PROFESSION. Le président du principal syndicat d'architectes ainsi que la sous-directrice à l'architecture du ministère de la culture se disent "atterrés" par le traitement réservé aux architectes dans deux rapports rendus publics récemment, sur la construction en préfabriqué et sur la massification des rénovations énergétiques.

Jean-Michel Woulkoff est visiblement ulcéré du traitement réservé à l'architecture dans le rapport présenté le 17 mars par Olivier Sichel, directeur général de la Banque des Territoires (Caisse des dépôts). Le président de l'Unsfa, principal syndicat d'architectes, ne goûte guère que ce rapport, qui suggère la création d'un "accompagnateur de la rénovation" auprès des particuliers, faisant le lien entre eux, les entreprises et les pouvoirs publics qui distribuent les subventions, "ne mentionne l'architecte que trois fois sur 130 pages".

 

"Le rôle de l'architecte n'est même pas abordé. C'est incroyable. C'est une méconnaissance totale de la profession". Il s'est dit "atterré", à l'occasion d'une table-ronde du Printemps de l'Unsfa, journée de conférences organisée par le syndicat et consacrée, cette année, à l'architecture de la santé. Autant dire que la rénovation des logements indécents, ou simplement inconfortables, a été amplement discutée. A l'inverse, le rapport censé massifier ces rénovations ne fait aucune mention "des compétences de l'architecte en matière de pathologies du bâti et de moyens d'y remédier", s'est alarmé le président de l'Unsfa.

 

"Les architectes ne sont pas identifiés comme intervenants compétents sur l'amélioration de l'existant"

 

Un point de vue partagé par Corinne Langlois, sous-directrice à l'architecture, à la qualité de la construction et du cadre de vie au ‎ministère de la Culture. Elle a estimé, devant les auditeurs de l'Unsfa, que "les architectes ont un rôle à jouer dans la lutte contre le logement inconfortable et indigne : l'architecte qui rentre dans un logement en mauvais état a très vite la compréhension de ce qu'il faut faire. Or les architectes ne sont pas identifiés comme intervenants compétents sur l'amélioration de l'existant. Il faut y travailler". Pour cela, elle pousse à faire "la preuve par l'exemple", en montrant clairement "ce qui se fait sans architecte et ce qui se fait avec". Les différences sauteront aux yeux, s'accordent Jean-Michel Woulkoff et Corinne Langlois.

 

"Atterrée", la sous-directrice en charge de l'architecture l'est aussi, en ce qui concerne un autre rapport, celui qui veut massifier la préfabrication en usine, rédigé par Robin Rivaton et Bernard Michel. "On voudrait nous fabriquer un 'lego tecnics' grandeur nature, l'architecte est réduit au type qui appuie sur le bouton, on va perdre la qualité architecturale et les concepteurs se font piquer leur création", a-t-elle expliqué.

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