ISOLATION. La résidence "Le verger de Marly", à Marly-le-Roi (Yvelines), a amorcé un chantier de rénovation de ses menuiseries extérieures après qu'un audit ait montré les importantes déperditions énergétiques de ces bâtiments datant des années 1970. Un retour d'expérience utile à l'heure de l'examen de la loi Elan par les parlementaires et des réflexions sur la rénovation thermique des logements.

Ce 1er août, les habitants de la résidence "Le verger de Marly", située à Marly-le-Roi (Yvelines), et les représentants de la filière paroi vitrée ont accueilli des professionnels et personnalités publiques pour leur détailler leur projet de rénovation de menuiseries extérieures. La résidence, qui compte 300 logements répartis dans 26 immeubles allant de R+2 à R+8, a en effet acté en conseil syndical ce projet, à la suite d'un audit indépendant qui a dévoilé des chiffres ahurissants : les déperditions thermiques (donc les fuites de chaleur et les infiltrations de froid) se chiffrent entre 33 et 36% selon les bâtiments, sachant que le poste chauffage représente 70 à 77% de la consommation d'énergie totale de la résidence. La majorité des habitants eux-mêmes ayant constaté des fuites d'air autour des fenêtres, et étant motivés par un renouvellement des menuiseries extérieures - et par la possibilité de réaliser ainsi des économies d'énergie, décision a donc été prise de lancer le chantier.

 

"Des problèmes typiques des constructions d'après-guerre"

 

"Le constat de l'audit est implacable", explique Pierre Vendrin, président du conseil syndical principal de la résidence. "Les travaux ont clairement montré que les menuiseries extérieures, dont les fenêtres, posaient des problèmes de déperdition passive, qui s'ajoutaient aux problèmes d'isolation phonique." Après avoir lancé un groupe de travail sur la rénovation (et la transition) énergétique des bâtiments en 2013, le conseil syndical a franchi une étape supplémentaire en choisissant de réaliser un audit, dont les conclusions n'ont fait que confirmer les constatations des habitants. "Nous avons affaire ici à des problèmes typiques des constructions d'après-guerre et de l'époque du choc pétrolier", reprend Pierre Vendrin. "La résidence compte trois tranches de constructions : les deux premières ont été livrées en 1974-75, et la troisième en 1978. Mais la rénovation s'est avérée indispensable au vu des objectifs fixés par la transition énergétique et des économies à réaliser en termes d'isolation thermique."

 

Budget annuel moyen de 300.000 €

 

Un groupement de clients copropriétaires a donc été constitué, et s'est tourné vers des entreprises prestataires en leur demandant de respecter un cahier des charges donné (par exemple respecter l'esthétique d'origine), mais également de proposer des tarifs préférentiels (puisqu'il y avait mutualisation des moyens). Après concertation avec la société retenue, un chantier composé de trois tranches de remplacement des menuiseries extérieures a été lancé en 2017. "Les copropriétaires ont été de plus en plus nombreux à accepter de réaliser ces travaux quand ils ont vu les premiers résultats", note Pierre Vendrin. "Evidemment, cette rénovation représente un coût : nous avons un budget annuel moyen de 300.000 € pour effectuer ce chantier. Mais en contrepartie, nous avons fait un choix technique et financier du prestataire, lequel, en réalisant ce projet, apporte du confort thermique et acoustique, ainsi que de la sécurité à nos logements."

 

"Eradiquer les passoires thermiques" à l'horizon de 2028 ?

 

Parmi les participants à cette réunion d'information, la députée (LREM) Marjolaine Meynier-Millefert était familiarisée avec ces thématiques : élue de la 10e circonscription de l'Isère, la parlementaire a été nommée par le gouvernement à la tête du Plan de rénovation énergétique des bâtiments, aux côtés d'Alain Maugard, le président de Qualibat (organisme de certification des entreprises de la construction). Le cas concret du Verger de Marly confirme une nouvelle fois le travail colossal qu'il reste à faire dans le domaine de la rénovation et de la transition énergétique des logements, comme le souligne Marjolaine Meynier-Millefert : "Les objectifs à atteindre sont énormes. Le bâtiment représente 50% de l'énergie consommée et un tiers des émissions de gaz à effet de serre ! C'est pourquoi le gouvernement a déclaré vouloir éradiquer les passoires thermiques d'ici 10 ans, et généraliser la sobriété énergétique d'ici 2050".

 

Des pistes à creuser chez les citoyens…

 

Avec un programme aussi ambitieux et une trajectoire si difficile à atteindre, les professionnels et spécialistes de la question pointent du doigt une inadéquation entre les objectifs fixés et les moyens alloués pour y parvenir. Une contradiction que les opposants à la loi Elan, ratifiée au Sénat et qui fait désormais l'objet d'une commission mixte paritaire entre les deux assemblées, ne manquent pas de rappeler au gouvernement. L'intérêt de ces échanges est alors de proposer des pistes de réflexion, tant du côté des citoyens, des particuliers aux prises avec la réalité du terrain, que des professionnels et des personnalités publiques. Chez les habitants du Verger de Marly, des idées ont déjà été formulées : "Nous pensons qu'aider les particuliers, ou les groupements de particuliers comme les conseils syndicaux, à chercher et trouver des professionnels de la rénovation énergétique serait une bonne chose", souligne Pierre Vendrin. "De même, il n'existe certainement pas aujourd'hui assez de subventions pour réaliser des audits puis des travaux."

 

…comme chez les politiques

 

"La rénovation, ce n'est pas de la moyenne, c'est du cas par cas, c'est du sur-mesure", insiste pour sa part Marjolaine Meynier-Millefert. "L'approche doit partir du terrain, mais ne pas se faire au niveau national. C'est toute une logistique à mettre en place, d'ordre matériel, financier… En tout cas, ce qui est sûr, c'est que les fenêtres restent le premier poste de déperdition énergétique. Il faut casser l'idée reçue que certaines menuiseries ne servent à rien, et au contraire mettre en place les dispositifs qui aident à leur rénovation." Au-delà du rappel des principales mesures contenues dans la loi Elan, la députée a émis quelques suggestions : "On réfléchit à intégrer l'assistance à maîtrise d'œuvre dans les dispositifs ouverts aux CEE [Certificats d'économie d'énergie, système créé en 2006 reposant sur une obligation de réalisation d'économies d'énergie imposée par les pouvoirs publics aux vendeurs d'énergie, NDLR]. En outre, peut-être qu'il faudrait plutôt subventionner l'installation au lieu de subventionner le produit installé en lui-même".

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