POLÉMIQUE. Suite aux révélations de taux de plomb considérablement supérieurs à la normale sur le chantier de la gare de Paris Austerlitz, SNCF a répondu ce 03 octobre 2019 en assurant "qu'il n'y a pas de pollution" sur le site. Une passe d'armes qui intervient au moment où la nomination du futur président du groupe ferroviaire, Jean-Pierre Farandou, a été validée par le Parlement.

Austerlitz va-t-elle se solder par une défaite pour SNCF ? Dans la foulée des révélations sur des taux de plomb considérablement supérieurs à la normale sur le chantier de la gare parisienne, SNCF a répondu ce 03 octobre 2019 en s'inscrivant en faux. L'entreprise Masci, chargée des opérations de déplombage, avait affirmé la veille que ses équipes avaient "progressivement découvert une situation de pollution historique extrêmement préoccupante qui dépasse largement le cadre des travaux qui lui ont été confiés". La société avait de plus déclaré avoir alerté à plusieurs reprises la SNCF, laquelle aurait eu connaissance de cette situation dès le mois de juin 2018.

 

"En raison de l'inquiétude générée de la part des usagers et des agents de la gare, nous avons dépêché en urgence hier [le 02 octobre, ndlr] une entreprise agréée" pour réaliser des analyses dans la gare d'Austerlitz, a indiqué à l'AFP le directeur des grands projets chez SNCF Gares & Connexions, Benoît Brunot. "L'entreprise a réussi à faire 128 points de mesure dans la nuit, à la fois dans les zones publiques et les zones de locaux de travail des agents. Tous les points mesurés sont nettement en-dessous du seuil normatif de 1.000 µg/m², qui est la recommandation du ministère de la Santé."

 

 

Etonnement de l'entreprise Masci sur la rapidité de la SNCF à obtenir de nouveaux résultats d'analyses

 

L'entreprise Masci avait quant à elle diligenté une étude spécifique auprès d'un autre laboratoire indépendant, lequel en est arrivé à la conclusion que les taux de plomb étaient "très largement supérieurs au seuil réglementaire de 1.000 µg/m²" dans l'enceinte de la gare. Philippe Lebon, le directeur général de Masci, a été contacté par l'AFP dans la journée du 03 octobre après la réponse de SNCF, et s'est dit "étonné, voire dubitatif" de la célérité dont a fait preuve l'opérateur public pour obtenir de nouveaux résultats d'analyses, soulignant que "la dernière campagne de tests réalisée il y a 4 ou 5 jours (à la demande de la société Masci) fait apparaître encore la présence de plomb dans différents lieux de la gare".

 

 

"Il n'y a aucune raison de remettre en cause ces mesures si un laboratoire indépendant est intervenu, à condition qu'elles aient été réalisées dans les règles de l'art", a-t-il ajouté. La société de déplombage a déposé un référé auprès du tribunal administratif de Paris le 02 octobre, "pour que soit nommé un expert pour faire des campagnes de mesures à l'intérieur et à l'extérieur de la gare". Parallèlement, SNCF a prévenu qu'elle "se réserve le droit d'intenter des actions juridiques, notamment en diffamation".

 

"Il faut continuer à développer le chiffre d'affaires de la SNCF à l'international"

 

La polémique d'Austerlitz intervient au même moment où la nomination du futur président de SNCF, Jean-Pierre Farandou, a été validée par le Parlement. Chargé de succéder à Guillaume Pepy, qui est resté à la présidence du directoire du groupe depuis 2008, Jean-Pierre Farandou a reçu, ce 02 octobre 2019, l'aval des commissions du développement durable du Sénat et de l'Assemblée nationale, avec respectivement 29 voix pour et 0 contre, et 21 voix pour et 0 contre. Lors de son audition par les parlementaires, le futur patron du transporteur a indiqué vouloir rendre compte de la "transformation" de l'établissement public chaque année devant les élus de la Nation.

 

"Je m'engage à apporter un service personnalisé pour tous nos clients, faire face au défi climatique et servir les territoires, construire un nouveau pacte social avec les salariés et garantir l'efficacité économique et financière", a précisé Jean-Pierre Farandou. "Il faut continuer à développer le chiffre d'affaires de la SNCF à l'international, mais avoir conscience que cela comprend des risques. La France restera, pour autant, la priorité." La polémique autour des opérations de déplombage d'Austerlitz pourrait bien constituer le premier dossier chaud du futur président de SNCF.

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