SANTÉ. L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur livre les premiers résultats de sa vaste enquête nationale sur l'atmosphère des crèches et écoles françaises. De nombreux polluants ont été traqués, composés organiques, gaz nocifs, particules fines, poussières et métaux lourds. Claire Dassonville, coordinatrice de la campagne, révèle tout ce que les parents inquiets veulent savoir…

Les tout-petits sont-ils à l'abri des différents polluants dans leurs classes ? Une question angoissante qui taraude les parents et à laquelle l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) souhaite apporter une réponse apaisante : "Ce qui ressort c'est que la qualité de l'air est plutôt satisfaisante. Les valeurs limites ne sont jamais dépassées", déclare Claire Dassonville, coordinatrice de l'étude menée entre 2013 et 2017 dans plus de 300 établissements scolaires. "Les concentrations de polluants sont en général très inférieures dans les écoles par rapport à celles mesurées dans les logements", ajoute-t-elle. Ouf.

 

Attention aux particules fines

 

Pour parvenir à ces conclusions, qui concernent plus de 6 millions d'enfants dans près de 53.000 crèches et écoles primaires, l'OQAI a tiré au sort des établissements sur l'ensemble du territoire métropolitain continental. Ce sondage a été stratifié sur des facteurs pouvant influer sur la qualité de l'air intérieur, comme la zone climatique (définie dans la Réglementation thermique), le type d'environnement (rural, péri-urbain ou urbain) et l'âge des bambins (maternelle, élémentaire). "Les enfants passent environ 40 % de leur temps en classe et un lien existe entre qualité de l'air intérieur et santé, bien-être, absentéisme et apprentissage", révèle Claire Dassonville. D'autant que les écoles cumulent des spécificités qui altèrent cette qualité de l'air : elles présentent une densité forte, les petits y utilisent fréquemment des peintures et colles qui libèrent des composés chimiques, et les enfants s'avèrent plus sensibles que les adultes. "Nous avions encore peu de données et aucune vision globale", poursuit la spécialiste qui fait valoir que l'OQAI a souhaité dresser un état des lieux des pollutions, qui se complètera dans un second temps par une description des systèmes et équipements des établissements (chauffage, ventilation) et par des données de confort (thermique, acoustique, olfactif, lumineux…).

 

"Les mesures ont été effectuées en période scolaire, sur cinq jours du lundi au vendredi, dans plus de 600 classes", précise la coordinatrice du programme. De très nombreux polluants ont été recherchés : particules fines (PM 2,5), composés organiques volatils et semi-volatils, dioxyde d'azote, CO2, poussières, métaux dont le plomb… "Première observation, les particules fines sont omniprésentes, et proviennent principalement du trafic routier et de l'industrie", note-t-elle. La valeur médiane dans les salles de classe est de 18 µg/m3, ce qui est supérieur à la valeur guide de l'OMS (10 µg/m3). "Mais cette valeur - qui est une recommandation - n'est jamais atteinte nulle part dans le monde", souligne Claire Dassonville. Autre polluant fréquemment rencontré dans les salles de classe, le dioxyde d'azote (NO2), lui aussi issu des combustions et donc, du trafic automobile ou du chauffage au gaz. "Il est détecté dans deux tiers des salles et, dans 11 % des cas, les valeurs sont cette fois supérieures au 20 µg/m3 fixés par l'Anses. Toutefois, les niveaux restent globalement faibles", analyse la spécialiste.

 

Des COSV ubiquitaires

 

Du côté des composés organiques volatils (COV), "ils sont toujours aussi présents", prévient-elle, provenant des revêtements de sol, du mobilier, des produits d'entretien et même des fournitures scolaires. Sur 16 composés recherchés, 13 ont été détectés de façon presque systématique : formaldéhyde, acétaldéhyde, benzène, toluène, xylènes, terpènes et styrène notamment. "Le phénol est détecté dans la moitié des échantillons, le tétrachloroéthylène dans un tiers et le n-hexane dans un sur cinq", énumère la spécialiste. Cependant, les valeurs réglementaires ne sont jamais dépassées et les valeurs guides ne le sont que rarement, pour le formaldéhyde dans 17 % des cas et pour le benzène dans 14 %. Claire Dassonville se veut rassurante : "Par rapport aux autres pays, nous sommes dans les mêmes ordres de grandeur". Concernant les composés organiques semi-volatils (COSV), pas moins de 46 composés étaient recherchés, dont des pesticides, des PCB (provenant de joints d'étanchéité), des hydrocarbures polycycliques, des phtalates, des retardateurs de flammes et des parfums de synthèse. Là encore, des traces de ces polluants sont couramment rencontrées : "Vingt d'entre eux sont retrouvés dans au-moins une classe sur deux : phtalates issus des PVC, produits d'entretien et produits d'hygiène, hydrocarbures provenant du trafic routier ou de chauffage au bois, muscs de synthèse et quelques pesticides". En revanche, les retardateurs de flamme sont très peu détectés, et les concentrations observées sont très variables, allant de plusieurs µg/m3 à seulement quelques picogrammes. "Là encore, les valeurs sont similaires à celles des autres pays, Allemagne, Italie, Norvège, Portugal, Etats-Unis ou Chine", certifie la coordinatrice de l'étude.

 

L'étude de l'OQAI a également fait le point sur la pollution au plomb dans les poussières et dans les peintures. Le métal lourd, à l'origine du saturnisme, s'il est détecté quasiment partout reste à des valeurs très faibles (7 µg/m² de valeur médiane). "Environ 10 % des écoles présentent au moins un élément dégradé avec une concentration de plomb supérieure à 1 mg/cm² qui dépasse le seuil réglementaire", dévoile Claire Dassonville, qui détaille les origines de ces écailles de peinture : fenêtres et portes, murs et plinthes, puis mobilier et volets extérieurs. Des travaux seront donc à prévoir dans certains cas pour y remédier. Sur l'humidité et le développement de moisissures, la campagne de mesures révèle des résultats plutôt bons, puisque seuls 20 % des salles de classe présentent un signe d'humidité (tâche, condensation) et 16 % des écoles ont une trace de contamination fongique active. En revanche, mauvais point sur la ventilation des établissements : l'étude souligne que "le confinement de l'air intérieur est très élevé, avec 41 % des écoles présentant au moins une classe très confinée". Le renouvellement de cet air, mesuré par la concentration de CO2, trahit donc un problème d'aération/ventilation.

 

Découvrez les préconisations de l'Ademe sur la qualité de l'air des écoles en page 2

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