ENVIRONNEMENT. La rénovation énergétique se fait bien trop lentement en France, constate Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le Climat. Pour répondre à la logique bas carbone du gouvernement, il faudrait accélérer la rénovation et la formation.

La réduction des émissions de CO2 dans le secteur du bâtiment se fait trop lentement. C'est ce que constate Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil pour le Climat, lors d'une conférence sur la décarbonation du bâtiment en France, le 16 avril à l'École des Ponts ParisTech. "Les émissions dans le bâtiment ont diminué de 1% par an ces cinq dernières années en France, c'est bien trop faible. Il faut tripler la baisse des émissions."

 

Un déploiement trop lent

 

La présidente du Haut conseil pour le Climat a rappelé que, dans l'hexagone, le bâtiment pèse pour 18% des émissions de gaz à effet de serre, tout comme l'industrie, et la transformation de l'énergie compte pour 10%. "Dans le bâtiment, ces émissions sont dues en premier lieu au chauffage. Des mesures de rénovation énergétique sont mises en place depuis 2005, qui ont permis de faire lentement baisser les émissions. Il faut accélérer cette réduction", a-t-elle prôné. "Si beaucoup d'actions se font au niveau de la rénovation du bâtiment, il y a peu de suivi et peu de rénovation énergétique performante."

 

Elle note un manque d'accessibilité de données dans le secteur. "Les derniers chiffres datent des années 2012 à 2016. La France doit rénover 36 millions de logements et la plupart sont peu efficaces au niveau énergétique. Dans le secteur résidentiel, chaque année, 60.000 à 70.000 rénovations profondes sont effectuées, c'est-à-dire des rénovations qui impliquent 60% de réduction de la consommation d'énergie. Pourtant, on devrait plutôt rénover 370.000 logements par an dès 2022, selon la stratégie gouvernementale bas carbone. On en est encore loin", fait-elle remarquer. Le secteur tertiaire rencontre les mêmes difficultés. Seulement 1,8 million de mètres carrés sont rénovés chaque année, alors que la stratégie bas carbone vise 9 millions de mètres carrés.

 

Des mesures différentes en Europe

 

Pour atteindre cet objectif, il faudrait multiplier par cinq les rénovations profondes. "L'idéal serait de maintenir ce cap jusqu'à atteindre la neutralité carbone", a déclaré Corinne Le Quéré. Pour répondre à cela, la climatologue conseille de développer la formation, le financement, la pratique et les interactions entre les différents acteurs du secteur, qui bénéficie du plan de relance pour cette année et l'an prochain. "Le Haut conseil a demandé au gouvernement qu'il établisse un financement dans la durée", a-t-elle ajouté.

 

Le gouvernement a d'ailleurs demandé au Conseil de mener des comparaisons entre la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suède quant à leur réduction des émissions de CO2. Il s'est révélé que la France possède les bâtiments les moins efficaces au niveau énergétique par rapport à la moyenne européenne. "On a remarqué que, plus il fait froid, plus les bâtiments sont efficaces, notamment pour des raisons de confort. Or, ce n'est pas le cas en France. Les émissions sont les mêmes entre le nord et le sud du pays car la demande et le besoin sont moindres en termes de confort", a expliqué Corinne Le Quéré.

 

La Suède en avance

 

L'étude a également montré qu'aucun pays ne réussit à atteindre ses objectifs, bien que l'efficacité énergétique s'améliore partout en Europe. Seule la Suède a réussi à décarboner le secteur du bâtiment. "Les Suédois ont appliqué une politique sur le long-terme, en investissant massivement dans l'offre de la chaleur décarbonée avec des pompes et réseaux à chaleur", a démontré la présidente du Conseil. Du côté de l'Allemagne, le pays utilise toujours un mix énergétique, avec sa production de charbon. Le gouvernement a distribué des aides, en fonction de la performance énergétique. "Un architecte prend en charge la coordination des travaux de rénovation."

 

Les Pays-Bas ont favorisé le local pour permettre la rénovation. "Les régions mènent une sortie du fioul et du gaz en s'appuyant sur des acteurs locaux." Le Royaume-Uni, en revanche, ne connaît pas le même succès. Une série d'obligations et de mesures mises en place pour accélérer la rénovation du bâtiment, dans le cadre de son programme green deal, s'est montrée trop complexe. " L'échéancier était bien trop court et il n'y avait pas assez de budgets alloués, ils ont dû faire marche arrière", a-t-elle indiqué.

 

Plus de formation

 

Suite à cette étude, le Haut conseil a proposé de mettre en place des conditions financières et réglementaires pour permettre la massification de la rénovation. Cela passe par le soutien de rénovations plus ambitieuses, globales ou isolées, mais toujours encadrées par une feuille de route et l'aide d'un maître d'ouvrage. "Il faut conditionner l'aide de l'État au gain de performance, augmenter les financements publics dans ce secteur, soutenir le financement privé et mettre en œuvre des obligations de rénovation, en accélérant la sortie des passoires thermiques." Ces conditions permettraient, selon elle, de répondre aux enjeux de la reprise économique car le secteur "crée beaucoup d'emplois".

 

Mais pour répondre à la demande, il faut déployer la formation sur le territoire. "Le gouvernement doit signifier son besoin profond d'acteurs dans le secteur et donner une idée de la durée de l'action à mettre en place. C'est en indiquant sa trajectoire que les acteurs pourront ensuite mettre en place des programmes de formation."

actionclactionfp