ÉCOLOGIE. Selon le premier rapport publié mardi soir par l'autorité indépendante, le bâtiment est le secteur qui présente l'écart le plus important entre les émissions de gaz à effet de serre réalisées et l'objectif du premier budget carbone.

Voilà qui apporte de l'eau au moulin des partisans de mesures coercitives pour la rénovation des "passoires thermiques." D'après le premier rapport publié mardi 25 juin au soir par le tout récent Haut conseil pour le climat, mis sur pied en novembre dernier par le président de la République Emmanuel Macron, le bâtiment est le secteur d'activité qui présente l'écart le plus important entre les émissions gaz à effet de serre réalisées et les objectifs du premier budget carbone (Stratégie nationale bas carbone 1). L'écart est de 16% pour le bâtiment, alors qu'il se limite à 9% pour les transports, qu'il est nul dans les cas de l'agriculture et de l'industrie, et négatif dans les domaines de la transformation de l'énergie et des déchets, de -10% et de -18% respectivement. Une contre-performance épinglée par le député européen Pascal Canfin sur son compte Twitter.

 

Les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur du bâtiment ont diminué de 10% entre 1990 et 2018, mais la baisse se limite en réalité à 4% une fois ces données retraitées de la variabilité climatique, nuance le rapport du HCC. En précisant que les gains d'efficacité énergétique ont été "en partie neutralisés par une hausse des surfaces à chauffer, ainsi que par la forte croissance des gaz fluorés utilisés comme fluides frigorigènes". Et le HCC d'enfoncer le clou : "le taux de décroissance des émissions du secteur des bâtiment est de 1,5% par an en moyenne sur la période 2015-2018, alors qu'une décroissance de 5,5% par an était anticipée dans la trajectoire SNBC1."

 

Des évolutions structurelles jugées trop lentes

 

Dans le bâtiment, "les évolutions structurelles sont trop lentes par rapport à la trajectoire permettant d'atteindre les objectifs de la SNBC1", poursuit le HCC. Pour les logements existants, l'autorité fustige des "rénovations peu performantes et un retard dans l'élimination des chauffages les plus carbonés." Le rapport pointe également du doigt un diagnostic de performance énergétique (DPE), qui "manque de fiabilité pour renseigner les usagers et soutenir la SNBC." Le HCC tacle aussi "l'absence d'exigence de résultat et de dispositif de contrôle pour la plupart des opérations de rénovation thermique, (qui) fait qu'il n'y a ni qualité de résultat ni données fiables pour évaluer correctement les progrès réalisés par rapport aux objectifs fixés par la SNBC et l'efficacité des aides à la rénovation." Sollicitée par Batiactu, la Fédération française du bâtiment n'était pas disponible dans l'immédiat pour commenter le rapport du HCC. Lequel paraît alors que l'Assemblée nationale a entamé mardi l'examen en première du projet de loi relatif à l'énergie et au climat.

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