"Une forme de cri d'alarme précédant le cri de colère". Alors que François Baroin, président de l'AMF a demandé ce jeudi 5 mars au Premier ministre d'allonger le calendrier de la baisse des dotations de l'Etat de 2 ou 3 ans, craignant un désastre financier pour les maires, les premières victimes, les entreprises du BTP passent à l'offensive. Réactions de la FFB et la FNTP.

Le sujet controversé de la baisse des dotations de l'Etat n'a pas manqué d'être longuement évoqué ce jeudi 5 mars par François Baroin, président de l'Association des maires de France (AMF), au cours de sa première visite à Matignon. François Baroin, et ses vice-présidents, André Laignel et Philippe Laurent, ont expliqué à Manuel Valls avoir fait "un constat d'alerte rouge", sur l'impact des 3,7 milliards d'euros de baisse par an des dotations versées par l'Etat aux collectivités, dans le cadre du plan d'économies de 50 milliards du Gouvernement. La nouvelle réforme de la Dotation globale de fonctionnement (DGF) envisagée par l'Exécutif pourrait selon eux coûter "0,6 point de croissance" à la France en freinant les investissements locaux.

 

L'enjeu de cette réforme est de taille : rebattre la distribution de plus d'un tiers des ressources des trois niveaux de collectivités, notamment avec la tentation de Bercy de ne plus flécher la dotation vers 36.000 communes, mais vers moins de 3.000 intercommunalités.

 

"On considère que pour 2015 ça sera très difficile, ça va ainsi mettre dans le rouge un millier de communes et d'intercommunalités, 2016 rend quasiment inatteignable l'affaire et 2017 dans le calendrier qui est proposé par l'Etat, ne permet pas d'atteindre tous les objectifs qui ont été fixés", nous décryptait ce mercredi Philippe Laurent, spécialiste des finances locales.

Nombreuses tensions dans les équipes municipales

Avant de poursuivre : "Cette situation suscite de nombreuses tensions, de frustrations, au sein des équipes municipales, les maires sont devenus assez 'chauds' à ce sujet. On ne peut pas se satisfaire de cette réforme inappropriée et injuste car il y a finalement un transfert de l'endettement de l'Etat : pour baisser son endettement, l'Etat diminue ses concours aux collectivités et inciterait ces mêmes collectivités à emprunter pour financer leurs projets !".

 

Rappelant également que près de 16.000 maires ont fait voter une délibération demandant au Gouvernement de revoir ce dispositif et étaler dans le temps l'effort demandé. Ainsi, un "allongement du calendrier de 2 ou 3 ans" a été demandé au Premier ministre par l'AMF, qui craint un "désastre" financier pour un millier de communes ou d'intercommunalités.

 

Finalement, si l'AMF n'a pas obtenu gain de cause, "en tout cas pour la première fois Manuel Valls a ouvert la porte sur un calendrier court". Les maires ont, en effet, obtenu du Premier ministre la création d'un "groupe de travail" en vue d'un nouveau rendez-vous fin mai.

Première victimes : les travaux publics et le bâtiment

Face à ce constat d'échec et d'attentisme, les premières victimes de la chute drastique des investissements sont en l'occurrence les entreprises de travaux publics dépendant à 70 % de la commande publique et celles du bâtiment (15 %). "Cette situation est d'autant plus préoccupante que nos entreprises constituent souvent le socle du dynamisme local et de l'activité dans les départements", nous explique Jacques Chanut, président de la FFB. L'aide financière confirmée aux maires bâtisseurs ce mercredi par le Premier ministre va dans le bons sens mais ce n'est pas suffisant. Il faut faire cette mue à une dotation étalée sur deux ou trois ans. Une baisse de la commande publique se traduit par un assèchement du secteur du bâtiment et des caisses sociales du pays. Nous continuons nos rencontres avec les maires et élus de collectivités et nous leur martelons : la prise de conscience est là mais ce n'est pas parce que c'est dur, qu'il faut baisser les bras !".

 

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