ENTREPRISES. Les fédérations du bâtiment en Ile-de-France et l'EGF-BTP ont souhaité se donner un cadre pour une meilleure coopération entre les entreprises générales et leurs sous-traitants.

Confiance, respect, et travail en bonne intelligence. Ce sont les grands principes auxquels doit répondre le nouvel accord passé entre les fédérations du bâtiment en Ile-de-France, et la délégation régionale d'EGF BTP, signé le 3 septembre. Alors que "de plus en plus de marchés sont passés en entreprises générales", constate Patrick Ramé, qui préside l'Union des fédérations d'Ile-de-France (UFB IDF) et la FFB IDF (pour les départements 78, 91 et 95), la relation d'interdépendance entre les grandes entreprises et les sous-traitants est de plus en plus prégnante. Il est donc impératif de "bien s'entendre".

 

La quinzaine d'entreprises générales adhérentes à EGF dans la région réalisent un chiffre d'affaires de 6,6Mds€ sur les 22Mds€ que représente le bâtiment dans la région. "Nous sous-traitons pas loin de 55% de cette activité, dont 70 ou 75% à des entreprises franciliennes, souligne Thierry Roulet, délégué régional IDF d'EGF. Nous avons donc absolument besoin de ces entreprises, pour réaliser des chantiers de qualité, tenir nos délais…"

 

Une actualisation en trois points


Une première charte avait été signée dès 2004 avec la FFB Grand Paris pour organiser les relations et le travail entre les acteurs et mettre en place des règles de comportement générales. Ce nouveau document permet non seulement de mettre à jour les travaux, mais aussi de l'élargir en intégrant aussi la FFB IDF et la FFB IDF Est (qui concerne le département 77). Le tout dans un contexte particulier, alors que la réalisation des grands projets dans la région doit encore monter en puissance.

 

"Trois points ont guidé notre action et notre réflexion", explique Philippe Servalli, président de la commission régionale économique et prospective de l'UFB et premier vice-président de la FFB Grand Paris. Un accent particulier est mis sur la prévention, la santé et la sécurité. "Le chantier est une matière vivante, les risques évoluent en permanence. C'est l'attitude générale des personnes sur le site qui permet de garantir la sécurité et la santé des collaborateurs. En tant qu'entreprises, nous devons les garantir", insiste ainsi Thierry Roulet.

 

Emploi des jeunes et numérique


Deuxième aspect : l'emploi des jeunes, la formation et l'apprentissage. "C'est une priorité de nos fédérations. Actuellement, nous n'avons pas de problème d'attractivité dans nos CFA et avons même plus de candidats que de places. Une demande très forte existe aussi au sein de nos entreprises, d'autant que les aides gouvernementales annoncées dans le cadre du plan de relance pourraient générer un effet d'aubaine", pense savoir Philippe Servalli.

 

Nouveauté de cette charte : la prise en compte de la transformation numérique, "dans laquelle nous essayons d'entrer activement, poursuit-il. Les grandes entreprises sont en avance sur ce point, elles peuvent nous apporter leur savoir-faire, et ainsi aider les TPE et les PME à y accéder".

 

"Tout le monde doit s'y retrouver"

 

Si toutes les parties jouent bien le jeu, les fédérations sont persuadés que la charte favorisera le développement économique et l'emploi local. Par ailleurs, elles espèrent qu'elle permettra de lutter plus efficacement contre la fraude, "un cancer pour nos métiers et nos entreprises", les grandes entreprises pouvant là encore apporter leur expérience en la matière.

 

Enfin, dans le contexte de crise sanitaire actuel, qui génère pertes d'exploitation, coûts supplémentaire, diminution des ratios de production… la charte doit pouvoir "fluidifier et clarifier les relations" selon les signataires. "Nous avons 3Mds€ de travaux à réaliser sur le territoire de l'Ile-de-France. Pour nos TPE/PME comme pour nos majors, tout le monde doit s'y retrouver", explique Philippe Servalli. Alors que, comme le rappelle Thierry Roulet, "nous sommes dans des métiers avec des marges très faibles, l'économie de la construction est très contrainte et l'équilibre est souvent difficile à trouver. Chacun a tendance à vouloir tirer la couverture à lui". Mais "chacun doit gagner sa vie", insiste Patrick Ramé. D'où l'importance d'instituer un climat de confiance entre les partenaires, le plus tôt possible.

 

Les surcoûts covid très majoritairement supportés par les entreprises

 

"C'est maintenant que nous allons vraiment nous rendre compte de l'impact sur la rentabilité" des chantiers des mesures liées à l'épidémie de covid-19. C'est en tout cas ce que pense Patrick Ramé et les fédérations du bâtiment en Ile-de-France. Car si pour le moment, elles génèrent entre 5 et 10% de surcoûts (en étant plus près de 10%, reconnaît Philippe Servalli), l'évaluation reste encore difficile à réaliser.

 

Et ces coûts sont "à 90% supportés par les entreprises", regrette Patrick Ramé. Pourtant, en juin, une charte a été signée avec plusieurs maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre afin de partager ces surcoûts entre les différents intervenants. "Mais elle n'a pas donné les résultats escomptés", poursuit-il.

 

Avec une différence à noter cependant entre maîtrise d'ouvrage publique et privée. "Certains grands clients publics ont conscience de la difficulté et ont engagé des discussions avec les entreprises, note Philippe Servalli. C'est plus complexe dans le privé. Les promoteurs savent que les livraisons vont être décalés, les clients ont déjà acheté donc les prix ne peuvent pas augmenter, si bien que le système est bloqué, avec des sociétés qui veulent préserver leurs marges et avec qui la négociation est quasi inexistante".

 

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