Récompensée à de multiples reprises, Corinne Vezzoni s'impose comme une figure majeure de l'architecture française contemporaine. La Marseillaise est lauréate de la Médaille d'or de l'Académie française d'architecture en 2020 et a été plusieurs fois nominée au Grand Prix national de l'architecture.

 

Marquée par une forte sensibilité au paysage méditerranéen, son œuvre interroge les modes de construire face à l'urgence climatique. Entre sobriété, densité et travail de mémoire, elle défend une approche engagée et contextuelle, à travers son agence Corinne Vezzoni et Associés. Dans un entretien, elle revient sur son parcours et les grands principes qui guident ses projets.

Vous avez remporté de nombreuses récompenses au cours de votre carrière, dont le prix de la Femme architecte de l'année en 2015. Le nombre de femmes récipiendaires demeure très faible (6% pour le Pritzker et 4% pour les Albums des jeunes architectes et paysagistes). Considérez-vous que les conditions des femmes, et plus largement l'égalité femme-homme, s'améliorent au sein de la discipline ?

Corinne Vezzoni : Elles s'améliorent, bien sûr, car le nombre de femmes au sein de la discipline augmente, ce qui les rend davantage visibles. Plus de femmes que par le passé créent leur entreprise. Autrefois, la difficulté résidait dans la création de sa propre structure. Des femmes architectes à la tête d'une agence, il n'y en avait pas tant que ça. On observe aujourd'hui deux tendances : des femmes qui créent des groupements entre elles, et des groupes mixtes.

 

Depuis une quinzaine d'années, les jeunes ont tendance à travailler en équipe, sous la forme de collectifs ou même de sociétés coopératives d'architecture (scop), favorisant davantage l'équité. Ils sont davantage sensibilisés à cette question, y compris au cours de leurs études.

 

Quand j'ai reçu le prix de la Femme architecte de l'année en 2015, je trouvais cela un peu étrange. Je me suis demandé si je devais l'accepter. J'ai été très surprise de recevoir de nombreux messages de la part de jeunes professionnelles, qui me disaient que ce prix était formidable et qu'il leur donnait de l'espoir ainsi que des modèles à suivre. Pour ces jeunes femmes, cette récompense est la preuve que l'on peut réussir. Certaines ont même rédigé des thèses sur la question du genre en architecture, un sujet que je n'aurais, à mon époque, jamais envisagé.

 

Puis en 2020, l'Académie française d'architecture m'a décerné la Médaille d'or, un fait rare pour une femme. L'institution a souhaité montrer qu'elle s'ouvrait davantage au monde actuel à travers cette remise de prix et ses événements, au cours desquels de nombreuses professionnelles sont invitées à intervenir. Tout cela constitue un signal positif, illustrant une évolution des mentalités.

Vous avez passé une partie de votre enfance à Casablanca (Maroc). Comment cette architecture a-t-elle influencé votre pratique ?

J'ai étudié dans une école extraordinaire, conçue par l'architecte franco-marocain Jean-François Zévaco (1916-2003), figure majeure dans le pays. Il a laissé une œuvre moderne remarquable. Son architecture tisse un lien étroit avec les jardins, l'eau, la fraîcheur. À Casablanca - ville composée de bâtiments blancs -, on vit dehors. C'est typiquement méditerranéen. Je suis toujours amie avec certains anciens élèves. Ils vivent un peu partout dans le monde mais ils ont tous conservé ce lien avec l'ambiance particulière de la ville. Je suis persuadée que cette architecture a façonné mon regard sur l'espace et la lumière. C'est peut-être pour cela que j'ai souhaité continuer à exercer à Marseille.

Vous œuvrez dans une région qui subit des inondations à répétition. Votre agence travaille à prémunir les risques de crues en concevant une architecture sobre. Quels grands principes prônez-vous ?

D'abord, construire en ayant un impact minimal sur le terrain. Il faut préserver au maximum le sol naturel et trouver des solutions pour ne pas trop construire. Le concours pour le quartier de Chalucet, à Toulon (Var), demandait d'édifier 7 bâtiments. Mon agence a proposé de n'en construire que 5
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