ENERGIES MARINES. Le projet de parc éolien offshore du Tréport (Seine-Maritime) a finalement reçu le feu vert de l'Agence française pour la biodiversité. Un avis assorti de certaines conditions toutefois, visant à réduire l'impact environnemental de la ferme dans une zone exploitée pour la pêche. Détails.

Le groupe Engie et ses partenaires (EPDR et Caisse des Dépôts) ont reçu l'aval de l'Agence française de biodiversité (AFB) pour implanter 62 éoliennes au large du Tréport (Seine-Maritime) à partir de 2019. Cet avis conforme du conseil d'administration de l'agence était indispensable à la poursuite du projet puisqu'une partie du périmètre concerné est situé dans le parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d'Opale, dépendant de l'AFB. Philippe Martin, son président, fait valoir : "La décision du conseil d'administration est une position d'équilibre, et le résultat d'une vraie concertation avec les différents acteurs".

 

En octobre 2017, le conseil de gestion du parc avait rendu un avis "défavorable" amenant Engie à proposer une version modifiée de son projet, afin de réduire son impact environnemental. Parmi les solutions avancées, la surélévation des éoliennes de 15 mètres afin de libérer davantage de place entre le disque d'hélice et la surface des eaux et minimiser ainsi les risques de collision avec les oiseaux marins. Autre réponse, l'engagement de suspension des travaux d'installation des pieux de fondation d'éoliennes pendant quatre mois en période de nidification des espèces marines. Le groupement s'est également engagé à adopter une technique divisant par deux la quantité de métaux lourds relâchés par ces pieux soumis à la corrosion. Et le porteur de projet devra enfin renforcer les moyens du groupe d'intérêt scientifique qui suivra la mise en place de ces mesures, en faisant passer son budget de 0,65 à 8 M€. De quoi "mieux concilier l'indispensable développement des énergies marines renouvelables et la prise en compte, tout aussi indispensable, de la préservation de la biodiversité marine", ajoute Philippe Martin, pour qui les responsables de l'AFB seraient "très vigilants sur la mise en œuvre des recommandations et réserves". L'ONG France Nature Environnement a salué une "bonne nouvelle pour la transition énergétique" tout en demandant la mise en place "d'une véritable politique de concertation locale".

 

Les poissons applaudissent des deux nageoires

 

Car, malgré ces engagements, les comités régionaux des pêches maritimes de Normandie et des Hauts-de-France ont répété, la semaine dernière, leur opposition à ce projet de parc dans une zone considérée comme "la plus poissonneuse de la Manche". Le maire du Tréport, Laurent Jacques (Parti communiste), a déclaré sur l'antenne de France Bleu Normandie : "Les intérêts locaux et des pêcheurs ont été complètement floués. Est-ce qu'il y a encore une démocratie en France ?". Notons que des études, menées en mer du Nord par l'Institut Wegener pour la recherche polaire et marine, ont montré que, loin de constituer un danger pour la faune sauvage, les parcs éoliens devenaient rapidement de véritables oasis où les populations peuvent s'abriter des filets de pêche, puisque les bateaux n'ont pas le droit de s'approcher des mâts. Au pied des turbines, se multiplient donc moules, anémones, crabes et homards qui, à leur tour, servent de proies aux cabillauds, mouettes, cormorans et marsouins. Des arguments qui ne semblent pas convaincre les travailleurs de la mer.

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