Eolien posé ou flottant, hydrolien, houlomotricité, thermique des océans... Les façons d'exploiter l'énergie des mers sont innombrables et les technologies nécessaires, développées depuis plusieurs années, se trouvent aujourd'hui à des degrés divers de maturité. Décryptage avec Antoine Decout, responsable de la filière EMR au Syndicat des énergies renouvelables, et Bertrand Alessandrini, directeur du développement à Centrale Nantes.

L'ingéniosité de l'Homme est sans limites. Pour exploiter toutes les énergies marines, qu'il s'agisser de vents, de courants, de vagues ou de différences de températures entre des couches d'eau, un ensemble de technologies est en cours de développement. Antoine Decout, le responsable de la filière "Energies marines renouvelables" au SER, nous aide à y voir plus clair : "L'éolien en mer posé a débuté avec une première expérimentation au Danemark, dans les années 1990. Elle a permis de constater les difficultés techniques d'adaptation des matériels au milieu marin, qui est plus contraignant que la terre ferme : il implique de la corrosion et une maintenance rendue plus difficile par l'accessibilité compliquée".

 

Des difficultés qui ont freiné un temps l'essor de cette première technologie et qui a mené à la mise au point de solutions spécifiques : "Les éoliennes sont plus puissantes, afin d'en installer moins et d'augmenter la rentabilité des parcs offshore", nous précise le spécialiste. Rapidement, plusieurs géants arrivent sur le créneau, comme Siemens et Areva, venant concurrencer les acteurs historiques comme Vestas et Alstom. Le secteur se trouve, depuis 2010, dans une phase d'essor exponentiel des capacités installées. Environ 11 GW sont déployés en Europe, dont la moitié au large du Royaume-Uni et un tiers face aux côtes allemandes, les autres pays producteurs étant ceux situés autour de la mer du Nord (Belgique, Pays-Bas, Danemark).

 

L'éolien offshore est déjà mature

 

"La filière a maintenant un certain retour d'expérience, sur les aspects maintenance, impact environnemental, usages… Nous avons donc une vision assez précise. L'enjeu est aujourd'hui de réduire les coûts et de passer de 200 à 140-150 €/MWh, soit une baisse de -20 %, avec comme objectif plus lointain d'atteindre la barre des 100 €/MWh en 2020", résume Antoine Decout. Parallèlement, la puissance unitaire des machines va croître, passant de 5-6 MW à 8 ou 10 MW, afin de réaliser des économies sur les opérations de maintenance en implantant moins de machines, pour une production équivalente. En France, aucune turbine offshore n'est encore opérationnelle et deux appels d'offres (AO) ont été lancés. Les entrées en service de ces parcs sont attendues pour 2018-2023, avec des acteurs comme EDF, Alstom (GE) et Areva. "Les autorisations administratives pour les parcs du 1er AO devraient arriver prochainement, après les conclusions des enquêtes publiques", assure le responsable du SER. "Le 2e AO est encore en phase de levée des risques, avec toutes les études d'impact et de caractérisation des sites".

 

"Quant au 3e AO, annoncé ces derniers jours, il concernera le site de Dunkerque et, potentiellement, un autre site à Boulogne, plus un au large d'Oléron". Aucune cible de puissance n'a encore été annoncée, mais l'appel d'offres adopte une nouvelle procédure dite "de dialogue concurrentiel" afin que les compétiteurs affinent leurs dossiers. Les études seront réalisées par l'Etat, afin d'éviter un phénomène de sous-évaluation des prix par les concurrents souhaitant présenter la facture la plus réduite possible. "Nous restons réservés sur l'impact de ces mesures, mais toutes les solutions sont bonnes à prendre pour accélérer le développement de l'éolien et baisser les coûts", glisse Antoine Decout.

 


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