TRANSITION ÉNERGÉTIQUE. Pour continuer à fonctionner au-delà de 2022, la centrale électrique thermique de Cordemais, qui fonctionne aujourd'hui au charbon, pourrait se convertir à l'utilisation d'un combustible alternatif. Une hypothèse étudiée par les pouvoirs publics afin d'assurer la continuité d'approvisionnement électrique régional et de maintenir tout ou partie des 400 emplois sur place.

Adieu le charbon ! Conformément aux engagements d'Emmanuel Macron, les quatre centrales thermiques françaises qui utilisent encore ce combustible polluant devront cesser de fonctionner en 2022. Décision confirmée par le ministère de la Transition écologique et solidaire qui souhaite mettre fin à la production d'électricité carbonée sur le territoire métropolitain. Toutefois, pour la centrale EDF de Cordemais (Loire-Atlantique), cette mesure devra s'adapter à "la situation particulière du réseau électrique breton" et l'importance de l'usine "pour la sécurité d'approvisionnement d'électricité de la Bretagne". Le gouvernement ajoute que le contexte actuel de production énergétique est marqué "par des incertitudes relatives notamment aux dates de mise en service de l'EPR de Flamanville, de la construction de la centrale de Landivisiau ainsi qu'à la durée des visites décennales des centrales nucléaires".

 

A la poursuite du charbon vert

 

C'est pourquoi, les pouvoirs publics envisagent de prolonger l'exploitation de cette centrale particulière, entrée en service en 1970, qui fournit annuellement 1,82 TWh de courant, au-delà de la date butoir prévue moyennant une "conversion vers des solutions décarbonées". Le ministère évoque l'utilisation "d'un combustible obtenu à partir de biomasse densifiée en substitution du charbon", testé par EDF. Une sorte de "charbon vert", expérimenté dans le cadre du programme "EcoCombust" depuis 2016, qui présente des caractéristiques de combustion que le charbon classique, facilitant ainsi son utilisation en co-combustion, c'est-à-dire en mélangeant les deux matériaux. La biomasse utilisée est le résultat de la torréfaction à la vapeur de résidus de scieries compactés sous forme de granulés. En 2017, ces granulats étaient importés de Norvège, posant des questions d'approvisionnement et de coût de cette mesure. La valeur énergétique du "charbon vert" étant légèrement moindre (70 à 80 % de celle du charbon), son enrichissement sera requis. Le ministère de la Transition écologique écrit : "L'utilisation d'un combustible de ce type dans la centrale, pour un nombre d'heures réduit et limité aux besoins du réseau, pourrait le cas échéant s'accompagner d'une fraction de charbon pour des motifs techniques, équivalente à environ 4 % des volumes utilisés actuellement". La réduction de consommation sera donc drastique mais pas totale. Les services de l'Etat étudient actuellement cette hypothèse technique et économique avec EDF, les réflexions étant également guidées par l'avis de RTE sur la sécurité d'approvisionnement régional.

 

François de Rugy et Emmanuelle Wargon ont reçu, le jeudi 10 janvier 2019, des délégations d'organisations syndicales de Cordemais afin d'évoquer ce sujet mais également la possibilité que, si la centrale ne s'avérait plus indispensable à la sécurité d'approvisionnement du réseau de l'ouest du pays, alors la mise en œuvre de reconversion à la biomasse ne serait pas entreprise. La question de la ressource biomasse est également posée, EDF souhaitant privilégier une filière locale avec les collectivités du département qui collectent environ 15.000 tonnes de déchets verts et les broient, avec un coût non négligeable pour s'en débarrasser (de l'ordre de 30 €/tonne). La solution envisagée constituerait à la fois une valorisation énergétique pour ces déchets ainsi qu'une piste de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

 

De l'autre côté du territoire, les salariés de la centrale thermique de Gardanne (Bouches-du-Rhône) sont en grève depuis 45 jours et réclament un plan similaire à celui évoqué pour Cordemais, afin de sauvegarder leurs emplois. Des représentants syndicaux ont affirmé à l'AFP : "L'annonce concernant Cordemais est une bonne nouvelle mais cela montre l'incohérence du gouvernement : on ne peut pas avoir une transition énergétique variable en fonction des régions", balayant l'idée d'une spécificité bretonne quant à l'approvisionnement électrique. Ils assurent également : "Fermer les centrales à charbon c'est aussi perdre l'autonomie énergétique de la France, ce qui conduira à une augmentation des tarifs de l'électricité". La centrale de Gardanne, propriété de l'allemand Uniper, changera prochainement de mains en entrant dans le giron de la holding tchèque EPH, réputée pour produire de l'électricité à partir d'installations déjà amorties sans y réaliser d'investissements de modernisation.

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