L'artificialisation des sols rend les territoires vulnérables aux crues. Pour réintégrer le cycle de l'eau, prévenir les risques d'inondation et apporter de la fraîcheur en ville, de nombreuses communes se tournent vers la végétalisation, la renaturation et la désimperméabilisation de leurs territoires. Mais rendre les villes perméables est-il une réponse suffisante pour se protéger des inondations ? Éléments de réponse avec Louise Fel, cheffe de projet à la Fabrique de la cité* et autrice d'une note sur le sujet.

Une grande partie de la France a été touchée par des inondations en février 2026, et certaines communes connaissent désormais des épisodes à répétition. Comment peut-on expliquer cette situation ?

Louise Fel : La problématique n'est pas spécifique à la France mais concerne l'ensemble des grandes aires urbanisées où l'eau n'est plus retenue en amont, notamment parce que ces espaces se réduisent et que, à mesure que les villes s'étendent, l'eau ne peut plus s'infiltrer. Elle ruisselle alors et provoque des inondations. L'urbanisation massive en est une cause majeure.

 

Il faut également rappeler que le dérèglement climatique augmente la fréquence et l'intensité des épisodes de fortes précipitations, indique un rapport du GIEC. Chaque degré Celsius supplémentaire entraîne une augmentation de 7% de l'évaporation et des précipitations à l'échelle mondiale. Si nos sols sont en capacité d'absorber ces pluies, nous pouvons limiter les dégâts et mieux faire face aux aléas climatiques. La ville perméable constitue ainsi une véritable stratégie d'atténuation et d'adaptation au risque climatique.

L'architecte chinois Kongjian Yu, décédé en septembre 2025 et inventeur du concept de "ville éponge", appelait à laisser l'eau circuler dans les villes en désimperméabilisant les sols. La France est-elle en retard sur ce sujet ?

La France n'est pas en retard, mais elle ne fait pas figure de pionnière. La commune de Douai (Nord) s'est très tôt attaquée à ce sujet, dès les années 1990-2000. Les résultats des aménagements réalisés sont concrets : les bénéfices sont immédiatement perceptibles, tout comme les catastrophes évitées. La ville était, en effet, soumise à des inondations annuelles pendant cinq ans. Il n'est pas nécessaire de désimperméabiliser l'ensemble de la ville pour éviter des inondations, mais d'intervenir de manière ciblée, dans les quartiers les plus vulnérables.

 

Après Douai, de nombreuses initiatives locales prometteuses ont émergé en France, susceptibles d'inspirer d'autres communes.
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