CONJONCTURE. Les chiffres des sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires pour les trois premiers mois de 2024 montrent que la situation reste très tendue, particulièrement pour les PME. Dans la construction, le phénomène reste supérieur à la moyenne de long terme.

La situation reste tendue mais une accalmie commence à se dessiner. Le groupe Altares, spécialisé dans la donnée d'entreprises, vient de publier les chiffres des sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires pour les trois premiers mois de 2024, qui confirment la tendance des précédents trimestres : 17.000 faillites ont été comptabilisées entre janvier et mars dans toute l'économie française, soit un bond de 19,4% et un plus haut depuis une dizaine d'années.

 

 

L'Île-de-France en difficulté

 

"Au terme de ce 1er trimestre, le nombre des défaillances d'entreprises augmente encore et la barre symbolique des 60.000 défauts sur 12 mois a été franchie en février pour la première fois depuis l'été 2016", analyse Thierry Millon, directeur des études chez Altares. Mais un changement de braquet commence à se percevoir.

 

"Dans 1 département sur 5, on observe une stabilisation voire une diminution des ouvertures de procédures. Ce qui ne doit pas laisser ignorer de très fortes disparités en région", poursuit-il. "L'Île-de-France, très sensible aux difficultés de l'immobilier, enregistre son pire 1er trimestre depuis 20 ans (4.000 procédures, +30%)."

 

La Corse est aussi durement frappée (122, +39%). Avec respectivement +6% et +10%, les Hauts-de-France et la Nouvelle-Aquitaine se démarquent cependant par leur résistance. Pour le reste du pays, six régions contiennent la hausse des défauts sous la moyenne de 20% (Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Pays de la Loire, Bretagne, Centre-Val de Loire et Occitanie), tandis que trois collectivités oscillent entre les +20% et +25% (Provence-Alpes-Côte d'Azur, Normandie et Auvergne-Rhône-Alpes).

 

Les activités en lien avec l'immobilier continuent à souffrir

 

D'après l'étude d'Altares, les activités liées à l'immobilier "restent dans l'oeil du cyclone". Le secteur de la construction continue à totaliser un nombre de défaillances (4.400, +31%) supérieur à la moyenne de long terme.

 

Dans le détail, le bâtiment subit un bond de 29% de ses procédures (1.269) dans le gros-oeuvre et de 25% (2.064) dans le second-oeuvre. Les tensions inhérentes à la filière se propagent jusqu'aux matériaux de construction (86 dossiers, en hausse de 41%) et n'épargnent pas l'immobilier, qui accuse le coup. Le nombre de faillites d'agences immobilières a ainsi presque doublé au 1er trimestre (374, +95%).

 

Moins de TPE mettent la clé sous la porte

 

Tous secteurs confondus, les TPE continuent à représenter la quasi-totalité (92%) des défauts. Lors du 1er trimestre 2024, 15.600 très petites entreprises, employant moins de 10 salariés, sont tombées en défaillance. Le rythme décélère toutefois : après avoir enregistré +42% à la même période un an auparavant, il n'a cette fois progressé "que" de 19%.

 

La situation est mitigée pour les plus grandes entreprises. Plus de 1.400 sociétés comptant au moins une dizaine de salariés ont fait défaut en ce début 2024, soit une augmentation de 28%, à comparer aux +59% il y a un an.

 

 

Les difficultés s'accumulent en revanche pour les PME de plus de 50 salariés. Cent cinquante-quatre d'entre elles ont fait l'objet d'une procédure collective, là aussi un plus haut historique depuis le 1er trimestre 2013 (156 à l'époque). Le nombre de dossiers flambe également de 58% dans la catégorie des PME de 50 à 200 salariés.

 

Incertitudes

 

Pour Thierry Millon, "le ralentissement économique souffle sur des braises Covid encore fumantes et frappe les employeurs. Avec plus de 17.000 défauts sur les trois premiers mois de 2024, la moyenne de la décennie pré-Covid pour un 1er trimestre est dépassé (16.700)", impactant principalement "des PME fragilisées par une dette désormais trop lourde dans une conjoncture trop faible".

 

Les prochains mois pourraient néanmoins réserver de bonnes surprises. "L'activité économique fait du sur-place, ne permettant pas encore un reflux des cessations de paiement, mais les hausses exceptionnelles alignées depuis deux ans pourraient être enfin stoppées", nuance le directeur des études d'Altares.

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