CONJONCTURE. En cette rentrée 2020, le secteur de la construction s'en sort plutôt bien, si l'on en croit la Fédération française du bâtiment. Mais si les professionnels sont satisfaits des annonces du plan de relance relatives à la rénovation thermique, ils déplorent l'absence totale de mesures en faveur du neuf, très à la peine depuis le confinement.

Les choses auraient pu être bien pires : en cette rentrée de septembre 2020, la Fédération française du bâtiment (FFB) assure que le secteur de la construction a globalement résisté au choc économique du confinement puis du déconfinement. Au 3e trimestre 2020, la perte d'activité du bâtiment et des travaux publics s'élèverait à -6% par rapport au 4e trimestre 2019, un chiffre certes dans le négatif mais qui ne s'avère pas non plus catastrophique. La fédération assure que les professionnels ont retrouvé de l'activité et disposent de carnets de commandes bien remplis, ce qui leur permet, pour l'heure du moins, de préserver leurs effectifs. Pour autant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes : les trésoreries sont en berne et les marges continuent de chuter, impactées de plein fouet par les fameux "surcoûts Covid", liés à l'application des mesures sanitaires sur les chantiers.

 

Au niveau des chiffres, la FFB mise donc sur une baisse de 14,8% de l'activité globale pour 2020, avec une chute de 23,4% dans le neuf et un recul de 7,6% sur le segment de l'amélioration-entretien. "Après une chute vertigineuse, nous assistons à un redressement quasi-exponentiel", souligne Olivier Salleron, le président de la fédération. "L'activité en août aurait été un peu meilleure, beaucoup d'entreprises ont travaillé un peu plus longtemps et ont donc pu générer un peu plus d'activité. Pour l'heure, l'emploi permanent tient." Mais c'est véritablement sur la question de la construction neuve que le secteur envoie un signal d'alerte : les mises en chantier ont accusé -14,9% sur les 7 premiers mois de 2020 en comparaison à la même période en 2019, pendant que les permis de construire se rétractaient de 20,1%, que les mises en vente dégringolaient de 37,4% en promotion et que les ventes pures enregistraient -30,9% en promotion et -18,1% dans l'individuel diffus.

 

"Le plongeon que l'on constate aujourd'hui peut encore s'aggraver en 2021 et 2022", prévient Olivier Salleron. "Plus l'horizon s'allonge, moins les chiffres sont bons. Alors oui, la rénovation énergétique a bien été prise en compte par le Gouvernement mais nous avons encore un gros problème sur le neuf, qui correspond tout de même à environ la moitié de l'activité du bâtiment."

 

Lever les "freins d'avant-crise" et sonner la mobilisation sur le neuf

 

Sur le plan de relance justement, la FFB se dit satisfaite - "sous réserve des barèmes Ma prime rénov' à venir dans le projet de loi de Finances (PLF) 2021" - sur son volet de la rénovation énergétique qui reprend plusieurs propositions qu'elle avait formulées, comme l'ouverture de Ma prime rénov' à l'ensemble des ménages, aux bailleurs privés ainsi qu'aux copropriétés - "une grosse victoire historique" -, ou encore le soutien apporté aux opérations de rénovation pour les bâtiments publics et les bâtiments des TPE-PME. Le prochain combat de l'organisation sera livré à la rentrée parlementaire, en vue des discussions et arbitrages du PLF 2021, et avec un objectif principal dans le viseur : le neuf.

 

"La crise, nous l'éviterons cette année, mais sera-t-elle reportée ?", s'interroge le président de la FFB. "Nous sommes satisfaits mais nous ne sommes pas sauvés avec ce plan de relance. Il y aura donc certainement un trou d'air pour 2021 avec une souffrance des constructions de maisons individuelles."

 

La fédération demande en fait de lever les "freins d'avant-crise", en assouplissant les préconisations du Haut conseil de stabilité financière sur les attributions de prêts immobiliers, mais aussi en accélérant la délivrance des permis de construire, notamment avec deux dispositifs : la mise en place du permis déclaratif, qui serait réservé aux zones déjà sous permis d'aménagement afin de fluidifier les procédures, et la dématérialisation des permis couplée à la numérisation des services. Pour le reste, le bâtiment recommande d'établir le Prêt à taux zéro à 40% dans toutes les zones et de proroger le dispositif Pinel au-delà de 2021, cela pour que les investisseurs jouissent de davantage de visibilité sur plusieurs années. Toujours dans cette logique de simplification, la suppression des délais de paiement "cachés dans les marchés privés et publics" et la disparition - ou du moins l'aménagement - de l'attestation de la TVA réduite "sur les petits marchés" sont également mises sur la table.

 

Des conséquences sur l'emploi moins importantes que prévu

 

Les craintes sur l'emploi semblent en revanche s'être dissipées : alors que la FFB redoutait, en juin dernier, la destruction possible de 120.000 emplois, elle a réajusté ses prévisions et estime maintenant possible d'éviter le pire. "Si et seulement si les mesures du plan de relance sur Ma prime rénov' peuvent être confirmées, nous serons capables de maintenir les effectifs du bâtiment dès cette année en souffrant sur nos marges et les surcoûts non-compensés sur les chantiers (estimés aujourd'hui à environ 8%), de stabiliser les effectifs en 2020 donc et même de commencer à embaucher dès 2021", a expliqué Olivier Salleron.

 

Niveau formation professionnelle et apprentissage, l'objectif de passer de 60.000 à 100.000 alternants d'ici 2023, année des Olympiades des métiers, et donc de recruter 150.000 "talents", est maintenu. A cet effet, une opération baptisée "Les coulisses du bâtiment" aura lieu les 8 et 9 octobre prochain, et consistera à mettre à disposition des enseignants des "kits vidéo" de présentation des métiers du bâtiment, pour lesquels des intervenants pourront également se déplacer dans les collèges. Le 15 octobre, le Conseil économique, social et environnemental accueillera en outre les "Etats généraux de la construction", où devrait être lancé "un grand chantier dont la réflexion durera jusqu'au prochain congrès de la FFB", prévu à Lyon en 2021.

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