INQUIÉTUDE. Le gouvernement cherche à renégocier, à la baisse, les contrats passés en 2012-2014 pour les premiers parcs éoliens en mer. Une mesure d'économie qui remettrait en cause les investissements industriels de toute la filière et qui alarme les professionnels.

Le Sénat a largement rejeté un amendement discrètement déposé par le gouvernement au début du mois de mars 2018, mais ce dernier n'en démord pas : il souhaite renégocier les tarifs d'achat de l'électricité qui sera produite par les parcs éoliens offshore dont l'entrée en service est attendue pour 2021, au plus tôt. Sébastien Lecornu déclarait, ce jeudi 15 mars : "Nos objectifs restent les mêmes. On a un modèle économique qui est en train de se dessiner autour des énergies renouvelables, c'est-à-dire que le marché de l'offre et de la demande commence à faire son œuvre, avec des prix qui sont en décroissance. Il est logique que les pouvoirs publics, qui ont imaginé des mécanismes d'incitation pour faire ces énergies renouvelables, adaptent petit à petit la sollicitation de l'argent du contribuable à mesure que le marché s'empare de ces projets". L'idée est que le tarif discuté à l'époque de l'appel d'offres se situait aux alentours de 200 €/MWh là où une valeur cible de 50 €/MWh pourrait être envisageable aujourd'hui, grâce à la réduction des coûts de production et à l'amélioration des technologies.

 

Des délais trop longs qui entraînent un décalage dans les coûts de production

 

Mais, de leur côté, les industriels s'inquiètent de cette remise en cause unilatérale - et par simple décret - des tarifs consentis voilà plusieurs années. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui représente les entreprises de toutes les filières technologiques, annonce : "La sécurité des investissements constitue un prérequis essentiel pour la mise en œuvre de la transition énergétique dans notre pays. Dans ce contexte, les entreprises réunies au sein du SER s'insurgent contre la volonté du gouvernement de pouvoir mettre fin, de manière rétroactive, à des projets dûment sélectionnés à l'issue d'appels d'offres". Les grands acteurs du secteur comme GE Renewable Energy (Alstom), Eiffage, STX France ou Bouygues Travaux Publics, ont signé une tribune publiée par le quotidien Le Monde, qui dénonce "l'incertitude qui pèse sur les permis liés aux futurs grands parcs éoliens français, pourtant attribués dès 2012 [et] qui paralyse aujourd'hui toute la filière". Les retards pourraient donc continuer de s'accumuler pour les fermes éoliennes en mer françaises, qui sont déjà submergées de recours et qui devront maintenant faire face à la volonté gouvernementale de revenir sur les montants engagés. Ces derniers atteignent les 3 Mrds € pour six parcs, totalisant 3 GW de puissance. Les spécialistes notent que les délais en France sont beaucoup trop longs, de plus d'une dizaine d'années pour concrétiser un projet, là où 5 à 7 ans suffisent dans des pays pionniers comme le Danemark ou l'Allemagne.

 

Le gouvernement en veut plus pour son argent

 

Le SER poursuit : "Les projets visés par l'amendement présenté par le gouvernement sont fondamentaux pour la concrétisation de la filière française des énergies marines. Ils impliquent des investissements français comme internationaux, qui génèrent des emplois et des activités industrielles sur le territoire national". Et le syndicat souligne au passage que si la disposition était adoptée, elle créerait un précédent préjudiciable à toutes les filières technologiques, remettant en question tous les fonds déjà engagés. Jean-Louis Bal, son président, conclut : "C'est précisément dans le projet de loi Un Etat au service d'une société de confiance que l'Etat propose d'introduire une disposition qui anéantirait toute confiance des investisseurs et des industriels". Face à un "signal désastreux" et "sans précédent", les professionnels appellent donc le gouvernement à retirer cette proposition. Cependant, le secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, affirmait encore, ce jeudi 15 mars : "Notre enjeu, c'est d'arriver à soutenir à fond cette filière. Mais on ne peut pas détacher cet amendement de toutes les mesures - que d'ailleurs les anti-éoliens me reprochent tous les jours - que nous avons prises ces dernières semaines", faisant notamment allusion aux conclusions du groupe de travail de simplification, qu'il présidait. Le bras de fer n'est donc pas terminé entre l'exécutif et les entreprises autour des tarifs d'achat.

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