INTERVIEW. Avec l'arrivée de la Réglementation environnementale 2020, les économistes de la construction se félicitent de la consécration de la notion de coût global. Leur nouveau président, Franck Dessemon, a présenté à Batiactu sa feuille de route à la tête de l'organisation ainsi que les grands dossiers qui attendent la profession et leurs clients.


Plutôt que de voir le verre à moitié vide avec la Réglementation environnementale 2020, si les acteurs de la construction voyaient le verre à moitié plein ? C'est le message d'optimisme que veut faire passer le nouveau président de l'Union nationale des économistes de la construction (Untec), Franck Dessemon, élu en février dernier pour succéder à Pascal Asselin. En poste pour trois ans, il présente à Batiactu sa feuille de route ainsi que les grands dossiers qui attendent la profession et leurs clients : de la RE2020 à une plus grande responsabilisation des maîtres d'ouvrage, notamment privés, en passant par la notion bientôt incontournable de coût global. Entretien.

 


Dans sa dernière interview à Batiactu, Pascal Asselin, votre prédécesseur, avait insisté sur la confiance, "maître-mot" de la reprise post-Covid. En tant que nouveau président des économistes de la construction, diriez-vous que la confiance reste d'actualité ?

 

Franck Dessemon : La confiance reste effectivement le maître-mot, mais du temps est passé et je ne suis pas convaincu que tous les acteurs de la construction en aient pris conscience. Des difficultés persistent dans les rouages, la mobilisation n'est pas encore totale. Il faut simultanément donner confiance, faire confiance et avoir confiance. Du chemin reste encore à parcourir, bien que les structures soient dans une phase de redémarrage. Il y a une réelle activité, sachant que nous n'avons pas été particulièrement impactés par le premier confinement sanitaire et que nous avons réussi à maintenir l'activité ; heureusement, l'impact n'a pas été aussi fort que ce que l'on aurait pu penser. Les actions nécessaires ont été prises par nos adhérents pour la bonne gestion de leurs entreprises et pour le redémarrage global de l'activité. L'impact a plus été lié à l'entre-deux tours des élections municipales, paralysant les décisions des dossiers en cours ou les consultations. C'est reparti plus fort depuis le début de l'année, mais toutes les conditions ne sont pas encore réunies, il y a encore des leviers à actionner. Le redémarrage connaît quelques frictions.

 


Dans quelle mesure vos adhérents ont-ils eu recours aux dispositifs d'aide, comme les Prêts garantis par l'État (PGE) ?

 

F. D. : Les PGE ont été sollicités pour rassurer les entreprises sur leur gestion. Ils ont permis de répondre à une inquiétude immédiate, une inconnue. Ce sont surtout les effets secondaires, si j'ose dire, du Covid, qui nous ont perturbé, faisant notamment baisser la commande publique. Des dispositions du Plan de relance vont également porter leurs fruits, notamment pour nos adhérents qui travaillent avec les bailleurs sociaux.

 


Un an et demi après le déclenchement de la crise sanitaire et économique, quel constat dressez-vous sur la conjoncture actuelle ? Comment voyez-vous la prochaine entrée en vigueur de la RE2020 ? Et avez-vous des remontées sur les pénuries de matières premières qui frappent le bâtiment ?

 

F. D. : Sur les chantiers sur lesquels nous intervenons, nous constatons que la situation n'est pas dramatique mais tendue : des entreprises rencontrent des difficultés d'approvisionnement, s'interrogent sur les délais de livraison et s'inquiètent des hausses des prix des matières premières. Dans les consultations qu'on lance actuellement, il y a effectivement une évolution des coûts dont il faut tenir compte dans l'approche économique globale, et qui débouche soit sur une absence de réponses, soit sur une anticipation de hausses des prix. Nous ne sommes pas aujourd'hui dans un cadre maîtrisé, c'est pourquoi j'inciterai les maîtres d'ouvrage à intégrer la notion de révision. Les acteurs privés qui maintiennent des prix fermes devraient faire preuve de souplesse.

 

Plus largement, il ne s'agit pas d'être devin mais de se baser sur des hypothèses. Dans un contexte de réformes engagées, il s'agit de différencier le conjoncturel du structurel. Nous assistons à une évolution normative, réglementaire, qui s'inscrit dans la durée. Pour nous, l'impact de la RE2020 est structurel, à l'image des matériaux, même si ceux-ci impactent plus durablement notre activité. Dans ce cadre, l'Untec a engagé plusieurs démarches, comme une actualisation d'études réalisées il y a 3 ans sur les coûts de construction. Nous devons composer avec une forme de méconnaissance conjoncturelle : les maîtres d'ouvrage ont du mal à se remettre en question alors qu'ils devraient intégrer cette situation, d'autant que nous allons bientôt rentrer dans une période complexe d'appels d'offres et de passations de marchés. On peut toujours retravailler sur la programmation, l'accompagnement… Le problème étant que côté public, il peut y avoir de l'écoute ; côté privé, ce n'est pas le même état d'esprit.

 


"Il doit y avoir une prise de conscience de la maîtrise d'ouvrage, car je ne vois pas les entreprises intégrer l'impact ; je vois au contraire une situation où l'on ne respectera pas le budget qui a été fixé pour un projet."

 


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