MÉCONNAISSANCE. La réglementation environnementale 2020 (RE2020) entrera en vigueur le 1er janvier 2022, imposant notamment à tous les acteurs de la construction de réaliser des analyses de cycle de vie des projets. Pourtant, d'après une enquête, la majeure partie d'entre eux se déclarent sous-informés sur le sujet.

La réglementation environnementale 2020 (RE2020), qui entrera en vigueur le 1er janvier prochain, va représenter une petite révolution pour le secteur du bâtiment, notamment du fait de la prise en compte de la dimension carbone des projets. Dans huit mois, en effet, une analyse de cycle de vie des bâtiments neufs devra obligatoirement être réalisée, et les solutions les moins carbonées (en matériaux comme en vecteur énergétique) seront favorisées. Pourtant, 74,9% des professionnels du bâtiment s'estiment insuffisamment informés au sujet de ce futur cadre réglementaire. C'est du moins ce qui ressort d'une enquête réalisée par le Mondial du bâtiment en mars 2021 auprès de 383 répondants (1). Il existerait ainsi un fossé entre les 'initiés' de la RE2020, qui ont pris la mesure de ce qui sera attendu des professionnels, et le reste de la profession. L'enquête avance par ailleurs que seulement 36,5% des sondés connaissent la signification exacte de l'acronyme "RE2020". Seul signe positif : 41,3% des professionnels questionnés considèrent que la RE2020 constituera un moteur de développement pour leur activité, 14,1% seulement que cela constituera un frein. "Ce chiffre est cependant à modérer puisque 44,6% déclarent ignorer quel impact, négatif ou positif, cela peut avoir", précisent les auteurs de l'étude.

 

Le sujet de l'appropriation de la RE2020 "reste devant nous"

 

Ces résultats résonnent avec les propos tenus récemment par Christophe Caresche, président du conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique (CSCEE). "Pour réussir, la RE2020 devra faire l'objet d'une bonne appropriation par la filière", rappelait-il ainsi, le 16 avril, lors d'un colloque organisé par l'École des Ponts ParisTech. Et selon lui, ce sujet de l'appropriation "reste devant nous". "Il y a un gros travail à faire, notamment sur l'analyse de cycle de vie (ACV) dynamique." Cette méthode a pour particularité d'évaluer le poids carbone d'un projet de construction en tenant compte du fait que les matériaux biosourcés qu'il contient stockent, un certain temps, du C02. L'emploi de l'ACV dynamique a été imposé par les pouvoirs publics pour favoriser les biosourcés. "La logique de cette méthode est la suivante : on considère que l'urgence climatique, c'est maintenant, et qu'il faut empêcher un maximum d'émissions dès aujourd'hui pour freiner le changement climatique", explique Christophe Caresche. Ce carbone sera toutefois libéré un jour ou l'autre, à la fin de vie du bâtiment, "sachant que l'on ne sait pas si le bois sera recyclé, détruit, brûlé", nuance le président du CSCEE. L'ACV dynamique tient compte de ce laps de temps durant lequel le carbone n'est pas libéré dans l'atmosphère, à la différence de l'ACV statique, qui n'en tient pas compte (et ne favorise ainsi pas systématiquement les matériaux biosourcés). Le résultat, c'est que même lorsque l'on tient compte du fait que le matériau bois fait l'objet d'importations ou de circuits de transformations successives, "il réalise sur le plan du carbone des performances qui sont très nettement supérieures à celles du béton ou de l'acier", constate Christophe Caresche. "C'est très spectaculaire."

 

 

Si l'on peut comprendre l'intérêt d'instaurer une telle méthode, elle a comme défaut de ne pas être solidement ancrée sur des bases scientifiques et normatives. D'où un travail de normalisation qui sera lancé par les pouvoirs publics, au niveau européen, à l'occasion de la présidence française de l'UE qui débutera en janvier 2022. "Mettre au point cette méthodologie va prendre du temps", signale toutefois Christophe Caresche. "Nous devons le faire rapidement, ce qui représente un défi." Le moteur de calcul de l'ACV dynamique, précise-t-il enfin, "fait 1.300 pages". Ce pavé n'aura bien sûr pas à être digéré par l'ensemble des acteurs de l'acte de construire, principalement par les bureaux d'études, mais donne une idée de ce que signifiera concrètement l'entrée en vigueur de la RE2020. Cet avantage comparatif accordé aux matériaux biosourcés sera à l'origine d'un autre travail d'appropriation par la filière : la maîtrise des règles de l'art de la construction en matériaux biosourcés.

"La RE2020 va appeler à un besoin de formation général"

 

"Il est tout à fait clair que la RE2020 va appeler à un besoin de formation général, pour ceux qui vont construire l'immeuble nouveau mais aussi pour les maîtres d'ouvrage afin de le maintenir", rappelait récemment Philippe Pelletier, président du Plan bâtiment durable, dans les colonnes de Batiactu. "Le bas carbone appelle à l'utilisation de nouveaux matériaux, de nouveaux équipements et de nouvelles logiques de construction pour que le chantier lui-même soit économe d'émissions de gaz à effet de serre. Ce sont beaucoup de progrès qui supposent de la formation et il faut donner du temps aux acteurs pour se l'approprier." Il reste à présent huit mois aux acteurs pour prendre connaissance des grandes lignes de la future RE2020 et s'y préparer.

 

(1) Sondage réalisé entre le 18 et le 31 mars auprès des visiteurs et exposants du Mondial du bâtiment 2019.

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