Les industriels de la filière éolienne saluent la publication de l'arrêté tarifaire introduisant le complément de rémunération pour 2016 et préconisent un niveau précis pour l'année prochaine. Ils avancent un certain nombre de demandes pour soutenir leurs sous-traitants. Mais dans le même temps, des associations demandent un moratoire des installations de turbines…

La Commission européenne a validé, ce lundi 12 décembre 2016, quatre mécanismes de soutien aux énergies renouvelables françaises, dont l'éolien terrestre. Dans la foulée, le Gouvernement a fait publier l'arrêté tarifaire introduisant le complément de rémunération pour l'année en cours. "Une annonce qui apporte de la visibilité à la filière et qui sécurise les projets éoliens pour lesquels une demande complète d'aide a été déposée en 2016", annonce France Energie Eolienne (FEE). "L'arrêté met donc fin à une incertitude qui pesait sur l'arrêté tarifaire du 17 juin 2014 à la suite de la réforme de la CSPE issue de la loi de finances rectificative pour 2015", précise l'association. Une remise en cause qui avait provoqué un ralentissement des projets éoliens. Olivier Perot, le président de FEE, indique : "Ce nouvel arrêté est essentiel pour préserver la dynamique dont bénéficiait la filière depuis deux ans, avec la création de 1.670 emplois en 2014 et 1.950 en 2015".

 

Les porteurs de projet pourront donc convertir leurs demandes de contrat d'achat d'électricité en demandes de complément de rémunération tout en conservant le niveau actuel du tarif de l'obligation d'achat (82 €/MWh). Le modèle va évoluer vers le seul complément de rémunération en 2017. FEE annonce rester mobilisée "en vue de la publication d'un arrêté tarifaire pour 2017 pour les parcs de moins de six mâts qui bénéficieraient d'un complément de rémunération en guichet ouvert, mais aussi de l'élaboration des cahiers des charges des appels d'offres pour les parcs de plus de six machines". Après analyse des coûts de projets installés depuis 2013, l'association (en partenariat avec le cabinet de conseil Pöyry Managing Consultants) préconise un niveau de tarif de 76 €/MWh pour ce futur arrêté. Elle détaille que ce coût complet de production d'électricité sur 20 ans est composé d'environ 60 % d'investissements (développement, achat des turbines, construction, raccordement, financement) et de 40 % de coûts d'exploitation (opération, maintenance, gestion, taxes et contributions).

 

Développement industriel ou préservation paysagère ?

 

France Energie Eolienne estime que des freins à la diffusion des technologies les plus récentes - et donc performantes - existent en France, notamment les limitations en hauteur des rotors en lien avec les radars, l'activité aérienne ou les contraintes paysagères, ou encore des temps de développement trop longs conduisant à l'installation de solutions qui datent. De son côté, le Syndicat des Energies Renouvelables (SER) a également identifié des priorités stratégiques pour le développement des entreprises sous-traitantes du secteur. La première est d'accroître les investissements industriels pour moderniser les outils de production avec le soutien de la Banque publique d'investissement (BPI). La seconde, de favoriser la formation continue des personnels sur les aspects techniques et commerciaux. Enfin, la troisième, de soutenir les démarches de certification des entreprises pour faciliter leur accès aux marchés à forte valeur ajoutée. Le SER rappelle que le secteur de l'éolien représente environ 15.000 emplois (directs et indirects) répartis dans 450 entreprises différentes. La part à l'export de leur activité peut atteindre plus de 80 % du chiffre d'affaires, dans certains segments comme les composants mécaniques ou électroniques. "Les PME et ETI positionnées sur ces marchés sont également caractérisées par leur forte capacité d'innovation qui leur donne un avantage significatif sur un marché encore jeune, alliant industrie lourde et technologies de pointe", détaille-t-il.

 

Un dynamisme qui ne ravit pas tout le monde : en effet, un collectif régional d'associations de protection de l'environnement, de qualité de vie ou du patrimoine, a réclamé un moratoire dans l'implantation d'éoliennes industrielles en région Occitanie. Emmanuel Forichon, du collectif Toutes Nos Energies, déclare à l'AFP : "Il faut faire une pause dans l'éolien industriel, ce n'est plus supportable… on est en train de bousiller des territoires entiers, physiquement et moralement. (…) Il faut également que les citoyens soient associés à l'élaboration des politiques énergétiques. En privilégiant l'éolien industriel - 3.500 MW éoliens installés en Occitanie d'ici 2020, soit environ 1.450 éoliennes industrielles - on a laissé le champ libre aux seules logiques d'intérêt privé de ce secteur". Le collectif souhaite que la politique régionale soit "réorientée vers de vraies économies d'énergie et une diversification d'énergies renouvelables respectueuses des territoires ruraux qui font la beauté de la région".

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