CATASTROPHE NATURELLE. Le 2 octobre 2020, un déluge dévastateur et meurtrier s'abattait sur l'arrière-pays niçois. Un an plus tard, les travaux avancent et le cours de la vie a commencé à reprendre, bien que la tâche soit encore grande.

C'était le 2 octobre 2020. De violents intempéries s'abattaient sur les Alpes-Maritimes, au passage de la tempête Alex. Les impressionnantes crues qui s'en sont suivies ont tout emporté sur leur passage : routes, ponts, maisons. Le bilan est lourd. Et il est d'abord humain : on déplore dix morts et huit personnes disparues. Les dégâts, eux, sont estimés à un milliard d'euros au moins.

 

Selon les experts, il s'agit de la catastrophe naturelle qui a provoqué "le plus de dégâts en France métropolitaine depuis la Seconde Guerre mondiale". Environ 85 kilomètres de routes ont été emportées ou endommagées, 20 ponts ont été détruits ou sont inutilisables, les réseaux d'eau et d'électricité sont à reconstruire. Et c'est sans compter les 2.500 maisons expertisées dont 420 condamnées.

 

Plaie ouverte

 

Les vallées de la Vésubie, de la Roya et de la Tinée, dans l'arrière-pays niçois, se sont retrouvées isolées, quelque 13.000 personnes coupées du monde. Un an plus tard, "nous sommes encore dans la plaie ouverte. Mais heureusement, il y a des travaux, colossaux, indescriptibles", salue Jean-Pierre Vassalo, maire de Tende auprès de l'AFP. Xavier Pelletier, préfet délégué chargé de la reconstruction, complète en insistant sur le fait que "la priorité a été le rétablissement de l'ensemble des fonctionnalités permettant le retour à une 'vie normale' - mobilités, raccordement à l'eau, électricité, assainissement -, tout en assurant la protection des biens et des personnes à travers la redéfinition des zones à risques".

 

Environ 1 milliard d'euros de dégâts

 

- 727 millions d'euros de dégâts sur les infrastructures publiques.
- 217 millions d'euros de dommages sur des biens privés.
- 572 millions d'euros de soutien de l'Etat - dont 143 millions au titre de la dotation de solidarité, environ 59 millions de crédits du Fonds de solidarité de l'Union européenne, 50 millions réservés à l'accompagnement de projets de développement et d'attractivité des territoires.
- 120 millions d'euros sur le Fonds de prévention des risques naturels majeurs.

 

Jean-Pierre Vassalo le voit bien : "nous sommes dans la phase de reconstruction, loin du lendemain de la catastrophe où nous nous disions 'Pendant cinq ans, nous n'aurons plus rien' "! De fait, le long des routes rétablies, parfois sur une seule voie, le long de la Roya, des dizaines d'agents s'affairent pour renforcer les arcatures d'un pont SNCF, évacuer les carcasses de voitures, reconstruire une digue.

 

Une reconstruction "rapide mais aussi exemplaire"

 

Cette phase doit être "rapide mais aussi exemplaire", explique le préfet délégué. Et elle va déjà vite, assure-t-il, "grâce à la mobilisation des collectivités, des opérateurs privés, avec l'aide des associations. L'Etat a tenu ses engagements en cofinançant, en étant facilitateur sur les procédures réglementaires, mais également en assurant son rôle premier de protection à travers les plus de 2.500 maisons expertisées". Objectif : achever 90% des travaux de reconstruction d'ici à la fin de l'année 2022.

 

Plus de 400 bien privés éligibles au fonds de prévention des risques naturels majeurs

 

L'Etat a également redéfinie ce que le préfet délégué Xavier Pelletier appelle "la cartographie des risques", pour indemniser les biens privés particulièrement exposés. Pour le moment, 420 biens sont éligibles au fonds de prévention des risques naturels majeurs (doté de 120 millions d'euros) et 220 autres dossiers sont en cours de traitement. Les premières acquisitions, et indemnisations, ont eu lieu en juillet 2021. "D'ici la fin de l'année, 35 autres biens seront acquis, dont 12 avec démolition", avance Xavier Pelletier.

 

Cependant, le désenclavement des vallées passera par la reconstruction complète du réseau routier, loin d'être le cas. Et "certains projets d'aménagement nécessitent plus de temps, comme la réalisation des tunnels basse Vésubie et de Paganin dans la Roya", reconnaît le préfet délégué. Il implique également "une multiplication" des fréquences des trains et des horaires "mieux adaptés" aux habitants, aux scolaires ou aux touristes, plaide de son côté le maire de Tende. Au-delà encore, "il faut des projets de développement économique, améliorer la mobilité, développer le tourisme et l'hébergement, ou encore favoriser une agriculture d'excellence", insiste Xavier Pelletier, pour redonner pleinement vie à ces vallées meurtries.

 

Difficultés avec les assurances

 

Avant d'y parvenir, des difficultés persistent, notamment avec les assurances. Hélène Rey, gérante de deux épiceries à Breil-sur-Roya a perdu son optimisme. "Je désespère", explique-t-elle à l'AFP : "Après la tempête, nous avons été en contact avec l'expert de notre assurance. J'ai ensuite envoyé des mails sans réponse. (…) Nous avons eu notre premier rendez-vous officiel sur place en février 2021. (…) Nous avons reçu une offre de l'assurance qui était ridicule". Elle estime ainsi le montant des travaux à 500.000 euros, mais l'offre ne couvre qu'un tiers du montant selon elle. "Notre expert vient de refaire une offre, nous attendons."

 

Pourtant, le préfet délégué juge, de son côté, que la relation avec les assurances n'est pas si mauvaise. "Grâce à la cellule d'appui mise en place au sein de la préfecture et le partenariat mené avec la Fédération française de l'assurance, nous avons accompagné plus d'une centaine de sinistrés, affirme-t-il. Il reste des situations qui ne nous ont pas été signalées." C'est pourquoi il appelle les personnes "qui rencontrent des problèmes avec leur dossier d'assurance" à prendre contact avec la préfecture.

 

Témoignage d'un artisan de la vallée de la Vésubie

 

"J'avais cette grange de famille dans laquelle j'ai pu recréer un entrepôt, car nous avions tout perdu, raconte à l'AFP Jean-François Roux, maçon à Saint-Martin-Vésubie. Nous avons mis quatre ou cinq mois pour racheter le matériel. J'avais de la chance car j'avais un petit peu de trésorerie, et des associations nous ont aidés à racheter ce matériel. Le département des Alpes-Maritimes nous a bien aidés aussi financièrement, et il y aura encore une aide sur présentation de factures. Nous sommes une petite entreprise artisanale. Dans le malheur des gens, l'activité est repartie car il faut beaucoup reconstruire. Si bien que nous travaillons quasiment dans des conditions normales."

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