CONJONCTURE. L'année 2019 enregistre la deuxième plus forte hausse des salaires des cadres depuis 7 ans, à hauteur de +2,4% tous secteurs confondus. Le BTP n'y échappe pas et décroche même la palme de l'augmentation la plus importante, avec +2,8%, après une année 2018 déjà très dynamique (+4,2%). Focus.

Certains indicateurs de l'économie française sont visiblement au vert, et d'un vert même soutenu : d'après la 17e édition du baromètre Expectra (filiale du groupe Randstad spécialisée dans l'intérim et le recrutement) des salaires des cadres, les entreprises tricolores ont augmenté de 2,4% la rémunération de leurs employés les plus qualifiés en 2019, tous secteurs d'activité confondus. Soit la deuxième plus forte hausse des salaires cadres enregistrée depuis 7 ans, et faisant suite à une progression de 2,7% en 2018. Selon l'institut, le salaire médian des cadres s'établit à 45.793 euros annuels, pour un taux de chômage de 3,4%, ce qui, dans le domaine des études économiques et sociales, s'apparente à "une situation de plein emploi". Les employés les plus qualifiés ne semblent en effet pas accuser le coup d'une économie nationale moins dynamique sur certains points, et d'un contexte international toujours incertain. Pour Expectra, deux tendances, déjà apparues en 2018 et qui se sont confirmées en 2019, favoriseraient la hausse des salaires : d'une part, une attirance des entreprises de plus en plus marquée pour les profils de candidats en lien avec la transformation numérique ; d'autre part, une majorité de sociétés (63%) privilégient les négociations individuelles.

 

Et si nombre de secteurs d'activité bénéficient d'une hausse des rémunérations de leurs cadres, celui qui affiche l'augmentation la plus conséquente n'est autre que le BTP.

 

Logement non-résidentiel neuf, Grand Paris, modernisation du réseau SNCF, plan de relance autoroutier, fibre optique... consolident l'activité de la construction

 

Effectivement, quand la filière de l'ingénierie et des industries enregistre +1,8% en 2019 (après +2,6% en 2018), le secteur de la construction progresse de 2,8% cette année, après +4,2% l'an dernier, qui avait d'ailleurs représenté la plus forte évolution constatée durant ces 5 dernières années. Comment expliquer cette situation favorable ? Pour Expectra, le marché du bâtiment et des travaux publics reste "toujours très bien orienté", avec une croissance de 2,3% en 2019, soit une évolution plus modérée qu'en 2018 (+4,9%). Le segment du logement neuf plombe quelque peu les statistiques conjoncturelles du secteur, en se rétractant de 7%, mais est contrebalancé par le non-résidentiel neuf qui continue de croître de 3%, dans la foulée d'une année 2018 déjà très confortable (+8,9%).

 

De même, les entreprises de travaux publics devraient profiter d'une croissance de 7% de leur activité en 2019, motivée par de nombreux et conséquents chantiers d'infrastructures, à l'instar des travaux du Grand Paris (qui ont bondi de 40% pour atteindre 3,51 milliards d'euros), la modernisation du réseau SNCF (+7%), les investissements dans les autoroutes (700 millions) ou encore le déploiement de la fibre optique dans le cadre du plan France Très haut débit, lequel devrait mobiliser jusqu'à 22 milliards d'investissements d'ici 2022. "Cette dynamique de marché provient notamment d'un report d'une partie de l'activité de l'année 2018, qui n'avait pu être honorée faute de compétences disponibles", précise Expectra dans son baromètre.

 

Dans ces conditions, la demande de main-d'oeuvre continue en toute logique de croître. Au premier trimestre 2019, la filière construction a créé 16.100 postes, ce qui représente la hausse la plus conséquente depuis 2007. "Le secteur retrouve ainsi les niveaux de tension sur le marché de l'emploi observés dans les années 2006-2007, avant la crise", indique l'étude. La situation est identique dans les travaux publics, qui tablent sur 10.000 emplois créés cette année et 200.000 embauches réalisées d'ici cinq ans.

 

 

Quelles sont les meilleures progressions de salaires cadres dans le BTP ?

 

Il ressort de ce baromètre que les trois hausses de rémunérations de cadres les plus conséquentes dans le bâtiment et les travaux publics sont :

 

- Ingénieur BTP : +6,2%, soit un salaire médian national de 41.950 €
- Conducteur de travaux : +5,2%, soit un salaire médian national de 37.410 €
- Projeteur BTP : +4,6%, soit un salaire médian national de 31.440 €

 

 

La numérisation de la construction induit de nouvelles compétences spécifiques

 

Un autre phénomène à ne pas oblitérer est celui de la numérisation des métiers et des activités : le BTP n'y échappe pas, du fait d'une utilisation de plus en plus fréquente des engins de chantiers connectés et du recours massif à la modélisation en 3D des chantiers avec la technologie BIM. Ces nouvelles méthodologies sont censées conférer des gains de productivité en optimisant les délais de construction, mais induisent également une certaine complexification des postes, avec l'émergence de compétences spécifiques, qui sont encore nouvelles et donc, à ce titre, rares.

 

D'une manière générale, les chefs d'entreprises et autres cadres gardent confiance dans la conjoncture économique et maintiennent leurs investissements en termes de ressources humaines, avec des besoins en recrutement qui demeurent très élevés. D'après Expectra, une telle situation sur le marché de l'emploi des cadres aboutit cette année à une forte pénurie de main-d'oeuvre. Pour pouvoir faire la différence, "les entreprises ne peuvent plus uniquement compter sur leurs atouts et leur stratégie de marque employeur", relève la filiale de Randstad. "Si le cadre de travail, l'équilibre des temps de vie, les plans de formation individualisés, la progression de carrière ou encore l'intérêt des missions pèsent dans la balance, la concurrence est telle que la différence se joue de plus en plus sur le bulletin de salaire." Un argument d'autant plus valable que 62% des Français considèrent que le salaire reste le critère le plus déterminant dans le choix d'un poste, selon une autre étude réalisée par Randstad France et intitulée Employer Brand Research 2019.

 

"Le salaire des cadres est entré ces derniers temps dans une dynamique inédite", affirme Christophe Bougeard, directeur général d'Expectra. "Celle-ci est en grande partie imputable à la transformation numérique des entreprises, qui s'affirme comme une tendance de fond. Leur stratégie digitale se déploie plus vite que les compétences disponibles. En résulte une tension majeure sur le marché de l'emploi qui alimente la spéculation pour capter et fidéliser les talents. Dans un contexte de plein emploi, les cadres n'hésitent plus à faire valoir leurs prétentions, obligeant les entreprises à s'aligner. La guerre des talents s'installe et avec elle, une tendance à la revalorisation salariale, qui devrait, logiquement, s'inscrire dans la durée."

 

 

Quelle méthodologie pour ce 17e baromètre Expectra des salaires cadres ?

 

Pour réaliser cette étude, la filière de Randstad a analysé 87.459 fiches de paie, représentant 136 qualifications dont 74 fonctions cadres et 62 fonctions d'agents de maîtrise, et ce sur les métiers de six grands secteurs d'activité : informatique et télécoms, BTP et construction, ingénierie et industrie, commerce et marketing, comptabilité et finance, et enfin ressources humaines/paie/juridique. Globalement, 10.495 entreprises sont représentées, dont 66% sont basées en région et 34% en Île-de-France.

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