ÉCONOMIE. Le ministre des petites et moyennes entreprises, les représentants de la Banque de France et d'autres experts en économie ont disséqué la situation des sociétés françaises, un an et demi après le début de la pandémie. Alain Griset a appelé à aider les entreprises à réussir leur digitalisation.

Quel est le bilan économique des entreprises du pays, 19 mois après le début de la crise du Covid-19 ? La Banque de France a tenu des conférences le 22 octobre pour parler de cette thématique et dresser le bilan de la santé des entreprises en France. Le gouverneur de l'institution, François Villeroy de Galhau, s'est voulu rassurant, assurant qu'"il n'y aura pas de tsunami de faillites d'entreprises, et ce, grâce au soutien public massif et des aides efficaces". Il a néanmoins appelé à "sortir de la politique du quoi qu'il en coûte".

 

La Médiation du crédit, mise en place par la Banque de France, a reçu 14.000 dossiers en 2020, soit "14 fois plus qu'une année normale". Une décrue est à noter en 2021, avec, à ce jour, 3.265 dossiers déposés. "L'essentiel des saisies émane des TPE", a informé François Villeroy de Galhau. L'institution a déployé de nombreux dispositifs mais la sortie de crise signifie qu'il faut désormais adopter "une approche individuelle au cas par cas pour les entreprises", a-t-il estimé. Un travail est mené pour développer un portail intitulé "Mes questions d'entrepreneurs" qui donnera des ressources utiles à ceux-ci.

 

"Nous avons agi différemment qu'en 2008"

 

Le ministre délégué chargé des petites et moyennes entreprises, Alain Griset, présent à l'événement, a également confirmé qu'il n'y aurait pas de vague de faillites et de licenciements massifs, comme cela avait pu être annoncé. "Le contraire se passe aujourd'hui, les entreprises connaissent des difficultés de recrutement", a-t-il fait remarquer. Il s'est félicité des différentes mesures prises par le gouvernement pour aider les entreprises, notamment le Fonds de solidarité, créé en mars 2020. "En le lançant, nous n'avions pas imaginé que le dispositif allait durer plus de trois mois. On a bien vu qu'on ne pouvait pas limiter notre appui à 1.500 euros par mois, ça aurait été catastrophique", a-t-il expliqué, défendant le bilan économique d'Emmanuel Macron. "Le président de la République a voulu maintenir le tissu économique, et nous avons agi différemment de ce qui avait été fait en 2008. À l'époque, il y avait beaucoup de faillites et de chômage. Nous avions payé pour redresser des entreprises. Cette fois-ci, nous avons voulu investir pour éviter de guérir."

 

Le ministre a assuré que les entrepreneurs dans tout l'Hexagone ont apprécié la disponibilité des préfets et des services de l'Etat. Il a également rappelé que la France avait mis à disposition des tests et vaccins gratuits pour ses citoyens, ainsi que l'accompagnement pour une mise en activité partielle des entreprises. Alain Griset considère qu'il faut continuer d'accompagner les secteurs encore fragiles et ceux qui nécessitent de se transformer pour s'adapter au changement climatique et aux nouvelles technologies. "Nous restons cependant prudents sur le plan sanitaire, les incidents augmentent dans certains départements mais nous avons les outils pour y faire face", a-t-il ajouté.

 

Quant aux Prêts garantis par l'Etat (PGE), "il vaut mieux donner 2 ou 3 ans de plus à ceux qui n'arriveraient pas à rembourser leur prêt en 4 ans", a-t-il estimé. "Le PGE a été mis en place en dix jours", a continué Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française. "Nous avons distribué 2,5 milliards d'euros par jour, pendant plusieurs mois." Au total, plus de 687.000 entreprises ont emprunté, pour un montant de 142 milliards d'euros. "16% des entreprises ont remboursé la totalité de leur prêt, 34% ont déjà commencé et vont étaler leur remboursement sur 4 à 6 ans et la moitié vont commencer à rembourser l'an prochain", a détaillé la directrice générale. 3.944 entreprises ont fait l'objet d'une procédure de défaillance depuis la création des PGE en mars 2020, lors du premier confinement sanitaire, selon des chiffres de la Banque de France.

 

Le plan de soutien aux indépendants discuté mardi

 

Concernant le Fonds de solidarité pour les entreprises, celui-ci a été maintenu jusqu'à fin septembre. Le ministre Alain Griset a annoncé que le gouvernement "verra début novembre s'il faut continuer d'avoir des appuis ponctuels ou plus longs". Il a également affirmé qu'il défendrait le plan de soutien aux indépendants le mardi 26 octobre, à l'Assemblée nationale, "pour un vote début janvier, je l'espère". Un projet de loi est en effet en gestation. S'il est adopté, le texte pourrait notamment permettre la création d'un statut unique de l'entrepreneur individuel.

 

De son côté, Katie Werquin-Wattebled, directeur régional de la Banque de France en Hauts-de-France, a pointé le fait que "de nombreux chefs d'entreprises ont du mal à se retrouver parmi les différents dispositifs", entre les aides nationales, régionales et locales. "Nous devons cependant être positifs car beaucoup de dispositifs existent, comme '1 jeune, 1 solution'". "Dans les prochains mois et années, le travail qu'il me paraît important de mener et sur lequel l'Etat doit avoir une impulsion est sur les technologies", a avancé Alain Griset. "Elles vont évoluer toujours plus vite et l'activité économique est liée à la capacité de s'adapter, de numériser [ses activités] et de se digitaliser. Ceux qui l'ont fait ont été davantage protégés durant la crise", a-t-il conclu.

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