ÉTUDE. Dans une note de conjoncture, la direction générale du Trésor dresse un "panorama des salaires minimaux dans les économies avancées". Il en ressort que le niveau du Smic français est plus élevé qu'ailleurs mais que les pouvoirs publics devraient cependant actionner d'autres leviers pour améliorer encore l'emploi et la compétitivité. Explications.

La direction générale du Trésor, rattachée au ministère de l'Economie et des Finances, a publié une note de conjoncture en février 2019 intitulée "Panorama des salaires minimaux dans les économies avancées". On y apprend notamment que la majorité des pays développés s'est dotée d'un système de salaire minimum, malgré des fonctionnements différents selon les économies. Ainsi, en France, en Allemagne et en Espagne, il est uniformisé à l'échelle du pays ; aux Etats-Unis et au Japon, des seuils sont fixés au niveau local, tandis qu'un pays comme l'Italie ne possède pas de cadre légal sur le salaire minimum, bien qu'en pratique plus de 80% des salariés italiens sont assurés de toucher des montants minimaux grâce à des négociations collectives. Il existe aussi des différences relatives aux modalités de fixation du niveau de salaire ou à ses caractéristiques (âge de plein droit, revalorisation…). Dans les faits, le salaire minimum de croissance français, ou Smic, affiche un niveau plus élevé que les autres économies développées : en mai 2018, le taux horaire brut en parité de pouvoir d'achat (PPA*) s'élevait à plus de 10 €, contre environ 9,5 € en Allemagne et au Royaume-Uni, et à peine plus de 6 € en Espagne et aux Etats-Unis.

 

L'impact du CICE et du Pacte de responsabilité

 

Néanmoins, il faut souligner que plusieurs décisions politiques ont permis d'alléger le coût du Smic pour les employeurs français : ainsi, le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) ou le Pacte de responsabilité et de solidarité, instaurés sous le quinquennat de François Hollande, ont ciblé les bas salaires pour les rendre plus "supportables" par les entreprises. Des mesures qui ont consolidé les allègements et permis de rapprocher le coût du travail au niveau des salaires minimums des autres pays développés. Le basculement du CICE en exonérations de cotisations sociales acté par le Gouvernement Macron-Philippe accentuera davantage cette réduction du coût du travail, d'autant que le barème des allègements généraux sera encore renforcé au 1er octobre 2019.

 

La productivité dépendrait surtout de la formation continue

 

Quant aux effets du salaire minimum sur le niveau de l'emploi, plusieurs études internationales montrent qu'ils sont variables d'un pays à l'autre, d'après la note du Trésor. Globalement, on retiendra qu'une hausse du Smic lorsqu'il est faible est susceptible de réduire le chômage, alors qu'une hausse opérée lorsqu'il est déjà élevé a tendance à réduire le taux d'emploi. Les conséquences sur la productivité des salariés, elles, dépendent du contexte économique et social, de la motivation des employés et surtout de la qualité et de l'accès aux dispositifs de formation continue. Dernier point à retenir : même si le salaire minimum a contribué à réduire les inégalités salariales dans les pays développés, il ne constitue pas pour autant l'outil le plus pertinent pour lutter contre la pauvreté. "Les politiques fiscales et les transferts sociaux semblent mieux adaptés à cet objectif que la revalorisation du salaire minimum", explique la direction générale du Trésor.

 

(*) D'après l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la PPA est un "taux de conversion monétaire qui permet d'exprimer dans une unité commune les pouvoirs d'achat des différentes monnaies". Autrement dit, il permet de mesurer le rapport entre la quantité d'argent nécessaire dans différents pays pour acheter les mêmes biens et services.

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