Les travaux de la Ligne à grande vitesse (LGV) Sud-Ouest-Atlantique reliant Limoges à Poitiers ont été déclarés d'utilité publique ce dimanche 11 janvier au Journal officiel. Une décision contestée par la Cour des comptes et pourtant plus récemment par un décret publié par le Conseil d'Etat, qui tombe précisément deux jours avant la limite légale.

La LGV Sud-Ouest-Atlantique reliant Limoges à Poitiers est finalement sur de bons rails. Le Premier ministre, Manuel Valls, la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal et le secrétaire d'Etat aux Transports, Alain Vidalies, ont signé ce dimanche 11 janvier, au Journal officiel, le décret "déclarant d'utilité publique et urgents les travaux nécessaires à la réalisation de la ligne à grande vitesse Poitiers-Limoges". En détails, ce décret prévoit que les "expropriations nécessaires devront être réalisées dans un délai de 15 ans à compter" de ce dimanche.

Classé prioritaire au niveau 2 en 2013

Après avoir été relancée dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, la LGV Sud-Ouest-Atlantique a subi, en effet, quelques travers : la commission Duron l'avait écartée en 2013 des grands projets ferroviaires prioritaires, soit au niveau 2 et avant que la Cour des comptes juge en octobre 2014 ce réseau "peu cohérent et trop coûteux". "Sur certaines liaisons, les principales conditions de pertinence d'une ligne à grande vitesse (LGV) ne sont pas remplies" et le modèle est "à bout de souffle", son "coût devenu non soutenable", avaient argumenté les sages de la rue Cambon. Et encore plus récemment, le Conseil d'Etat, avait rejeté la déclaration d'utilité publique (DUP), d'après la lettre spécialisée "MobiTélex", d'un chantier estimé à 1,6 milliard d'euros.

 

Enfin, Ségolène Royal, ex-présidente de la région Poitou-Charentes, avait exprimé son désaccord sur le projet, sans compter l'avis de Bruno Cavagné, président de la FNTP, précisant en décembre dernier que cette ligne "ne faisait pas l'objet de grand projet prioritaire." Pour les défenseurs de la LGV Limoges-Poitiers, cette décision gouvernementale tombe à pic : ce décret a été signé deux jours seulement avant la date butoir, fixée au 12 janvier 2015.

112 km de ligne à grande vitesse

Avant l'ouverture des longues procédures d'expropriation et les mises en comptabilité des documents d'urbanisme de neuf communes de Haute-Vienne, le projet prévoit 112 km de ligne à grande vitesse, sur un total de 131 kilomètres mais aussi un raccordement aux lignes classiques Paris-Bordeaux, au sud de Poitiers et Paris-Limoges, au nord de Limoges, souligne Réseau Ferré de France. Ainsi, la durée de la liaison Limoges-Paris serait ramenée à deux heures, celle de Brive-la-Gaillarde-Paris à trois heures et celle prévue entre Poitiers et Limoges serait de 35 minutes.

 

Toutefois, cet ambitieux projet ferroviaire risque d'être malmené par ses opposants. D'ores et déjà, le collectif pro-POLT (ligne classique Paris-Orléans-Limoges-Toulouse) et anti-LGV a exprimé son indignation, ce dimanche matin, lors de la signature de la DUP par le Gouvernement et compte déposer un recours. "L'avis du Conseil d'Etat concernant la DUP est négatif, signalent les membres du collectif dans le quotidien régional Le Populaire du Centre. Et la seule raison de signer la déclaration d'utilité publique, c'est le clientélisme. C'est-à-dire le plus bas degré de la vie politique et de la République."

La FNAUT conteste également le projet

De son coté la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT) déposera également un recours auprès du Conseil d'Etat, annonce-t-elle dans un un communiqué ce lundi 12 janvier. "Si la FNAUT est favorable à une extension raisonnable du réseau des LGV, elle a désapprouvé de longue date le projet Poitiers-Limoges dont l'impact environnemental élevé ne serait pas compensé en termes de rentabilité pour le système ferroviaire ou d'utilité
collective",
ajoute-t-elle.

 

Et de préciser: "Contrairement à la LGV Tours-Bordeaux en construction, le barreau Poitiers-Limoges ne concernerait qu'un bassin de population restreint et ne permettrait de transférer que de faibles trafics aériens et routiers sur le rail." Enfin, le projet est d'après la FNAUT "dangereux pour l'aménagement du territoire". "Le barreau Poitiers-Limoges assècherait et fragiliserait la ligne classique Paris-Orléans-Limoges-Toulouse(POLT)", conclut la fédération d'usagers.

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