A LIRE. Deux responsables du bureau d'ingénierie Assystem, Dominique Louis (p-dg) et Jean-Louis Ricaud (vice-président en charge de la stratégie) signent un essai sur les solutions à déployer pour garantir à tous l'accès à l'énergie sans faire exploser les émissions de CO2 mondiales. Et leurs propositions reposent en grande partie sur le nucléaire.

Tous les analystes sont d'accord : il faut réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre liées aux activités humaines, qu'il s'agisse d'industrie, d'agriculture, de transports ou de construction. Et comme la demande d'énergie ne baissera pas, afin de répondre à la hausse de la démographie dans les pays émergents et à leur aspiration (légitime) d'une élévation de leur confort de vie, des solutions de production décarbonées doivent être adoptées à très grande échelle.

 

Partant de ce constat, Dominique Louis, président-directeur général d'Assystem, et son vice-président en charge de la stratégie et de l'innovation, Jean-Louis Ricaud, signent un ouvrage intitulé "2050 : la France sans carbone". Le ministre de la Transition écologique et solidaire souhaite en effet que le pays atteigne la neutralité carbone à cette date, et que ses émissions nationales soient exactement compensées par ce que peut capter le territoire français (forêts, zones océaniques, moyens artificiels). Et pour y parvenir, les deux essayistes sont catégoriques : ils estiment qu'à échéance 2050, "l'énergie nucléaire restera un composant incontournable d'un mix électrique décarboné". D'où un plaidoyer en faveur de l'atome, en tenant de démontrer "que les a priori contre cette source d'énergie sont infondés". Ils l'assurent : "Abandonner le nucléaire, c'est non seulement consommer plus de gaz ou de pétrole, et donc augmenter les émissions de gaz à effet de serre, mais c'est aussi renchérir le prix de l'électricité pour le plus grand nombre". Les deux responsables du bureau d'ingénierie et de conseil en innovation Assystem citent l'exemple de l'Allemagne, qui est le premier pays émetteur de CO2 en Europe, en raison de ses centrales à charbon, et où le prix du kilowattheure est presque deux fois plus élevé qu'en France.

 

Décarboner d'accord, mais comment ?

 

Dominique Louis et Jean-Louis Ricaud soutiennent donc l'idée d'engager la France dans une transition de plus long terme - jusqu'à la fin du siècle - et que d'ici là, le mix énergétique décarboné soit assuré à parité par le nucléaire et les renouvelables. Les deux auteurs l'assurent : "A terme, il est évidemment souhaitable que les énergies solaires et éoliennes contribuent de manière massive à satisfaire la demande électrique. En ce sens, il est essentiel d'investir les moyens adéquats de R&D pour que leur efficacité technique et économique les rende de plus en plus compétitives". Mais ils reprennent : "D'ici là, le recours partout dans le monde, durant la seconde moitié du 21e siècle, à une énergie nucléaire semble incontournable". Une hypothèse que ne partagent pas tous les acteurs de la transition, qui voient l'option nucléaire comme un frein au développement des énergies alternatives, par le coût astronomique de l'opération de Grand carénage de l'ensemble du parc français et celui qui va en augmentant du réacteur de nouvelle génération EPR. L'association négaWatt a déjà imaginé plusieurs scénarios d'approvisionnement à 100 % en renouvelable dès 2050. De son côté, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, RTE, a entrevu deux trajectoires, nommées Ohm et Ampère, pour 2025 et 2035, où entre 16 et 24 réacteurs seraient mis à l'arrêt.

 

Des trajectoires inenvisageables pour les deux dirigeants d'Assystem (dont l'un a commencé sa carrière chez Cogema en 1978), bureau d'ingénierie lourdement impliqué dans les projets EPR à Flamanville, Olkiluoto (Finlande) et Taichan (Chine). Leur expertise sur le sujet est donc indéniable...

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