Quelques lignes griffonnées sur un bout de table et un concept unique autour du triptyque loisirs, formation, économie : 25 ans après la construction des prismes et sphères, cette idée «folle», à Poitiers, à l'époque a transformé un département rural en un département «émergeant». Explications avec Dominique Hummel, urbaniste et président du directoire du Futuroscope, depuis 2002.

Batiactu : Comment est né ce projet à Poitiers, qui soufflera ses 25 bougies ce jeudi 31 mai ?
Dominique Hummel :
A l'époque, le président du Conseil général de la Vienne, René Monory*, assisté de Thierry Breton, avaient choisi le thème du futur comme raison d'être du Futuroscope. Et puis ils se rendent compte que le futur était difficile à raconter car tout bouge extrêmement vite. Effectivement, l'idée que les industriels puissent accepter de dévoiler un peu leurs intentions créatives s'est révélée illusoire. Donc, très vite, le Futuroscope a abandonné la thématique du futur et a glissé vers le « scope », c'est-à-dire vers les images. D'autant que les images de synthèse avaient le vent en poupe. Ce lieu où l'on met en scène le monde à venir, où l'on « apprivoise le futur », - je cite le fondateur René Monory - est un enfant du territoire, conçu par les collectivités de la Vienne.

 

Batiactu : Sur quoi repose la vision architecturale de ce site ?
Dominique Hummel :
Avant tout, il est important de citer l'architecte Denis Laming (Ndlr : aujourd'hui porteur de projet en Chine, au Moyen-Orient, où il collabore à la création de la première ville solaire, Masdar City). Pour donner à voir le futur et les nouvelles technologies, il a donc inventé une architecture qui met en avant de l'idée de rue à l'intérieur d'une ville. Les pavillons se retrouvent ainsi comme des objets de design. Il s'agit donc d'un lieu où l'on respire.

 

Par ailleurs, nous avons l'opportunité de pouvoir changer le décor intérieur de chaque pavillon à l'image du Kinémax. Ce qui n'est pas le cas par exemple à Space Mountain (Ndlr : l'une des attractions phares des parcs à thèmes d'Euro Disney). Cela représente ainsi des économies annuelles.

 

Batiactu : Qu'est ce qui a changé, d'après vous, dans la perception du futur par le public ?
Dominique Hummel :
Depuis ses origines, le Futuroscope a été à la fois un lieu où l'on s'amuse et où l'on découvre. Cette approche avait du sens avant tout parce que ce que l'on découvrait donnait envie d'avenir. Or, le site a été créé à partir des années 1980, à un moment où il y avait encore l'espérance d'un progrès technologique. Certes, les intellectuels en doutaient depuis le rapport du Club de Rome en 1972, mais R. Monory a voulu apporter une lecture technologique du futur au plus grand nombre. Lorsque le Parc a connu la crise au début des années 2000, ce thème a moins fait recette. Ainsi, nous avons un rôle à jouer et nous devons poser une dynamique face au futur.

 

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futuroscope © Dominique Hummel président -Sébastien Laval
Batiactu : Quelles vont être les conséquences de ces réflexions sur l'évolution du parc dans les années à venir ?
Dominique Hummel :
Nous avons envie de mettre l'humain au centre et non pas la technologie. Nous nous conduisons vers le monde de l'onirique, du spectaculaire, de la promesse. C'est justement dans ce sens que nous avons l'intention de travailler au cours des prochaines années. Cette approche facilitera ainsi une mise en scène du parc ludique. Le Jardin des Energies, créé en avril dernier et représentant un parcours expérimental autour des énergies renouvelables non fossiles, en est un exemple. Egalement, d'ici à fin 2012, l'Hôtel du Futuroscope sera entièrement réhabilité afin de correspondre aux normes de l'Ecolabel européen des services d'hébergement touristique. Il faut savoir que l'investissement pour l'entretien des pavillons représente entre 1,5 et 1,8 million d'euros par an.

 

Batiactu : Quel bilan dressez-vous de la Technopole du Futuroscope, construite il y a 25 ans ?
Dominique Hummel :
C'est avant tout 250 entreprises autour du parc, 10.000 emplois directs et induits, 2.000 étudiants et 400 chercheurs. En 25 ans, la Technopole du Futuroscope s'est imposée dans le grand Ouest comme le lieu d'implantations des entreprises, en particulier dans le domaine des nouvelles technologies et de la communication. L'installation de l'entreprise de téléphonie chinoise ZTE en est un exemple probant.

 

Batiactu : Le cinquième Center Parcs sera livré non loin du Futuroscope d'ici à 2015. Une aubaine pour la Région ?
Dominique Hummel :
C'est très probablement cette expertise dans l'attractivité économique qui a fait la différence auprès des dirigeants du Groupe Pierre et Vacances lorsqu'ils ont fait le choix du nord de la Vienne, à soixante kilomètres du parc pour installer leur cinquième Center Parcs en 2015 au détriment du Maine et Loire. Une fois encore, les choix stratégiques ont été fondamentaux au moment de signer. En effet, le Conseil général de la Vienne a cédé 40 % des parts qu'il détenait dans la société du Futuroscope à la Compagnie des Alpes, afin d'anticiper l'avenir du Futuroscope. C'est justement grâce à ces liquidités (30 M€) que le projet Center Parcs pourra voir le jour avec la création d'une société d'économie mixte (SEM) dont le financement du projet de 300 M € n'a été possible qu'au regard de la caution et de l'apport du Conseil général. Et toujours propriétaire des pavillons et des terrains, le Département conserve une participation de 38 % dans le capital du parc.

 

*René Monory a été plusieurs fois ministre puis président du Sénat de 1992 à 1998, il est également l'un des fondateurs du Futuroscope de Poitiers.

 

Les chiffres-clés
Naissance du parc d'attractions en France le 31 mai 1987
40 millions de visiteurs depuis l'ouverture
1.800.000 visiteurs en 2011. A titre indicatif, Euro Disney a battu un nouveau record en 2011 avec 15,6 millions de visiteurs
12 hôtels avec plus de 1.700 chambres
7 restaurants, 9 boutiques
Un parc arboré de 60 hectares

 


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