JUSTICE. Quatorze marchands de sommeil se sont fait épingler par une procureure, qui suit un dossier hors norme d'habitations insalubres. La défense doit plaider aujourd'hui.

La sentence requise est lourde. Contre un organisateur présumé d'un réseau de location d'une centaine de logements insalubres dans la région lyonnaise, une procureure a demandé, le 11 octobre, sept ans de prison ferme et 100.000 euros d'amende. Les faits remonteraient de 2010 à 2016. 14 prévenus sont poursuivis devant le tribunal correctionnel pour soumission de personnes vulnérables ou dépendantes à des conditions d'hébergement indignes, escroquerie, blanchiment en bande organisée.

 

"Il a enlevé la dignité à ces pauvres gens"

 

Le principal prévenu, un homme de 37 ans, a été décrit comme "un entrepreneur de l'occulte" par la procureure Laurie Lacoste. Elle a demandé aux juges de lui interdire de gérer une entreprise pendant quinze ans. "Il a choisi de tout dissimuler. Il a créé un réseau d'économie souterraine entièrement opaque", a assuré la magistrate, accusant le principal mis en cause d'avoir porté "la cupidité à son paroxysme" en profitant de la vulnérabilité de migrants sans papier pour leur louer, clandestinement, 113 logements. "Il a enlevé la dignité à ces pauvres gens", a continué la procureure. Elle a rappelé l'exemple d'une famille, vivant à cinq dans un 20 m² et dont le père devait dormir dans une voiture. "C'est d'autant plus détestable que lui-même a connu ce parcours (de migration, ndlr), il n'a eu aucune pitié." Le principal prévenu est un Tunisien arrivé en France à l'âge de 14 ans, qui a été naturalisé depuis. Pour la magistrate, il aurait pu "devenir un très bon chef d'entreprise s'il n'avait pas choisi d'être en marge de la société".

 

Des peines allant de trois à cinq ans d'emprisonnement ont été requises par la procureure, dont un avec sursis. Les amendes ont, elles, seraient échelonnées de 50.000 à 100.000 euros à l'encontre du "premier cercle" des complices, dont des frères, sœur et beau-frère du principal prévenu. Le "deuxième cercle" des mis en cause, suspectés d'avoir joué des rôles d'intermédiaires ou de prête-noms dans la quinzaine de sociétés utilisées par le réseau, pourraient écoper de six mois d'emprisonnement avec sursis à deux ans ferme. Selon l'accusation, le réseau familial a investi dans l'immobilier, contractant pour deux millions d'euros de prêts bancaires, afin de blanchir l'argent gagné et de produire de nouveaux bénéfices en louant des logements découpés en petites surfaces. Avant cela, la famille gérait des salons de coiffure non déclarés à bas prix et à haut rendement. La défense doit plaider ce mardi 12 octobre.

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