ÉTUDE. Les entreprises du BTP affichent une amélioration de leur rentabilité mais un amenuisement de leur trésorerie, d'après l'étude 2019 de BTP Banque réalisée sur la période 2008-2018. Le coût de la main-d'œuvre diminue pour sa part, tandis que les délais de paiement clients demeurent très importants.

Si certains indicateurs repassent au vert, d'autres commencent à poindre vers le rouge. Dans son étude annuelle, l'établissement BTP Banque, filiale du Crédit Coopératif, s'est intéressé à la santé financière des entreprises du bâtiment et des travaux publics sur la période allant de 2008 à 2018, en interrogeant environ 4.000 sociétés de gros-oeuvre, de second oeuvre et de travaux publics. Et l'édition 2019 de cette étude montre certes une progression de leur rentabilité, mais aussi un amenuisement de leur trésorerie. "La période actuelle reste délicate et la rentabilité, même si elle est en amélioration, ne permet pas encore de couvrir les besoins de trésorerie liés à la hausse de l'activité", indique la présidente du directoire de BTP Banque, Sylvie Loire-Fabre.

 

L'augmentation du prix des matières premières et une activité sous tension dans certaines régions, et qui engendre de fait une concurrence virulente, sont les principales difficultés

 

Dans le détail des chiffres et des enseignements de son étude, l'établissement bancaire a calculé que la valeur ajoutée des entreprises du BTP demeure bien en-dessous du niveau enregistré en 2008. L'augmentation du prix des matières premières et une activité sous tension dans certaines régions, et qui engendre de fait une concurrence virulente entre les sociétés du secteur, constituent les principales difficultés. Pour BTP Banque, la baisse de ce taux de valeur ajoutée est déjà un signal d'alerte en soi, qu'il convient de surveiller à l'avenir. En effet, si la diminution de cet indicateur se poursuit, les frais de fonctionnement ne pourront plus être couverts, et les entreprises pourraient avoir du mal à atteindre leur point d'équilibre et à générer des bénéfices.

 

 

Autre indicateur en baisse en 2018, celui du coût des charges de personnels par rapport à la valeur ajoutée. Ce coût de la main-d'oeuvre représentait environ 84% de la valeur ajoutée pour l'activité gros-oeuvre (contre 86% en 2017) et 80% pour l'activité travaux publics (contre 81% en 2017). A noter : les effectifs externes aux entreprises étaient en hausse sur l'année 2018, particulièrement sur le segment du gros-oeuvre. Quant aux délais de paiement clients, ils demeuraient "toujours trop élevés" l'année dernière : 87 jours dans le gros-oeuvre, 91 jours dans le second œuvre et 93 jours dans les travaux publics.

 

"Les chiffres du bâtiment en 2019 seront meilleurs que ceux initialement prévus, grâce notamment à la bonne tenue du crédit bancaire dans des conditions de taux très favorables", analyse Sylvie Loire-Fabre. "Pour les travaux publics, le rythme d'activité est toujours très dynamique grâce au contexte porteur du cycle électoral. Ainsi, le taux de croissance pour 2019 devrait s'établir au-dessus de 10%."

 

Des menaces qui appellent à la prudence

 

Du côté des bonnes nouvelles, BTP Banque note un redressement de la rentabilité des sociétés du secteur depuis 2016. Un retournement de situation d'autant plus appréciable que la part des entreprises en perte avait augmenté de façon exponentielle entre 2013 et 2016. Cette amélioration est surtout flagrante sur le segment du gros-oeuvre, qui représentait 17,6% en 2016 et seulement 10,3% en 2018. Pour le reste, les structures en situation de perte se chiffrent à 12% pour les travaux publics et 13,1% pour le second œuvre.

 

S'agissant des perspectives, la filiale du Crédit Coopératif appelle à la prudence, en énumérant différents dossiers actuellement sur la table : "La menace d'un durcissement des règles prudentielles s'appliquant aux établissements de crédit ; la suppression, dès le 1er janvier 2020, du PTZ dans le neuf en zones B2 et C, ou encore la suppression du gazole non-routier." Des décisions conjoncturelles qui pourraient bien aggraver une fragilité structurelle déjà bien présente : "Le secteur du BTP reste dans son ensemble créateur d'emplois, mais peine à trouver les ressources en main-d'œuvre nécessaires", prévient Sylvie Loire-Fabre. "Les enjeux du secteur sont enfin d'assurer une bonne transition vers le numérique et les préoccupations écologiques comme le béton bas-carbone, les véhicules de chantiers moins polluants ou le financement de la transition énergétique."

 

Quel est le niveau de créations de richesses par les entreprises du BTP ?

 

- Sur le segment du gros-oeuvre, le taux de création de richesses économiques (valeur ajoutée / chiffre d'affaires) des entreprises s'élevait à 36,5% en 2018, contre 38,6% en 2014 et 41,2% en 2008.
- Dans l'activité du second oeuvre, les sociétés ont créé 38,8% de richesses en 2018, alors que le taux était de 40% en 2014 et de 41,9% en 2008.
- Les entreprises de travaux publics ont enregistré un taux de création de richesses de 39,1% en 2018, contre 39,6% en 2014 et 41,1% en 2008.

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