CLIMAT. A l'échelle planétaire, les émissions de dioxyde de carbone ont connu une stabilisation à environ 33 gigatonnes, après deux années de hausse. Les sources d'énergies renouvelables y ont certes contribué, de même que la transition du charbon vers le gaz naturel, mais la montée en puissance du nucléaire ne doit pas être négligée.

Après deux années d'augmentation, le niveau mondial des émissions de dioxyde de carbone (CO2) s'est stabilisé en 2019, à hauteur de 33 gigatonnes. Un constat analysé dans le rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) rendu public ce 11 février 2020, et qui s'explique par la forte baisse des émissions de CO2 du secteur de l'énergie lui-même dans les pays développés, grâce notamment au poids croissant des sources d'énergies renouvelables - au premier plan l'éolien et le solaire photovoltaïque - et à la transition du charbon vers le gaz naturel, mais également grâce à la montée en puissance de l'énergie atomique.

 

Dans le détail, l'AIE nous apprend que les émissions induites par l'utilisation du charbon ont diminué de 1,3%, soit 200 millions de tonnes par rapport au niveau de 2018, contrebalançant ainsi la hausse des émissions provoquées par le pétrole et le gaz naturel. Les pays développés ont enregistré une baisse de leurs émissions de l'ordre de 3,2%, ce qui représente plus de 370 millions de tonnes, et sachant que le secteur de l'énergie est responsable à hauteur de 85% de cette baisse dans ces économies. Plus largement, de nombreuses puissances économiques ont connu l'année dernière des conditions météorologiques plus douces, ce qui a aussi contribué au phénomène à hauteur d'environ 150 millions de tonnes. Avec une croissance économique mondiale plus faible, les pays émergents n'ont pas non plus été en mesure d'augmenter leurs émissions autant qu'ils auraient pu le faire dans un marché international plus dynamique.

 

"Nous devons maintenant travailler dur pour nous assurer que 2019 restera dans les mémoires comme un pic définitif des émissions mondiales, et pas seulement comme une nouvelle pause dans la croissance", a réagi à ce sujet le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol. "Nous avons les technologies énergétiques pour le faire et nous devons tous les utiliser."

 

Le photovoltaïque a bénéficié de la croissance la plus véloce de toutes les énergies renouvelables

 

Sur la base des tendances de 2019, l'AIE juge par ailleurs que des transitions vers des énergies propres sont en train de s'opérer, impulsées par le secteur de l'électricité : dans ce domaine, les émissions mondiales ont diminué d'1,2%, soit 170 millions de tonnes, les plus fortes baisses ayant été observées dans des pays développés au sein desquels les émissions de CO2 sont aujourd'hui à des niveaux qui n'avaient pas été atteints depuis la fin des années 1980, une période où la demande en électricité était pourtant inférieure d'un tiers. Le segment de l'électricité représente désormais 36% des émissions du secteur de l'énergie dans les économies avancées, là où il pesait 42% en 2012. L'AIE affirme même que l'intensité moyenne des émissions de la production d'électricité a chuté de 6,5% en 2019, un rythme trois fois plus rapide que celui enregistré lors de la dernière décennie.

 

Dans les pays développés, l'agence note également que la production des centrales à charbon a accusé une perte de 15%. Parallèlement, la croissance des énergies renouvelables a permis d'économiser 130 millions de tonnes de dioxyde de carbone : l'énergie éolienne a particulièrement eu le vent dans le dos, représentant la plus grande part de cette progression, en enregistrant à elle seule +12%. Mais c'est le solaire photovoltaïque qui a bénéficié de la croissance la plus véloce de toutes les sources d'énergies renouvelables, contribuant de fait à ce que la part de ces dernières dans la production globale d'électricité avoisine les 28%. De même, le passage du charbon au gaz naturel a évité l'émission de 100 millions de tonnes au sein des économies avancées, notamment aux Etats-Unis. Enfin, l'augmentation de la production d'énergie nucléaire, particulièrement au Japon et en Corée du Sud, a économisé plus de 50 millions de tonnes de CO2.

 


L'évolution des émissions de CO2 par pays en 2019

 

- Ce sont les Etats-Unis qui ont enregistré la plus forte baisse des émissions liées à l'énergie l'année dernière, de l'ordre de 2,9%, ce qui représente 140 millions de tonnes en moins, établissant le niveau de la première puissance économique à 4,8 gigatonnes. Les émissions étasuniennes ont même baissé de presque une gigatonne en comparaison à leur pic de l'année 2000, ce qui constitue la plus importante diminution absolue de l'ensemble des pays au cours de cette période. L'AIE souligne que le recours au charbon s'est réduit de 15% outre-Atlantique, en raison d'une rigoureuse concurrence que le gaz naturel a livré aux centrales à charbon : avec des prix de référence en moyenne 45% moins chers que ceux de 2018, le gaz a eu une carte à jouer. Par conséquent, il a augmenté sa part dans la production d'électricité pour finalement atteindre un niveau record de 37%.

 

- Dans l'Union européenne (comprenant le Royaume-Uni), les émissions liées à l'énergie ont reculé de 5%, soit 160 millions de tonnes, pour atteindre 2,9 gigatonnes. Le secteur de l'énergie a justement tiré cette tendance, voyant lui-même ses émissions baisser de 120 millions de tonnes, soit -12%, du fait d'une hausse des énergies renouvelables et de la transition du charbon au gaz. Ainsi, la production des centrales au charbon de l'UE a dégringolé d'un quart en 2019, tandis que la production gazière bondissait de 15%, dépassant ainsi pour la première fois le charbon.

 

- L'Allemagne fait figure de première de la classe sur le Vieux Continent : ses émissions de carbone ont chuté de 8% pour atteindre 620 millions de tonnes, un niveau qu'elle n'avait pas connu depuis les années 1950, à un moment où son économie était presque 10 fois moins développée. Le parc germanique de centrales au charbon a vu sa production fondre de plus de 25% en un an, dans la mesure où la demande d'électricité a diminué et où la production des énergies renouvelables, au premier rang desquelles l'éolienne (+11%), a augmenté. D'ailleurs, les ENR ont pour la première fois en 2019 produit davantage d'électricité en Allemagne que les centrales au charbon.

 

- Le Japon a vu ses émissions du secteur de l'énergie se rétracter de 4,3%, pour atteindre 1.030 millions de tonnes l'année dernière, bénéficiant du rythme de baisse le plus rapide depuis 2009. C'est le secteur de l'électricité qui a enregistré la plus forte diminution de ses émissions, les réacteurs nucléaires récemment remis en service ayant contribué à un décollage de 40% de l'énergie atomique. Une situation qui a permis à l'Empire du soleil levant de réduire la production de ses centrales au charbon, au gaz et au pétrole.

 


Hausse des émissions chinoises mais belle progression aussi des énergies décarbonées

 

Dans le reste du monde, l'AIE a calculé que les émissions ont augmenté de près de 400 millions de tonnes l'année dernière, 80% de cette hausse provenant d'Asie. Dans cette région du globe, la demande de charbon n'a cessé de croître, pesant pour plus de la moitié de la consommation d'énergie, et s'avérant responsable d'environ 10 gigatonnes d'émissions. La Chine a connu une augmentation de ses émissions toutefois modérées par un ralentissement de sa croissance économique d'une part, et par une production plus importante des sources d'énergies à faibles émissions de carbone d'autre part. Les énergies renouvelables ont d'ailleurs poursuivi leur expansion dans l'Empire du milieu en 2019, année qui a en outre été marquée par 12 mois complets d'exploitation de sept réacteurs nucléaires à travers le pays.

 

L'autre grand pays du continent asiatique, l'Inde, a aussi vu ses émissions de CO2 s'accroître mais modérément : le secteur de l'électricité a moins émis de dioxyde de carbone, pendant que la demande d'électricité se stabilisait et que les énergies renouvelables progressaient fortement. Tout cela a permis de faire reculer la production au charbon dans ce pays, une première depuis 1973.

 

"Cet arrêt bienvenu de la croissance des émissions est un motif d'optimisme comme quoi nous pouvons relever le défi climatique de cette décennie", a estimé Fatih Birol. "Cela prouve que des transitions énergétiques sont en cours, et c'est aussi un signal que nous avons la possibilité de faire reculer les émissions de manière significative grâce à des politiques et des investissements plus ambitieux."

 

L'AIE devrait publier en juin prochain un rapport sur les perspectives énergétiques mondiales, qui tâchera entre autres d'expliquer comment réduire d'un tiers les émissions de carbone du secteur de l'énergie d'ici 2030. Un sommet international sera également organisé par l'agence au mois de juillet sur le thème des transitions énergétiques.

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