INTERVIEW. Ce mercredi, François Asselin, vice-président de la FFB et dirigeant d'une PME spécialisée dans la rénovation des monuments historiques a été élu à la tête de la CGPME. Succédant à Jean-François Roubaud, ce fin connaisseur des rouages du bâtiment prend les commandes de l'organisation patronale, à l'heure où la négociation sociale piétine. Au menu de ses dossiers prioritaires : compte pénibilité, retraites complémentaires et assurance-chômage...

Batiactu : Quelles sont vos motivations en succédant à Jean-François Roubaud à la tête de la CGPME et quelle sera votre feuille de route ?
François Asselin :
Mes motivations existent depuis l'âge de 29 ans lors de mes débuts dans le secteur du bâtiment. En effet, dès la reprise de l'entreprise familiale spécialisée dans la rénovation de monuments historiques, basée à Thouars, dans les Deux-Sèvres, je me suis investi rapidement dans la vie patronale.

 

Comme mon prédécesseur, Jean-François Roubaud, j'ai fait mes premières armes dans les rangs de la FFB, fédération dont je suis le vice-président depuis 2008. D'ailleurs, je mets un terme à ce mandat dès aujourd'hui. En parallèle, j'ai trouvé, il y a sept ans, à la CGPME, la même ADN que celle des patrons patrimoniaux, des PME et des TPE.

 

Mon action s'appuiera ainsi sur trois principes : tout d'abord, encourager la prise de risque, remettre la valeur travail à la place qu'elle n'aurait jamais dû perdre, et accepter un peu moins de sécurité au profit d'un peu plus de liberté. Les freins à l'emploi sont encore trop nombreux et le code du travail français avec ses 3.600 pages et 8.000 articles n'est plus maîtrisé aujourd'hui par les professionnels, juristes et salariés ! Son allègement est donc une nécessité.

 

J'insiste sur la valeur travail notamment à l'heure du débat épineux sur le compte pénibilité : la vraie pénibilité c'est de ne pas avoir de travail ! Enfin, je veux aussi mettre à l'agenda la sortie du Pacte de responsabilité, qui s'arrêtera dans deux ans. Un modèle économique s'est installé autour de cet allégement de charges bienvenu pour les entreprises françaises. Nous gérons nos entreprises avec des anticipations à deux ou trois ans, il faut donc que très rapidement, dès l'année 2015, on se mette d'accord sur l'après-Pacte.

 

Batiactu : Quel regard portez-vous sur le secteur du bâtiment ?
François Asselin :
La croissance économique ne fut pas au rendez-vous en 2014, contrairement à ce que les économistes retenaient comme hypothèse. Et les professionnels du bâtiment sont donc confrontés pour la sixième année à une vraie pénurie de travail et l'hécatombe risque d'être saignante dès 2015.

 

Cette septième année difficile pour le bâtiment ne devrait pas être celle de la reprise, compte tenu du moral en berne de tous les acteurs, ménages, entreprises et même collectivités territoriales, et des freins structurels qui handicapent l'économie française. Dans ce contexte, les collectivités locales ne doivent pas renoncer à investir, en dépit du recul prévu de la dotation de l'État, de 11 milliards sur 3 ans. La CGPME sera donc aux côtés de la FFB pour dire aux élus : "Ne sacrifiez pas l'investissement." L'investissement public doit jouer son rôle contra-cyclique, faute de quoi les effets sur l'emploi et les recettes locales, seront catastrophiques.

 

Autre sujet important : la CGPME se réjouit des récentes propositions de la Loi Macron favorable à la création d'une carte d'identité professionnelle, gratuite et obligatoire pour tous les travailleurs de chantier (salariés, intérimaires ou détachés). C'est une avancée pour le secteur, nous nous en félicitons.

 

Batiactu : Enfin, souhaitez-vous un accord sur le dialogue social et la représentation des salariés dans les PME dès ce jeudi lors de la reprise des discussions avec les organisations patronales et syndicales ? Comptez-vous signer ?
François Asselin :
Les organisations patronales avaient ouvert cette négociation avec l'objectif d'alléger les contraintes pesant sur les entreprises, notamment le seuil de 49 à 50 salariés, qui déclenche 35 obligations nouvelles ! Et depuis la semaine dernière, on se retrouve sur la défensive, à éviter d'ajouter encore une contrainte sur les entreprises de moins de 11 salariés. Nous ne pouvons évidemment pas être d'accord. Et puis chacun désormais y va de ses raisons personnelles ! Donnons-nous tout de même dès ce jeudi les chances d'y arriver ! Enfin, j'insiste, on ne doit pas en faire un totem. Cette négociation ne doit pas marquer un coup d'arrêt au dialogue social, car tant de sujets importants nous attendent, les retraites complémentaires dès février prochain et l'Unédic…

 

François Asselin, patron d'une PME familiale dans le bâtiment
Né le 18 novembre 1964 à Thouars dans les Deux-Sèvres, marié, père de quatre enfants et grand-père, François Asselin dirige Asselin SAS, une entreprise créée par son père, spécialisée dans la rénovation de monuments historiques, basée à Thouars (Deux-Sèvres). Il a repris la PME familiale en 1993 dotée de trois établissements secondaires (Métropole, Réunion et Etats-Unis). Parmi ses grandes réalisations, la réplique de la frégate de L'Hermione ou encore la rénovation du Palais de justice de Lyon. A ce jour, l'entrepreneur, spécialisé dans l'ébénisterie et la menuiserie emploie 140 salariés pour un chiffre d'affaires de 14,5 millions d'euros en 2014. En parallèle, il est membre du Comité exécutif de la CGPME depuis 2011, président de la CGPME Poitou-Charentes depuis 2011, vice-président de la Fédération Française du Bâtiment depuis 2008 et il a été président de la CGPME des Deux-Sèvres de 2009 à 2011 et président de la FFB des Deux-Sèvres de 2001 à 2006. D'ailleurs, François Asselin, met un terme à son mandat de vice-président à la FFB dès ce 21 janvier.

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