CONDITIONS DE TRAVAIL. Le troisième "confinement" qui concerne une quinzaine de départements s'accompagne d'une mise à jour du protocole sanitaire national applicable en entreprise et du guide de l'OPPBTP. Mais au vu de l'épuisement psychologique d'un nombre croissant de salariés, les craintes sont nombreuses sur les effets délétères du télétravail.

C'est désormais officiel : depuis ce 23 mars au soir, la nouvelle version du protocole sanitaire national applicable en entreprise est disponible sur le site du ministère du Travail. Une mesure qui s'inscrit dans le cadre du troisième "confinement" décrété dans une quinzaine de départements français (ceux des Hauts-de-France, de l'Île-de-France, ainsi que l'Eure, la Seine-Maritime et les Alpes-Maritimes) face à ce que le Premier ministre Jean Castex a qualifié d'une "sorte de troisième vague" de l'épidémie de Covid. Dans le secteur de la construction, cette décision s'est accompagnée d'une autre mise à jour, celle du guide Covid de l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP), disponible ici.

 

D'après l'exécutif, qui cite une étude de l'Institut Pasteur, le milieu professionnel représenterait 15% des contaminations, ce qui doit inciter à privilégier le télétravail autant que faire se peut. Toujours d'après l'Institut Pasteur, le travail à distance réduirait d'un tiers le risque d'infection au coronavirus. Le problème étant que la proportion de salariés télétravaillant se réduit au fur et à mesure et que "les marges de progression restent importantes", selon le ministère du Travail.

 

Un plan d'action, à présenter à l'Inspection du travail en cas de contrôle, doit être établi par chaque entreprise

 

Le Gouvernement exhorte donc une nouvelle fois les entreprises à imposer le télétravail aussi souvent que possible, pour tous les postes qui le permettent. La mise à jour du protocole sanitaire va dans ce sens, en renforçant les obligations des entreprises en matière de travail à distance mais aussi de restauration collective. Concrètement, celles-ci doivent désormais établir "un plan d'action pour réduire au maximum le temps de présence sur site des salariés qui peuvent télétravailler". Ce plan doit, de plus, être "adapté à la taille de l'entreprise concernée" et "être élaboré dans le cadre d'un dialogue social de proximité". En outre, en cas de contrôle, les entreprises auront pour obligation de présenter les actions ainsi mises en oeuvre à l'Inspection du travail.

 

Mettre en place des paniers-repas, déjeuner seul

 

S'agissant de la restauration dite collective, les chefs d'entreprises sont également appelés à la plus grande vigilance pour limiter au maximum le brassage de population dans les lieux dédiés. Le protocole sanitaire actualisé demande notamment aux entreprises des départements concernés par le troisième confinement de mettre en place des "paniers-repas", surtout dans "les situations où le salarié a la possibilité de déjeuner seul dans son bureau ou dans un espace aménagé dans le respect des règles sanitaires". Si le recours au panier-repas n'est pas possible, il est demandé au salarié de "déjeuner seul, en laissant une place vide en face de lui et en respectant strictement la règle des deux mètres de distanciation entre chaque personne". Dans les entreprises qui en sont pourvues, les restaurants doivent pour leur part "continuer à mettre en place des plages horaires permettant de limiter au maximum le nombre de personnes présentes sur place au même moment".

 

"Limiter autant que possible le transport de plusieurs salariés dans le même véhicule"

 

Autre mesure imposée qui concerne particulièrement les artisans et entreprises du bâtiment : dans le cas où l'employeur organise le transport de ses salariés dans le cadre professionnel, "il lui est demandé de limiter autant que possible le transport de plusieurs salariés dans le même véhicule et de respecter strictement l'application des gestes-barrières". Plus largement, le Gouvernement demande aux entreprises de rappeler une nouvelle fois à leurs salariés "les règles applicables quant à l'isolement des salariés cas-contacts et symptomatiques, ainsi que la possibilité de se déclarer sur declareameli.fr dès l'apparition des symptômes, pour bénéficier d'un arrêt de travail indemnisé sans jour de carence, sous réserve qu'un test soit effectué dans les 48 heures".

 

Sidération et colère des partenaires sociaux

 

Une nouvelle couche de contraintes administratives qui ne fait évidemment pas l'unanimité du côté des partenaires sociaux. "J'ai conscience que nous demandons des efforts considérables aux entreprises et aux salariés depuis le début de l'épidémie, mais il est important de rester pleinement mobilisés, en particulier sur le télétravail où les marges de manœuvre sont encore trop importantes. Chaque jour de télétravail compte", a déclaré à cette occasion Élisabeth Borne, ministre du Travail. "En renforçant les mesures qui encadrent la prise des repas notamment, nous concentrons nos efforts sur les situations où le risque de contamination est le plus élevé. Sur le télétravail, l'exigence faite désormais aux entreprises d'établir un plan d'action selon des modalités adaptées à leur taille permettra d'accentuer les efforts tout en tenant compte des spécificités des TPE et PME", a abondé son secrétaire d'État chargé des Retraites et de la Santé au travail, Laurent Pietraszewski.

 

Du côté des organisations représentatives, on est à mi-chemin entre la sidération et la colère. "Nul doute [...] que, dans la période actuelle, les chefs d'entreprises à la tête d'une TPE-PME apprécieront qu'à défaut de leur proposer une date de vaccination, on leur impose une nouvelle obligation", a réagi la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), dans un communiqué cinglant. Même son de cloche du côté de l'Union des entreprises de proximité (U2P) : "Un an après le premier confinement, [nous sommes obligés] de constater qu'aucune leçon n'a été tirée de 12 mois de crise sanitaire et économique", a taclé l'organisation patronale au lendemain des dernières annonces de Jean Castex. "Les mesures de confinement de 16 départements annoncées le 18 mars par le Premier ministre n'ont fait l'objet d'aucune concertation préalable avec les professions concernées [...]", a-t-elle encore fait valoir, résumant le troisième confinement par trois mots : "impréparation, précipitation, confusion".

 

Effets délétères sur la santé psychologique

 

La CPME a d'ailleurs insisté sur les effets délétères du télétravail à outrance sur la santé psychologique des salariés et le bon fonctionnement des services, rejoignant ainsi de nombreuses voix qui attirent l'attention sur ce problème de plus en plus délicat. L'épuisement, voire la détresse, serait particulièrement palpable chez les plus jeunes salariés, et l'inquiétude est suffisamment importante pour que chefs d'entreprises, représentants du personnel, syndicats et patronat tirent ensemble la sonnette d'alarme. De l'avis de tous ces acteurs du monde du travail, il n'est donc même pas dit que les entreprises puissent réellement aller plus loin dans la proportion de télétravail que ce qui est déjà pratiqué à l'heure actuelle.

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