE, pour que toutes les parties prenantes de l'amont à l'aval (avec les industriels, les négoces, les architectes, les grandes fédérations, l'USH, les contrôleurs, l'ingénierie…) puissent prendre part au dialogue, exposent la façon dont elles appréhendent cette période, fassent état des difficultés qu'elles rencontrent et de ses attentes.

Quelles problématiques ont notamment été soulevées ?

Il y avait beaucoup de questions concernant le chômage partiel ou les pénalités de retard. Nous avons aussi évoqué l'après-crise et la remise en route des industries, actuellement arrêtées à 90%. Nous avons aussi parlé de l'instruction des documents d'urbanisme, qui doit absolument continuer pour que les permis sortent comme prévus à l'été.

 

Le guide pourrait être opérationnel "la semaine prochaine"

Avez-vous validé le guide des bonnes pratiques qui doit permettre la reprise progressive des chantiers de BTP ?

La réunion a permis de le finaliser, de le porter à la connaissance de toute la filière et de suggérer quelques ajustements à l'OPPBTP. Il devrait être validé par les autorités d'ici à la fin de la semaine, pour être opérationnel la semaine prochaine.

 

Que contient ce guide ?

Ce document de six pages apporte un cadre, même si la difficulté réside dans la nature substantiellement différente des chantiers. Il doit permettre de comprendre dans quelles conditions, sous quelles réserves les compagnons peuvent retourner sur les chantiers suspendus, ou se rendre sur de nouveaux relevant de l'urgence. Car les opérations de maintenance et liées à la sécurité continuent, et il faut voir comment ceux qui sont appelés à intervenir dans l'urgence peuvent exercer, qu'il s'agisse de marchés publics, privés ou de particuliers. Il y a par ailleurs une obligation de moyens, avec la mise à disposition de masques, de gel hydroalcoolique, l'accès à un point d'eau avec du savon, la distance à respecter…

Il n'est donc pas question d'obliger les entreprises à reprendre le travail si elles jugent ne pas en avoir les moyens ?

Non, il s'agit de répondre à celles qui ont envie de pouvoir exercer une activité, de leur donner les moyens de pouvoir travailler. Tout en sachant que la prise en compte de la sécurité est toujours la priorité absolue dans le BTP, ce n'est pas quelque chose de nouveau même si c'est encore plus vrai aujourd'hui.

 

Une diffusion large du guide

 

La profession souhaite diffuser largement le guide de bonnes pratiques préparé par l'OPPBTP. Et cette question était aussi à l'ordre du jour de la réunion du CSCEE du 25 mars. Les fédérations se sont engagées à le diffuser auprès de ses adhérents. Problème : "Beaucoup d'artisans et d'indépendants ne sont pas affiliés à des fédérations", souligne Thierry Repentin. "Les négoces ont ainsi proposé de le transmettre à leurs clients, lorsqu'ils rouvriront". Les professionnels ont aussi suggéré que le document soit porté à la connaissance du grand public, ce qui permettrait par exemple de faciliter l'acceptation de l'intervention d'un artisan pendant cette période par les clients particuliers.

A l'annonce de l'accord entre l'État et certaines fédérations (FFB, Capeb et FNTP), des voix se sont rapidement élevées dans la profession pour refuser la reprise des chantiers. Avez-vous senti, lors de la réunion, que certaines positions étaient irréconciliables ?

Irréconciliables, non. Mais il y a plus ou moins de volontarisme concernant le périmètre des chantiers à relancer. Tout le monde s'accorde sur le fait que les urgences doivent être traitées. Les plus minimalistes accepteraient aussi que tout ce qui relève de l'intérêt général reparte, ou que les chantiers bien avancés, pour lesquels il ne reste que quelques jours d'intervention, puissent être terminés. D'autres veulent aller plus loin, faisant valoir le fait que de nombreux chantiers ne nécessitent pas la présence d'un coordonnateur SPS par exemple, mais qui génèrent du chiffre d'affaires, notamment pour les artisans. Ce qui était intéressant, c'est que chacun a pu s'exprimer cette fois alors que les échanges en amont n'avaient pas eu lieu avec toute la filière.

Comptez-vous renouveler ce type de réunion élargie ?

Nous prévoyons un nouveau rendez-vous la semaine prochaine. Nous avons recensé un certain nombre de questions qui intéressent les professionnels et espérons pouvoir apporter des réponses à cette occasion. Nous évoquerons aussi la diffusion du guide. Il est important de renouveler l'exercice, en intégrant des fédérations et organisations qui n'étaient pas présentes ce 25 mars, pour que chacun comprenne le contexte, et ait le même niveau d'information.

 

Le Conseil supérieur de la construction, "tour de contrôle du secteur" en temps de crise

 

"Je souhaite que le conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique (CSCEE) devienne en quelque sorte notre tour de contrôle en cette période de crise", explique Patrick Liébus, président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), à Batiactu, au lendemain de la réunion de l'instance. Le Conseil devrait se réunir à présent de manière hebdomadaire, sous forme bien évidente de téléconférence.

 

"Le guide pourrait être actif à partir de lundi prochain", nous assure le patron des artisans du bâtiment. "Tout le monde tire dans le même sens, dont quatre syndicats de salariés du secteur (excepté la CGT), pour que le guide paraisse et soit largement diffusé", continue Patrick Liébus. "J'ai demandé à ce que l'on fasse un document qui puisse être distribué à nos clients, avec les règles que l'entreprise doit respecter, et les règles qu'eux aussi doivent respecter. Il y a bien sûr la distance minimale à respecter entre les personnes, mais aussi les notions d'équipements (gants, lunettes, gel, masques...), la présence d'un lavabo avec du savon...

Si la sécurité n'est pas assurée, "on ne reprend pas l'activité"

Une chose est claire pour tout le monde : si jamais, sur un chantier, tous les critères en sont pas remplis, on ne reprend pas l'activité." Les industriels des matériaux de construction et les métallurgistes ont profité de ce CSCEE élargi pour se préparer à relancer la machine productive, à l'arrêt depuis la mise en confinement.

 

"C'est un bon climat qui s'instaure, avec un président comme Thierry Repentin qui sait gérer ce genre de situations, et la volonté de chaque acteur de jouer son rôle dans toute la chaîne de décision", se félicite Patrick Liébus. Qui rappelle enfin que les règles de sécurité 'classiques' du secteur (prévention des chutes de hauteur, des troubles musculo-squelettiques...) ne doivent pas être oubliées du fait d'une focalisation du les conséquences du Covid-19.

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