REACTIONS. En qualifiant les travaux publics (et le bâtiment) de prioritaires, le président de la République a rassuré en partie le secteur qui, sur le principe, va pouvoir continuer à travailler. Cependant, quelques incertitudes planent toujours, à court et à moyen termes, comme l'expliquent plusieurs acteurs du secteur interrogés par Batiactu.

Pour José Ramos, président de la FRTP d'Ile-de-France, ce n'est pas vraiment un confinement que le président de la République a annoncé le 28 octobre 2020. "Nous sommes dans une situation plus contraignante et la fermeture de certains commerces peut surprendre, mais c'est bien moins que ce que nous pouvions craindre", explique ainsi celui qui avait alerté contre les risques d'un reconfinement strict sur la survie des entreprises franciliennes, deux jours plus tôt.

 

En effet, contrairement au confinement du mois de mars, la situation pour le secteur du BTP a été clairement évoquée par Emmanuel Macron dans son allocution télévisée : qualifiant "le bâtiment et les travaux publics" de prioritaires, il a assuré qu'ils pourraient poursuivre leur activité malgré le reconfinement. Une vraie satisfaction pour les TP, qui se disaient prêts, avant même l'annonce des nouvelles mesures, à continuer en appliquant toujours un protocole sanitaire strict. Ils sont "essentiels à la survie économique de la Nation et c'est le message qu'a fait passer le président de la République", estime ainsi la FNTP dans un communiqué.

 

"Il faut que les clients répondent présents"

 

Mais comme elle nous l'indiquait avant les annonces officielles, "nous ne pourrons continuer à travailler qu'à la condition que l'ensemble de la chaîne de production tienne", réitère Corine Le Sciellour, directrice générale déléguée de la FNTP, à Batiactu. Dans le communiqué de la fédération, les propos du président Bruno Cavagné vont dans le même sens : "Au-delà des services publics accueillant du public, c'est bien l'ensemble des services nécessaires à la continuité économique de la Nation qui devront continuer à se mobiliser". Une mobilisation de toute la filière, des négoces aux administrations, en passant par les maîtrises d'œuvre et d'ouvrage, absolument nécessaire, s'accorde la CNATP.

 

Et preuve s'il en fallait davantage que cette inquiétude traverse assez largement le secteur, José Ramos répète que "c'est une très bonne chose que nous soyons considérés comme prioritaires. Même si nous sommes capables de travailler avec des protocoles sanitaires sérieux et efficaces, puisque nous n'avons pas tant de cas dans nos entreprises, il faut que les clients répondent présents". Il pointe notamment divers problèmes.

 

"Aucune raison d'arrêter les chantiers" pour la SGP

 

Si le télétravail protège les collaborateurs, "certains de nos interlocuteurs n'ont pas d'accès à des réseaux sécurisés, ni les moyens pour permettre à tous de travailler correctement, de consulter l'ensemble des documents, la dématérialisation n'est pas le mot d'ordre partout, etc." Ce qui peut rendre la délivrance d'arrêtés de voirie, d'ordres de service, de règlements de facture… bref, de tout ce qui peut être nécessaire au bon déroulement d'un chantier compliqué à obtenir.

 

Un maître d'ouvrage important pour les travaux publics, et notamment en Ile-de-France, est cependant "plutôt confiant" dans la poursuite de l'activité : la Société du Grand Paris. "Nous étions encore en confinement quand nous avons repris les chantiers, au printemps. Les protocoles appliqués à ce moment sont toujours en vigueur, veut rassurer Bernard Cathelain, membre du directoire de la SGP, à l'occasion d'une visite de chantier ce 29 octobre 2020. La première fois, nous avons été pris par surprise. Cette fois, nous n'avons aucune raison d'arrêter des chantiers qui refonctionnent et ont retrouvé leur rythme de production."

 

De fortes craintes pour 2021

 

Ce n'est pas du côté des grands projets cependant que l'inquiétude est la plus grande. Mais bien des "chantiers du quotidien" qui "donnent de l'activité locale" et permet de "sauvegarder les emplois dans nos entreprises", alerte José Ramos. Car si leur nombre est encore très en-deça des niveaux habituels, "une baisse sans précédent des appels d'offres menace le secteur, martèle la FNTP, au point que les entreprises, en priorité els TPE/PME, craignent un arrêt de l'activité d'ici la fin de l'année, sans une relance massive des projets des collectivités locales".

 

Selon José Ramos, les carnets de commandes des entreprises franciliennes ne représentent souvent pas beaucoup plus de 3 mois d'activité. Et finalement, il craint que la situation ne soit encore plus difficile pour les entreprises l'an prochain : "les départements doivent supporter de fortes augmentations du RSA, certains clients, comme l'APHP, sont obligés de revoir leurs priorités d'investissement et annulent des marchés. D'autres sont reportés. Mais les budgets de 2021 vont être sévèrement amputés, si bien que l'on peut craindre une baisse de l'activité plus importante encore qu'en 2020", alors que, hors Grand Paris Express, l'activité en Ile-de-France devrait déjà être en recul de -18 voire -20% cette année.

 

La restauration, autre point noir

 

Autre sujet d'inquiétude : si les chantiers peuvent se tenir et que les protocoles sanitaires sont bien appliqués, un moment reste cependant sensible : celui du déjeuner. Il constitue même "une situation à risque non négligeable, et une responsabilité du chef d'entreprise", insiste la CNATP. Comme le mois de novembre est généralement froid et humide, "nous souhaitons que [les salariés] puissent à tout le moins déjeuner dans des conditions correctes". Elle demande ainsi au Gouvernement de permettre aux restaurants d'assurer ce service pour les travailleurs en extérieur.

 

En d'autres termes, continuer à travailler est certes une très bonne nouvelle pour le secteur. Mais les conditions de cette continuité de l'activité doivent elles aussi être à la hauteur, et certains points non négligeables restent donc à régler rapidement.

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