ADAPTATION. Les acteurs ultramarins engagés pour la construction durable ont défini leurs besoins lors d'un événement national. Quelques défis de taille restent toutefois à relever.

À quoi ressembleront les constructions de demain en Outre-mer ? Des propositions ont été esquissées lors des Assises de la construction durable en Outre-mer, organisées le 20 février 2024 par l'Agence qualité construction (AQC). L'événement avait pour but de rassembler les professionnels ultramarins mobilisés en faveur de la construction durable. Une quarantaine de rapporteurs, ministres et représentants des territoires ultramarins et représentants des instances nationales se sont ainsi réunis pour discuter de ce sujet brûlant, dans le cadre du programme OMBREE (programme inter Outre-Mer pour des bâtiments résilients et économes en énergie) lancé en 2020 par l'Etat et financé par le dispositif CEE.

 

L'AQC a restitué les résultats des ateliers conclusifs tenus entre septembre 2023 et janvier 2024. Elle demande en priorité à ce qu'une expertise régionale soit intégrée à la production d'un corpus normatif. "Une attention particulière doit également être portée à l'équilibre, qui reste à trouver, entre la mise en place d'un organe unique, porte-parole des territoires ultra-marins, et le soutien aux actions développées dans chaque territoire", estime-t-elle dans un communiqué.

 

Prendre en compte le contexte local des opérations, c'est avant tout proposer des constructions répondant aux contraintes environnementales et utiliser des matériaux disponibles localement. "Chaque territoire dispose d'un savoir-faire local relatif à une construction adaptée au climat et aux ressources disponibles. Ce savoir est à protéger et à valoriser car il a tendance à disparaître", estime l'AQC. Cette dernière affirme que l'architecture vernaculaire offre de nombreux atouts, notamment parce qu'elle répond aux spécificités climatiques des régions.

 

"Compenser des vides réglementaires"

 

Les Assises ont été le moment d'appeler à la formulation de référentiels techniques s'inspirant des textes rédigés pour l'Hexagone mais qui intègrent les spécificités techniques, culturelles et économiques locales. Cela passe, par exemple, par la mise à jour des référentiels sur la rénovation thermique en tenant compte des enjeux de la zone concernée, ou encore de "compenser des vides réglementaires", dont celui de la réglementation para-cyclonique.

 

À ce jour, des dispositions concernant la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et Mayotte entreront en vigueur "au plus tard le 1er janvier 2026", selon le Journal officiel. Un décret publié dans le quotidien en novembre 2025 avait défini des règles de conception et de construction de bâtiments dans les territoires ultramarins exposés à un risque de vents cycloniques.

 

 

 

Adaptation aux usages

 

Les référentiels concernant la construction et rénovation de logements doivent, eux, être adaptés aux "usages (éducation, alimentation, hygiène)" des régions. "Chaque territoire disposant de sa propre culture et donc de sa façon d'habiter. Il est important d'acculturer les maîtres d'ouvrage à la compréhension des milieux et des modes de vie sur chaque territoire pour construire des logements que les habitants s'approprieront, la qualité d'usage jouant un rôle important dans la pérennité de l'ouvrage", affirme l'AQC. Par ailleurs, le recours à une expertise locale "valorise la culture construction locale et facilite l'acceptation des constructions par les populations car leurs usages auront été pris en compte", continue l'agence.

 

Les instances ultramarines comme hexagonales seront impliquées dans la création de ces référentiels. Un livret blanc devrait être publié en octobre 2024 et proposer des référentiels adaptés aux spécificités des territoires. L'un des défis de cette approche est toutefois de pouvoir s'approvisionner en produits issus de zones géographiques proches, avec des référentiels également similaires. "À l'heure actuelle, il est beaucoup plus écologiquement et économiquement rationnel pour Saint-Pierre-et-Miquelon d'utiliser des matériaux canadiens, mais ces derniers ne correspondent pas aux référentiels en œuvre sur ce territoire", prend pour exemple l'AQC.

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