EN CHIFFRES. Bercy vient de rendre publics les résultats d'une consultation inédite menée auprès des entreprises françaises pour connaître leur perception des politiques européennes. Sans surprise, la simplification et l'accompagnement sont les deux sujets majeurs qui reviennent sur la table.

À trois mois des élections européennes, voilà un panorama riche d'enseignements. La Direction générale des entreprises (DGE), rattachée au ministère de l'Économie, vient de rendre publics les résultats d'une consultation inédite menée auprès des entreprises françaises pour connaître leurs attentes, préoccupations et propositions vis-à-vis des politiques communautaires.

 

 

Entre la mi-novembre et la mi-décembre 2023, une quinzaine de questions ont ainsi été adressées à 137 répondants (86 entreprises et 51 fédérations professionnelles), qui ont également fait part de quelque 1.300 remarques sur le sujet. Parmi les sondés, on trouve des PME (42%), des grands groupes (20%), des jeunes pousses (15%) ou encore des micro-entrepreneurs et auto-entrepreneurs (13%).

 

Les quatre régions les plus représentées sont l'Île-de-France (45% des réponses), l'Auvergne-Rhône-Alpes (11%), la Nouvelle-Aquitaine (11%) et le Grand-Est (7%). S'agissant des secteurs d'activité, l'industrie domine (47% des entreprises répondantes) mais est suivie par les entreprises de proximité (22%), qui regroupent notamment les artisans du bâtiment.

 

Moins d'1 entreprise sur 3 estime avoir suffisamment de connaissances sur les normes européennes

 

Et qu'en ressort-il ? "Cette consultation aura mis en évidence une grande variété de points de vue, représentative de la diversité des entreprises répondantes, mais également des tendances et préoccupations qui sont souvent convergentes", résume le directeur général des entreprises, Thomas Courbe. D'après le responsable, les réponses collectées, "rarement contradictoires", seraient "cohérentes avec les priorités de la DGE", à savoir l'autonomie stratégique, la transition écologique, la simplification administrative, le soutien à l'offre ou encore la régulation du numérique.

 

Dans le détail, on apprend que les entreprises françaises s'intéressent aux politiques européennes, et qu'elles souhaitent même s'y impliquer davantage : 59% des sondées ont demandé à être mieux associées à la conception de ces politiques. Elles ont aussi appelé à plus de transparence et de communication de la part des institutions communautaires, dont les décisions sont certes perçues comme ambitieuses, mais aussi lointaines et complexes.

 

Sur ce point, 43% des entreprises disent avoir déjà candidaté à des programmes de financements européens, mais moins d'une sur trois estime avoir suffisamment de connaissances sur l'ensemble des lois et réglementations mises en oeuvre dans l'Union européenne. En outre, elles considèrent ces dernières avant tout comme des fardeaux administratifs supplémentaires.

 

80% des PME ne peuvent pas dédier ne serait-ce qu'un temps plein aux questions européennes

 

Par conséquent, elles sont 76% à avoir eu recours à des recrutements ou à du conseil durant ces cinq dernières années afin de se mettre en conformité avec les dernières réglementations européennes, particulièrement la directive CSRD ("Corporate Sustainability Reporting Directive", sur le rapportage de durabilité) et le RGPD (Règlement général sur la protection des données). C'est d'ailleurs source d'inégalités entre les grands groupes et les PME, les premiers ayant les moyens humains et financiers pour prendre le train des normes européennes en marche, quand 80% des secondes ne sont pas en mesure de dédier ne serait-ce qu'un temps plein aux questions européennes.

 

De plus, 60% des répondantes craignent que le poids des normes européennes ne finisse par plomber leur activité et leur capacité d'innovation et d'exportation. "Elles soulignent ainsi une certaine fatigue et confusion face aux changements réglementaires, jugés coûteux, trop fréquents et parfois imprévisibles", peut-on lire dans le rapport de la consultation. D'où un allégement et une clarification des normes réclamés par 53% des entreprises.

 

49% des entreprises s'inquiètent de la concurrence déloyale de pays extra-européens

 

 

Aux souhaits de simplification administrative s'ajoutent ceux d'une meilleure prise en compte de la réalité quotidienne d'une société. "Cela concerne tout particulièrement les 'start-up' et TPE-PME, qui appellent à davantage d'analyses préalables, de tests ou encore de collaboration avec les acteurs économiques au contact du terrain", indique le document. Soutenue par le Gouvernement dans le cadre de son projet de loi Pacte II, l'idée d'un "test PME" systématisé est encore revenue sur la table.

 

Paradoxalement, les professionnels veulent malgré tout davantage de protection juridique et d'accompagnement économique de la part de l'Europe : 76% en attendent plus d'autonomie stratégique et de spécialisation technologique. Dans le même temps, ils sont 49% à s'inquiéter de la concurrence déloyale de pays extra-européens, et surtout asiatiques. L'optimisme est en revanche de mise au vu des opportunités d'affaires que pourrait générer la transition écologique (42% des répondants) et des gains de productivité résultant du progrès technique (48%).

 

Au programme de la prochaine Commission européenne ?

 

Quel avenir dorénavant pour les résultats de cette consultation ? Pour le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, celle-ci "confirme l'attente d'une Europe qui simplifie et qui protège nos entreprises". Le locataire de Bercy souhaite donc que "les attentes exprimées par les entreprises soient prises en compte dans le programme de travail de la prochaine Commission européenne", qui sera constituée à l'issue des élections du mois de juin.

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