ENTRETIEN. Au lendemain de la publication du protocole sanitaire actualisé prenant en compte une légère reprise de l'épidémie de Covid-19, le directeur général de l'OPPBTP, Paul Duphil, détaille à Batiactu les changements notables de la dernière mise à jour. Si certains points doivent encore être tranchés, l'organisme appelle à faire preuve de responsabilité collective.

Batiactu : Pour commencer, quelle est votre réaction à la publication de ce protocole sanitaire actualisé ?

 

Paul Duphil : Le premier élément qu'il faut rappeler, c'est qu'il y a une hausse de la circulation du virus à l'échelle nationale, et que l'évolution du protocole répond d'abord à un état sanitaire qui a lui-même fondé l'avis du Haut conseil de santé publique (HCSP), sur lequel le Gouvernement s'est ensuite basé pour construire cette révision du protocole. Il y a donc des éléments qui amènent les spécialistes à considérer qu'il est important de resserrer le cadre des contraintes qui s'imposent à tous les citoyens - qu'ils soient salariés sur un chantier ou dans leur vie quotidienne - pour éviter une recrudescence de l'épidémie. A partir du moment où on prend acte et qu'on accepte le besoin de protection contre le virus, le protocole évolue en durcissant les choses dans un certain nombre de situations, notamment le port permanent du masque dans tous les lieux clos.

 

Mais, en même temps, que ne dirait pas l'opinion publique si l'Etat ne prenait pas de mesures particulières et qu'on voyait le nombre de cas graves et d'hospitalisations remonter de façon importante ?

 

Il nous appartient de faire confiance aux experts du HCSP, qui ne font pas ces recommandations à la légère, et dont l'avis formel se base sur la prise en compte des effets aérosols du virus ; une donnée sur laquelle la connaissance scientifique a très fortement progressé sur les mois de juin-juillet-août. Il est certain que toute contrainte nouvelle nous gêne et, quelque part, nous irrite. Mais, en même temps, que ne dirait pas l'opinion publique si l'Etat ne prenait pas de mesures particulières et qu'on voyait le nombre de cas graves et d'hospitalisations remonter de façon importante ?

 


Concrètement, qu'est-ce que cette mise à jour change pour les professionnels du bâtiment ?

 

P. D. : Au final, la traduction pour l'environnement de travail prend en compte le distinguo entre les lieux où l'on croise des gens "choisis" - chez soi, dans les cafés et restaurants… - et ceux où l'on croise des gens qui ne sont pas "choisis" - sur le lieu de travail. Le principe général est de porter obligatoirement le masque dans tous les lieux clos où l'on est amené à côtoyer des gens que l'on n'a pas "choisi". Personnellement, je trouve que chaque version du protocole sanitaire est en amélioration continue par rapport à la précédente, en termes de cohérence et d'explication des enjeux. Par exemple, il y a un élément qui posait des difficultés auparavant mais qui affiche maintenant une position claire : la situation dans les véhicules, pour laquelle on nous disait avant que les dispositions pour les taxis et VTC [Voiture de transport avec chauffeur, ndlr] devaient s'appliquer à tout le monde, et pour laquelle on nous dit maintenant que chaque siège peut être occupé tout en veillant à éviter les contacts directs et en maintenant les gestes-barrières.

 

Dans tous les cas, nous partons du principe suivant : dès lors qu'il y a construction d'une enveloppe d'un bâtiment, une fois que l'ensemble des menuiseries extérieures d'un niveau sont posées, ce niveau est alors considéré comme un lieu clos collectif. Les dérogations applicables aux ateliers s'appliquent alors aussi aux chantiers mais uniquement dans les bâtiments non-fonctionnels.

 

Les dispositions générales de nettoyage/désinfection n'ont pour leur part pas évolué. Mais nous travaillons encore sur la question des chantiers, qui n'est pas abordée directement par le protocole national puisque celui-ci parle uniquement de bureaux, d'ateliers et de travaux en extérieur. Nous sommes en train de finaliser ces éléments et j'espère que nous pourrons publier la mise à jour à la fin de cette semaine ou au début de la semaine prochaine. Dans tous les cas, nous partons du principe suivant : dès lors qu'il y a construction d'une enveloppe d'un bâtiment, une fois que l'ensemble des menuiseries extérieures d'un niveau sont posées, ce niveau est alors considéré comme un lieu clos collectif. Les dérogations applicables aux ateliers s'appliquent alors aussi aux chantiers mais uniquement dans les bâtiments non-fonctionnels - si un électricien vient poser une prise dans un bureau où des gens travaillent, cela ne répond plus à la définition d'un chantier mais à celle d'une intervention en milieu occupé.

 

N'oublions pas également que, comme dans les bureaux, l'ouvrier qui est seul dans une pièce peut travailler sans masque. Il y a un autre point particulier pour lequel la question se pose encore : les chantiers ayant lieu sur l'espace public dans le cas où la collectivité territoriale aurait pu prendre une mesure de port du masque obligatoire dans ce même espace public. Ici, notre recommandation est de pouvoir faire un distinguo entre les chantiers clos avec des palissades hautes qui font clairement une différence de flux avec la zone de travail, et la zone de circulation du public.

 


Il n'y a donc pas de gros changements par rapport à ce que l'OPPBTP avait déjà établi comme recommandations ?

 

P. D. : Au fil du temps, on a ajusté en allégeant les recommandations : au départ, on était à deux voire trois nettoyages par jour ; maintenant, on est à un nettoyage quotidien a minima, éventuellement plus souvent sur les zones à haute fréquence de contacts. De même, au départ, on était sur de la désinfection ; maintenant, on nettoie avec du détergent. Toutes ces préconisations sont restées stables depuis la version datant de la fin du confinement, donc depuis le mois de mai.

 


Mais, globalement, il arrivera un moment où l'on ne pourra pas aller plus loin. Peut-être sommes-nous même déjà au maximum de ce que l'on peut prendre comme dispositions au quotidien ?

 

P. D. : Je pense qu'on est effectivement proche du maximum : avec déjà le port du masque en permanence, l'absence de contacts directs et la pose d'écrans entre les salariés, je ne vois pas très bien ce qu'on peut faire de plus. Nous avons eu plusieurs coups de barres pour alléger au fil du temps le protocole, et cela s'est bien passé jusqu'au mois de juillet. Les vacances ont ensuite été un moment particulier, avec un brassage de populations plus important qui a donc conduit a priori à cette hausse de la circulation du virus, donc il y a de nouveau un coup de barre dans l'autre sens pour tenter de calmer cette transmission. Ce que j'escompte, c'est que les indicateurs seront repartis dans le bon sens d'ici fin septembre et que le Gouvernement envisagera alors des mesures pour réajuster le protocole, et notamment revenir sur le port permanent du masque, réintroduire des notions de distance et de volume…

 


Au-delà de toutes les considérations sanitaires, est-ce qu'on ne peut pas craindre à un moment ou à un autre une perte de productivité pour les salariés en open space comme sur les chantiers à cause du masque ? Ce n'est quand même ni agréable ni pratique de porter un masque toute la journée, et beaucoup de gens se plaignent de difficultés à respirer…

 

P. D. : C'est vrai, mais il faut faire la différence entre la notion de gêne et la notion de respirabilité. Tous les masques normés sont ainsi conçus qu'ils permettent de respirer correctement. Et sur le plan de la productivité, les populations asiatiques nous ont précédé depuis longtemps sur le port du masque car elles l'ont expérimenté avant nous pour d'autres épisodes épidémiques. Même les grands groupes de BTP français présents dans ces pays n'ont pas noté de pertes de productivité liées au port du masque. C'est certain qu'il y a un élément de confort et un changement d'habitude à prendre en compte : on éprouve une gêne au début, mais c'est moins une question de productivité que de revenir aussi vite que nous le pourrons à des conditions normales de confort au travail. On est tous prêt à faire face à la contrainte quand on sait bien à quoi cela sert, quel en est l'objectif et qu'on partage cet objectif. C'est vraiment un enjeu de responsabilité collective face à un risque qui reste mal connu.

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