Les basses fréquences sonores et infrasons émis par les parcs éoliens ne justifient aucune modification des valeurs limites d'exposition ou augmentation des distances aux habitations. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande simplement de renforcer l'information des riverains lors de l'implantation de turbines et de compléter les connaissances relatives aux expositions.

C'est une nouvelle qui pourrait faire du bruit : les sons générés par les éoliennes aux basses fréquences (entre 20 et 200 Hertz) et les infrasons (en dessous de 20 Hz) n'ont aucun effet sur la santé, selon l'Anses. Dans les conclusions de ses travaux, elle souligne que les résultats des expertises "ne justifient ni de modifier les valeurs limites d'exposition aux bruits existantes, ni d'étendre les fréquences sonores actuellement considérées dans la réglementation aux infrasons et basses fréquences sonores". La réglementation française impose, pour l'heure, une distance d'implantation minimale de 500 mètres avec les premières habitations ainsi qu'un classement ICPE (installation classée pour la protection de l'environnement) des parcs éoliens. Les sons basses et très basses fréquences ne sont pas spécifiquement pris en compte, même si les turbines en émettent, mais un dépassement des valeurs limites d'exposition au bruit audible peut entraîner une extension de la distance minimale.

 

Une distance de 500 mètres, non remise en cause

 

En février 2015, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur la Transition énergétique, feu le sénateur d'Indre-et-Loire, Jean Germain (PS), avait proposé de la porter à 1.000 mètres. Il expliquait alors : "Pour des raisons médicales, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont fixé une distance minimale de 1,5 km. Les Etats-Unis, qui ne sont guère connus pour appliquer le principe de précaution, 2 km". L'élu avait soumis un amendement, finalement écarté, pour repousser les turbines vers des zones reculées. Un texte qui aurait eu comme conséquence de geler la quasi-totalité des projets éoliens sur le territoire, compte tenu de l'habitat diffus rencontré dans les zones rurales.

 

L'Agence recommande tout d'abord de "renforcer l'information aux riverains" lors de l'implantation des machines, en transmettant des éléments relatifs avant même l'enquête publique, mais surtout de "poursuivre les recherches sur les relations entre santé et exposition aux infrasons et basses fréquences sonores". Les campagnes de mesure ont été réalisées sur trois parcs éoliens par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema). Aucun dépassement des seuils d'audibilité dans les domaines scrutés (jusqu'à 50 Hz) n'a été constaté. Et les effets potentiels de ces longueurs d'ondes sur la santé ne sont pas prouvés : "l'ensemble des données expérimentales et épidémiologiques aujourd'hui disponibles ne met pas en évidence d'effets sanitaires liés à l'exposition au bruit des éoliennes, autre que la gêne liée au bruit audible". Toutefois, chez l'animal, auraient été observés des effets biologiques induits par des expositions à des niveaux élevés d'infrasons, non retrouvés chez l'Homme.

 

Mieux appréhender l'état de santé des riverains

 

Dans un but d'amélioration des connaissances, l'Anses propose d'augmenter la surveillance de l'exposition aux bruits, "en systématisant les contrôles (…) avant et après les mises en service" et "en mettant en place des systèmes de mesurage en continu" autour des parcs, à l'image de ce qui se fait dans le domaine aéroportuaire. Pour les aspects sanitaires, là aussi, l'Agence souhaite que les recherches se poursuivent, notamment par le biais d'une étude épidémiologique sur des riverains de parcs éoliens. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) déclare prendre acte "des recommandations de l'Anses en matière d'études et de recherches pour améliorer la lisibilité des connaissances relatives aux basses fréquences sonores et aux infrasons et de garantir un niveau élevé de protection des riverains". Il prend également note de propositions "qui vont dans le sens d'une amélioration de la qualité des projets" dont l'information du public et la surveillance des niveaux de bruits.

 

En avril 2015, un sondage CSA démontrait que les personnes habitant près des champs d'éoliennes avaient, globalement, une image positive de ces installations, qu'il s'agisse de préservation de l'environnement, d'intégration dans le paysage ou de revenus pour la collectivité. Vis-à-vis des nuisances sonores, les sondés déclaraient, à une large majorité (76 %) ne jamais entendre les machines, tandis qu'ils n'étaient que 7 % à se dire incommodés par leur bruit. Le phénomène de gêne pourrait donc être du même ordre que celui des hypersensibles aux rayonnements, finalement peu nombreux dans la population générale.

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