OBSERVATIONS. L'Agence Qualité Construction (AQC) organisait ce 8 juin son 20ème Rendez-vous "Observer pour prévenir". Ce fut l'occasion pour l'organisation de dresser son bilan 2017, ses perspectives pour l'année en cours, ainsi que les retours d'expériences de professionnels français mais aussi étrangers.

Comme tous les ans, l'AQC a donc fait un point d'étape ce 8 juin sur les bonnes et mauvaises pratiques de construction observées dans le bâtiment. Un bilan de l'année écoulée, des perspectives pour celle en cours, de même que des enseignements se sont dégagés des échanges entre les professionnels et spécialistes qui ont participé au 20ème Rendez-vous Qualité Construction. Qui plus est, des partenaires étrangers de l'AQC avaient fait le déplacement pour faire part de leurs retours d'expériences observés dans leurs pays respectifs (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie).

 

138 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2017

 

Quelques chiffres-clés : le niveau d'activité du bâtiment en France est évalué en 2017 à 138,4 milliards d'euros, un niveau légèrement supérieur au chiffre d'affaires annuel moyen observé en métropole depuis 2008. Par segments d'activité, le chiffre d'affaires global se répartit entre 32,7% pour l'entretien-rénovation de logements, 28,7% pour la construction de logements neufs, 23,5% pour l'entretien-rénovation de locaux et 15,1% pour les locaux neufs. Quant aux manifestations des désordres, elles ont évolué différemment sur la période 2015-2017 : les défauts d'étanchéité à l'eau représentent 61% (en hausse), tandis que la sécurité d'utilisation se chiffre à 15% (en hausse également).

 

De leur côté, les autres manifestations (défaut esthétique, de fonctionnement…) atteignent les 10% (en baisse), et les défauts de stabilité représentent 9% (en baisse également). Les menuiseries pèsent pour 36% dans la répartition des familles d'ouvrages concernées par les vices de matériau, produit ou procédé. Elles sont suivies par les "autres équipements" (17%) puis par les charpentes/couvertures (14%). Concernant les défauts d'entretien ou d'utilisation de l'ouvrage, ce sont les "autres équipements" qui arrivent en tête de la répartition des principales catégories affectées (22%), talonnés par les équipements de génie climatique (19%) puis par les charpentes/couvertures (11%).

 

Le bois, un matériau intéressant mais fragile

 

Le dispositif Rex Bâtiments performants mis en place par l'AQC s'appuie sur un audit de plusieurs centaines de bâtiments afin d'identifier les points sensibles liés aux évolutions dans les techniques de construction. Globalement, plusieurs tendances ressortent de ces enquêtes : par exemple, pour améliorer la performance thermique du bâti ancien, il est important de désolidariser de la façade les murs de refend, cloisons et autres planchers. L'Observatoire de la qualité de la construction rappelle l'intérêt du bois mais aussi sa fragilité, d'où la nécessité, entre autres, d'éviter la reprise d'humidité dans le matériau en phase chantier. Enfin, un autre exemple s'agissant des bâtiments équipés de systèmes de pilotage : il est recommandé de procéder à une centralisation des commandes dans l'optique de faciliter ce pilotage.

 

Des chantiers trop "précipités" ?

 

Mais plus largement encore, nombre de professionnels s'accordent pour dire que les chantiers vont probablement trop vite aujourd'hui. En effet, la demande - voire la pression - de la rapidité d'exécution des travaux est pointée du doigt, débouchant bien souvent sur des livraisons bâclées, qui présenteront des défauts voire des sinistres ultérieurement. De plus, on retrouve cette pression sur les prix : ceux-ci étant de plus en plus contraints, la situation est telle que beaucoup de particuliers comme de professionnels préfèrent se tourner vers le plus offrant - donc le moins cher, à défaut de se tourner vers le plus qualifié. Des artisans et chefs d'entreprises soulignent en outre l'intérêt de revenir à des périmètres géographiques plus raisonnables. Car en réalisant des chantiers dans un rayon plus proche du siège de sa société, le professionnel engrange un gain économique, avec une baisse des coûts induite par la proximité et par la productivité gagnée en termes de fatigue notamment, mais aussi un gain écologique, puisque l'empreinte carbone sera moindre.

 

Et que se passe-t-il chez nos voisins européens ? Sensiblement les mêmes choses. Que ce soit en Allemagne, en Grande-Bretagne ou encore en Italie, les constats, causes et conséquences sont identiques : la plupart du temps, les désordres dans le bâtiment sont causés par un manque de compétences, des lacunes de supervision sur site et une rapidité d'exécution trop soutenue. Avec ses partenaires en Europe et hors-Europe (comme le Japon), l'AQC souhaite instaurer des collaborations permettant de collecter des données mutualisées afin de réfléchir et de proposer des solutions d'ensemble. Et dans tous les cas, l'agence appelle à toujours plus de vigilance auprès de tous les acteurs de la filière et à toutes les étapes du processus de construction.

 

Actualité chargée, visibilité incertaine

 

Des démarches pertinentes dans une actualité pourtant chargée dans le secteur du bâtiment, avec les projets de loi Elan (Evolution du logement, de l'aménagement et du numérique) actuellement en discussion à l'Assemblée nationale, et Essoc (Etat au service d'une société de confiance), adopté par le Palais Bourbon et par le Sénat. Ces deux textes législatifs se fixent notamment pour objectifs de simplifier les procédures en vigueur dans la construction, de mettre en place un "permis de faire" ainsi qu'une obligation de résultats - et non plus de moyens, comme c'est le cas jusqu'à présent. Ce qui fait dire à Laurent Peinaud, président de l'AQC : "Dans le bâtiment, les besoins d'innovation demeurent importants, particulièrement sur le segment de la rénovation énergétique. L'AQC continuera donc à jouer son rôle pour sensibiliser et mobiliser les autres acteurs de la filière".

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