INTERVIEW. Jean-Michel Wilmotte est architecte, urbaniste et designer. Quel est son regard sur l'actualité des derniers mois ? Quels sont les grands enjeux qui l'animent ? Découvrez ses réflexions, sa vision, son actualité, son message aux professionnels et son portrait en cinq traits.


La crise que nous traversons nous incite plus que jamais à faire un pas de côté : prendre du recul, réfléchir, accorder un temps long à la rencontre et au partage. Avec ces entretiens "Grands Témoins", Batiactu vous invite à mieux connaître des personnalités aux horizons divers, mais qui contribuent aujourd'hui, par leurs visions, leurs réflexions et leurs actions, à expliquer, anticiper, façonner, faire exister notre cadre de vie et donc, la société dans laquelle nous voulons vivre.

 

Jean-Michel Wilmotte est une personnalité atypique, un "touche-à-tout" revendiqué, autant architecte et urbaniste que designer, comme en témoignent son parcours et la diversité de ses réalisations à travers le monde. Venu de l'architecture intérieure et du design - il est diplômé de l'école Camondo - il a ainsi réussi à développer son activité dans toutes les disciplines : son agence, Wilmotte et Associés, créée en 1975, est aujourd'hui reconnue pour son expertise tant en architecture, qu'en urbanisme, design, muséographie et architecture d'intérieur. Impossible de citer l'ensemble de ses créations et réalisations à travers le monde : logements, hôtels, bureaux et sièges sociaux, chaix, église, réhabilitations emblématiques et bien sûr musées, comme en témoigne la dernière monographie consacrée à son travail sur ces "temples" de l'art, parue récemment aux éditions Skira*. Dans quelques jours, il livrera le Grand Palais éphémère en bois, réalisation emblématique s'il en est, sur un site tout aussi exceptionnel.

 

"Tant que j'aurai l'envie, je traverserai le monde"

 

Tout projet peut l'enthousiasmer, peu importe l'échelle ou la discipline, à partir du moment où la "symphonie entre un beau lieu, un beau programme et de belles personnes" se fait entendre, quitte à "traverser le monde", nous confie-t-il lors de notre entretien.

 

Il est aussi un infatigable passeur d'histoire et de création. Préserver le patrimoine, tout en étant tourné vers l'avenir, c'est en effet tout l'objet de son engagement dans la promotion de la "greffe contemporaine" : faire revivre un lieu par l'intervention architecturale, l'ancrer dans notre époque, mais sans le dénaturer et sans oublier d'où il vient. "La base d'une greffe, c'est cela : des racines," rappelait-il encore lors de la dernière édition du Prix W, qu'il organise à travers sa Fondation.

 

Transmettre encore et toujours, encourager l'enthousiasme dans le travail créatif

 

Un prix dédié aux étudiants et jeunes architectes dont il valorise ensuite les travaux dans sa galerie de Venise à chaque Biennale. La prochaine, consacrée à la réhabilitation du château de la Tour d'Aigues ouvre d'ailleurs prochainement, à partir du 21 mai. Membre de l'Académie des Beaux-arts depuis 2015, il travaille également à la valorisation du patrimoine architectural du XXe siècle et a été élu directeur de la Maison-Lurçat, maison de l'artiste Jean Lurçat, dessinée par son frère André.

 

Que retient Jean-Michel Wilmotte des dernières semaines que nous venons de vivre ? Quels en sont pour lui les enseignements et quel est son message aux professionnels de la filière ? Autant de questions abordées lors de cette rencontre, pour partager avec lui sa vision de notre secteur, son actualité, mais aussi, pour mieux le connaître et comprendre ce qui l'anime, à travers un portrait en cinq traits.

 

Entretien réalisé au sein de l'agence Wilmotte et associés, le 26 avril 2021 (NDLR)

 

*Jean-Michel Wilmotte, muséographie, architecture de musée, scénographie, galeries, ateliers d'artistes, édition bilingue français-anglais, 55€ (prix éditeur), Skira 2021.

 

L'ACTUALITÉ MARQUANTE

 

Batiactu : Que retirez-vous des actualités de ces dernières semaines ?

 

Jean-Michel Wilmotte : L'impréparation à faire face à l'imprévu. Personne n'était prêt à affronter un sujet aussi grave que la crise sanitaire que nous traversons et ses répercussions : chaque jour a son lot d'inventions, de communications, d'avis différents... cela manque de stoïcisme, de recul, de bienveillance, de générosité et surtout... de créativité ! Les gens qui ont du bon sens ne sont pas forcément écoutés. Il n'y a pas de prise en compte de l'imprévu : tout le monde parle, mais l'action ne suit pas. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui empêche la créativité d'avancer, les énergies d'inventer, qu'il y a tout le temps un frein. Chez les architectes, nous avons été nombreux à proposer des choses comme, par exemple, d'installer des hôpitaux transitoires dans des lieux publics, afin d'éviter l'engorgement des établissements et de permettre la continuité des soins. Nous l'avons proposé dès la fin mars 2020, en exposant des simulations concrètes et faciles à mettre en œuvre à partir de trois exemples de lieux, le Carreau du Temple à Paris, un hangar au Bourget et une ancienne caserne militaire : il n'y a eu aucun écho. C'était pourtant possible dans chaque ville de France, sans dépenser des fortunes.

 

Batiactu : Qu'est-ce qui freine selon vous ?

 

J.-M. W. : C'est l'administration en général, c'est plein de choses, c'est tout... Les Anglais ont pu, par exemple, ouvrir rapidement des lieux de vaccinations : nous, en France, avons attendu trois mois pour mobiliser le Stade de France... Des millions sont dépensés pour soigner, il en faudrait dix fois moins pour faire du préventif et, pourtant, rien n'est fait. Le bon sens est freiné. Pas uniquement en France, mais également au niveau international : il a été dit que les Allemands gèrent bien, puis les Anglais, puis finalement non, puis oui... Alors que, pour une fois, l'Europe décide de faire quelque chose ensemble, cela ne marche pas. Nous nous rendons compte qu'il est difficile de faire marcher tout le monde dans le même sens !

 

Batiactu : Cette crise nous amène à repenser la ville, notre cadre de vie, notre quotidien...

 

J.-M. W. : Cette crise nous a fait redécouvrir deux choses
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